Piz Bernina (4049m), Piz Zupò (3996m), Monte Bellavista (3922m), Piz Palü (3900m), la grande traversée

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L'itinéraire proposé, se déroule sur trois jours, avec deux nuits en refuge, l'une en Suisse, l'autre en Italie. Deux jours de haute montagne, avec l'ascension de 3 sommets de 3900m et du "4000" le plus oriental des Alpes, le Piz Bernina, une merveille caparaçonnée de glace, nichée au centre d'un vaste complexe de glaciers tourmentés. C'est une course mixte à prédominance neigeuse de grande ampleur, esthétiquement splendide comme toutes les traversées d'arêtes.

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Piz Palü, Piz Argient, Piz Bernina avec la Crast' Alva.

  • Difficulté :

    Alpinisme PD

  • Dénivelé :

    2100 mètres

  • Durée :

    2 à 4 jours

Itinéraire

BREVE PRESENTATION DU MASSIF

Le Massif de la Bernina, fait partie des Alpes Orientales. Pour la dernière fois, les Alpes se redressent au delà de la limite symbolique des 4000 mètres. C’est un massif peu étendu, mais magnifique, recouvert par plus de 60 Km² de glaciers, répartis sur le versant suisse et sur le versant italien.

LE PIZ BERNINA

C’est un géant couvert de neige et de glace. C’est le plus haut sommet des Alpes Orientales et le seul à dépasser les "4000", la Spedla (4020m), n’étant qu’un satellite du sommet principal, mais un point géographique important puisqu’il est sur la frontière entre la Suisse et l’Italie. Le point culminant étant lui, situé en Suisse, dans le canton des Grisons. Une magnifique arête de 200m, relie les deux sommets, la Spedlagrat.

LE PIZ ZUPÒ

Le second plus haut sommet du massif, ce grand oublié car très peu fréquenté, le Piz Zupò culmine à 3996m.

Lors de son retrait après la dernière grande glaciation, le glacier du Rhône a abandonné deux énormes blocs, qui émergent dans la rade de Genève. Ce sont les Pierres du Niton. Très stables, elles servent de référence altimétrique pour calculer toutes les altitudes en Suisse.

Sur la carte de 1852, le Piz Zupò est coté 4002m. A partir de 1902, l’altitude des Pierres du Niton a été révisée. Et aujourd’hui le Piz Zupò, ne cote plus que 3996m. Le sommet est toujours aussi beau, mais nul doute que s’il avait gardé son altitude initiale, sa fréquentation serait toute autre...

LE PIZ PALÜ

Cette montagne, présente, l’une des plus belles Face Nord des Alpes. Ses trois sommets de plus de 3800 mètres d’altitude, tombent de plus de 800m sur le Vadret Pers, par une paroi comportant trois piliers séparant des couloirs de séracs. Visible de la vallée, c’est une silhouette emblématique de la haute montagne en Engadine.

LE MASSIF DE LA BERNINA

Outre les sommets proposés dans ce topo, on peut citer le Piz Scerscen (3971m), le Piz Argient (3945m), le Piz Roseg (3937m), le Piz Morteratsch, le Monte Disgrazia (3678m)....

Le versant Nord du massif est tributaire du Danube (l’Inn prend sa source dans la vallée de St. Moritz) et le versant sud, du . Le Piz Bernina est très isolé. La plus proche montagne d’altitude plus élevée, le Finsteraarhorn, se trouve à 138 Km. Le panorama du sommet est extraordinaire.

Une particularité du massif est d’être très dissymétrique. En Suisse, la vallée de St. Moritz, est perchée à 1800m d’altitude alors que le versant italien, beaucoup moins englacé est vertigineux, la Valteline se tenant entre 300 et 400 mètres d’altitude.

INFORMATIONS GENERALES

Le massif est très à l’Est, le Soleil se lève 1/4h plus tôt que dans les Alpes Françaises.

Un Col est une Fuorcla et un Glacier un Vadret.

Le climat est soumis à deux influences.

  • Flux de d’Ouest ou de Nord-Ouest. Toutes les perturbations arrivent en Engadine. Elles sont atténuées après le passage sur les Alpes Valaisannes ou sur l’Oberland. Les pluies ne durent pas mais le temps est frais, voire froid. Au camping de Plauns à 1880m d’altitude, on peut voir des flocons en août.
  • Influence de la plaine du avec un équivalent de la Nebbia. Le temps est moins froid mais les orages peuvent être quotidiens.

La Suisse ne fait pas partie de la zone Euro. Mais les commerçants ont le sens des affaires (nous sommes en Suisse !), ils ont tous des calculettes et accepteront vos Euros avec un grand sourire !

A 50 Km de Pontresina, on trouve la Zone Franche de Livigno en Italie, où tout est détaxé comme dans les aéroports.

MATERIEL

  • Tout le matériel habituel pour courses glaciaires.
  • Deux broches à glace si les glaciers sont bien gris.
  • Corde de 25 ou 40m. Quelques sangles pour le ressaut rocheux du Piz Bernina.
  • Carte : 1277 au 1/25000° PIZ BERNINA

OFFICE FEDERAL DE TOPOGRAPHIE

DIFFICULTE

Course cotée PD.

Course mixte à prédominance neigeuse de grande ampleur. Au-delà du Piz Palü, l’itinéraire devient isolé et engagé. Le brouillard peut monter très vite depuis le versant italien et le refuge Marco et Rosa, peut être difficile à trouver. Présence de corniches possibles sur les arêtes. Passage rocheux raide mais câblé sous le Piz Bernina. Arête finale avec un passage particulièrement aérien et même dangereux en cas de vent fort.

En résumé, une course qui demande plus d’expérience que de technique.

Premier jour : montée au refuge de la Diavolezza en téléphérique.

Dénivelée deuxième jour : 1500m - de 2973m à 3922m (plus remontées des cols entre les sommets) pour un parcours de12 Km.

Dénivelée troisième jour : 590m de 3597m à 4049m (plus remontée de 140m pour accéder à la Terrazza da Bellavista) pour un parcours de14 Km.

PREMIER JOUR

REFUGE-HÔTEL DE LA DIAVOLEZZA 2973m

Premier jour plutôt reposant (sauf pour le porte-monnaie) avec la montée au refuge-hôtel avec le téléphérique de la Diavolezza ou Diavolezzabahn.

Hôtel, refuge, restaurant, le panorama est extraordinaire sur le bassin du Vadret Pers et les sommets qui seront gravis les deux jours suivants. Les nuitées sont des "tarifs touristes" et non des "tarifs refuges".

Pour se dégourdir les jambes, on peut faire une petite ascension. Le Munt Pers (3207m) ou le Piz Trovat (3146m) ou encore le Sass Queder (3013m). Le Piz Trovat est celui qui offre la meilleure vue sur le Vadret Pers et sur la formidable Face Nord du Piz Palü, il permet de repérer le début de l’itinéraire du lendemain.

DEUXIEME JOUR

PIZZI PALÜ (oriental 3882m - Central 3900m - Piz Spinas 3823m)

  • Montée 4h00/5h00

Partir très tôt, à la frontale, du refuge de la Diavolezza. Prendre au Sud-Est, une sente qui va contourner par l’Est, le Piz Trovat et gagner la Fuorcla Trovat. Une pente d’éboulis, permet de prendre pied sur le Vadret Pers.

On traverse plein Sud, un vaste plateau, pour aller prendre une langue glaciaire entre le Piz Cambrena à gauche et un îlot rocheux, perdu au milieu du Vadret Pers à droite.

Au niveau de l’îlot rocheux, le glacier devient très tourmenté, avec crevasses et séracs, et la pente se redresse progressivement jusqu’à 40°. On passe sous la Fuorcla Pers - Palü puis on franchit une rimaye pour aboutir à l’arête Est du Piz Palü.

Par une mince arête neigeuse, on gagne le Sommet Oriental (3882m) puis le Sommet Central, point culminant (qui vient de passer de 3905m à 3900m) et enfin le Piz Spinas (3823m) par une arête qui devient rocheuse.

MONTE BELLAVISTA (3799m - 3888m - 3890m - 3922m)

  • 1h00/1h30 environ

Du Piz Spinas, descendre la fine arête rocheuse pour atteindre la Fuorcla Bellavista à 3688m d’altitude.

On ne remonte pas directement, l’arête Est rocheuse, du Monte Bellavista. Se diriger au Nord, en légère ascendance, jusqu’à atteindre l’arête Nord, neigeuse. De ce point, le retour est possible sur la Divolezza en redescendant l’arête de la Fortezza. C’est l’itinéraire classique de la traversée du Piz Palü.

C’est ensuite que la course devient plus isolée et plus engagée. Par l’arête Nord, on gagne l’arête sommitale neigeuse. On traverse ainsi les quatre sommets du Monte Bellavista. Cette arête neigeuse facile, peut certainement être rocheuse certaines années ou ornée de corniches certaines autres. Le dernier sommet est le point culminant.

PIZ ZUPÒ (3996m)

  • 1h environ

Du Monte Bellavista, descendre l’arête rocheuse et facile jusqu’au Pass dal Zupò à 3840m et qui offre une possibilité de descente en versant Nord, par une pente rocheuse raide, pour gagner plus rapidement le refuge Marco et Rosa.

Du Pass de Zupò, remonter sans difficulté, l’arête mixte jusqu’au Piz Zupò.

PIZ ARGIENT (3945m)

  • 30mn environ

Du Piz Zupò, descendre la facile arête Sud-Ouest jusqu’à la Fuorcla dal Zupò à 3857m. Remonter alors, l’arête neigeuse jusqu’au sommet du Piz Argient.

REFUGE MARCO ET ROSA 3597m

  • 45mn/1h00 environ

Du Piz Argient, revenir à la Fuorcla dal Zupò. Descendre la langue glaciaire, plein Nord. Sur la gauche, se trouve une zone de séracs et de crevasses. On passe ensuite sous la crête rocheuse de la Crast’ Agüzza en se dirigeant plein Ouest, à peu près de niveau, jusqu’au refuge Marco et Rosa, situé en Italie et véritable nid d’aigle, au centre d’un univers glaciaire au Sud comme au Nord.

Cette partie de l’itinéraire est très délicate par temps de brouillard, à cause de la zone de sérac sur la gauche. Mais si l’on va trop loin au nord, on arrive également dans une zone de séracs.

Du Piz Argient, on peut aussi descendre l’arête Nord jusqu’à la Fuorcla da l’Argient. Mais cet itinéraire est plus pratique à la montée qu’à la descente, dans la neige ramollie de midi.

Avec les arrêts il faut compter sur une course d’environ 10h00 voire plus.

TROISIEME JOUR

PIZ BERNINA (4049m)

  • Montée 2h00

Du refuge Marco et Rosa, l’ascension du Piz Bernina est relativement courte. Mais il ne faut pas oublier qu’elle fait suite à une course longue en haute altitude et à une nuit dans un refuge élevé et que les organismes sont un peu éprouvés.

Du refuge, remonter plein Nord, les pentes glaciaires qui amènent au pied des rochers de l’épaule. Gravir un mur raide équipé de cordes fixes, et par l’arête, gagner l’antécime, la Spedla à 4020m.

Suivre vers le Nord la fine arête de neige. Cette partie est très aérienne car elle domine de haut le Vadret da Morteratsch à droite et le Vadret da Tschierva à gauche. L’arête de neige, se termine par un petit ressaut rocheux. Des rochers faciles, permettent de gagner le sommet.

Immense panorama sur les Alpes Orientales et jusqu’au Mont Blanc. La Face Nord du Piz Roseg impressionne et semble encore plus sauvage que celle du Piz Palü.

RETOUR

  • Entre 4h00 et 5h00

Par le même itinéraire jusqu’au refuge Marco et Rosa. On peut éventuellement descendre l’épaule en rappel, une corde de 40 suffit.

Du refuge Marco et Rosa, partir plein Est et passer sous la Crast’ Agüzza, itinéraire parcouru la veille. Continuer à l’est et gravir une pente de neige qui va permettre d’atteindre la Terrazza da Bellavista, magnifique plateau glaciaire, un balcon à plus de 3700m d’altitude.

A l’extrémité de la Terrazza, on a le choix entre deux itinéraires.

- descendre l’arête de neige puis, de rochers de la Fortezza, prendre pied sur le petit Vadret da la Fortezza, puis sur l’Isla Persa, qui est comme son nom l’indique, comme un îlot rocheux, cerné par les glaciers. On rejoint ensuite la langue du Vadret da Morteratsch.

- descendre une pente très raide puis, au mieux, la combe glaciaire à l’Ouest de la Fortezza et atteindre la langue du Vadret da Morteratsch.

Le deuxième itinéraire, à n’entreprendre que s’il est en neige, est plus court, plus crevassé, plus exposé au chutes de séracs qui le dominent parfois de très haut, mais aussi incomparablement plus beau et plus impressionnant. Ce passage est une pure merveille.

Une fois sur la langue du Vadret da Morteratsch, il suffit de la descendre jusqu’au front glaciaire. Puis descendre la délaissée avec ses panneaux qui de dix ans en dix ans, matérialisent le recul du glacier.

On arrive ainsi à Morteratsch.

- soit, on a laissé un véhicule qui permet d’aller chercher celui qui est resté sur le parking du téléphérique.

- soit on rejoint ce parking par le chemin de fer rhétique qui permet de clôturer cette merveilleuse course par une touche plus folklorique.

LA COURSE

  • Voici une course, longue et variée, où le "vécu" est important, même s’il y a forcément des redites.

AVANT INTERNET

Internet apporte beaucoup d’informations. Combien de randonnées ai-je effectuées après une consultation sur Internet ?

Mais avant cette révolution ?

DECOUVERTE

Notre idée d’aller visiter la Haute Engadine, s’est basée sur un livre de la série "les 100 plus belles". Un livre fort médiocre avec des descriptions d’itinéraires imprécises et des photos le plus souvent en noir et blanc. De nombreux clichés sont inversés, et pour les regarder correctement, il faut utiliser un miroir...Pratique !

Franchement sur altituderando, nous faisons mieux ! Et c’est gratuit !

Notre voyage en Haute Engadine s’est donc déroulé sous le signe de la découverte et de l’émerveillement.

Cette haute vallée perchée à 1800m d’altitude, très verte, alternant prairies, lacs et forêts, avec au-dessus, des glaciers étincelants, est l’une des plus belles des Alpes.

LE PIZ MORTERATSCH

Nous ne connaissions pas le massif aussi, nous effectuons l’ascension du Piz Morteratsch. Situé sur un chaînon séparant les deux grands bassins glaciaires du versant Nord, celui de Morteratsch et celui de Roseg, il offre une vue panoramique exceptionnelle.

Du sommet du Piz Morteratsch, les courses intéressantes se révèlent. Le Piz Bernina par la voie normale ou par la Crast’ Alva, le Piz Palü, le Piz Zupò, le Monte Bellavista, le Piz Cambrena, le Piz Roseg et d’autres encore.

Avec la météo médiocre qui semble être de règle, nous n’aurons pas le temps de faire de nombreuses ascensions.

C’est alors que la grande traversée nous apparait comme une évidence. Quatre sommets c’est quatre courses et avec les montées en refuge, il faut 8 jours, sans compter les journées de récupération. Si on ajoute le mauvais temps, l’équation devient insoluble. La grande traversée (ce n’est pas une appellation officielle, c’est le nom que nous lui donnons) permet de gravir quatre sommets sur deux jours. La montée en refuge, se faisant en téléphérique, la veille du premier jour d’ascension.

LA DIAVOLEZZA

Nous nous sommes fait déposer au parking de la Diavolezza. Nous voici donc dans ce refuge. Le coût du téléphérique plus la demi-pension au refuge (en fait un prix d’hôtel) a entamé nos finances. Mais il fait beau, c’est le principal. Cette première journée sera la plus belle des trois. Je monte au sommet du Piz Trovat pour avoir une vue d’ensemble de l’itinéraire du lendemain. Une partie des extérieurs du beau film de Fred Zinnemann Five Days One Summer (Cinq jours ce printemps-là), a été tournée en ce lieu et sur le Vadret Pers, et une autre partie dans la vallée voisine, celle de Roseg.

Ce jour-là, ce n’était pas une star de cinéma que l’on pouvait rencontrer à la Diavolezzza, mais une forte personnalité du milieu montagnard. Gian Carlo Grassi, est un guide et un alpiniste de haut niveau, venu avec des clients pour faire l’ascension de l’un des Piliers Nord du Piz Palü. Grand glaciairiste, il est mort en montagne.

DEPART A LA FRONTALE

Départ de nuit. Nous sommes six. Trois cordées. Nous descendons sur le Vadret Pers. Lorsque la grisaille de l’aube permet de ranger les frontales, les sommets sont dans la brume. Après une traversée facile du grand plateau, en glace, nous nous dirigeons vers la langue glaciaire entre le Piz Cambrena et le Piz Palü. La brume se déchire et il fait grand beau. Pour combien de temps ? La neige, remplace la glace et il suffit de suivre la trace sur ce glacier tourmenté. Il faut sinuer entre les séracs et les crevasses. Enfin nous arrivons sur l’arête qui mène au Piz Palü. Fine, aérienne, c’est magnifique ! De l’autre côté du glacier, se dresse le Piz Bernina.

La traversée de l’arête sommitale ne pose pas de problème. La descente sur la Fuorcla Bellavista, rocheuse, reste aisée. C’est à partir de ce col que l’ascension devient plus isolée et plus engagée. Il y avait beaucoup de monde au Piz Palü. La plupart des cordées vont redescendre par l’itinéraire de l’aller, la plupart des autres regagnent la Diavolezza en passant par la Fortezza.

LA CHUTE

De la Fuorcla Bellavista, l’itinéraire abandonne la ligne de crête qui présente un ressaut rocheux raide, pour partir au Nord. Une traversée ascendante permet de gagner la facile arête Nord neigeuse.

C’est alors que nous entendons des cris derrière nous. Nous nous retournons pour voir un alpiniste non encordé, chuter au-delà du Piz Spinas. Il glisse sur la pente de glace, inclinée à 60°, à une vitesse vertigineuse puis, il saute la rimaye et atterrit sur le sérac suspendu moins incliné. Il tourne sur lui-même comme un rouleau. Mais il tourne de plus en plus lentement et finit par s’arrêter à quelques mètres seulement de la falaise de glace. Le mauvais temps de ces derniers jours, qui a déposé plusieurs centimètres de neige fraîche, lui a sauvé la vie. Il se relève et remonte la pente en direction du piolet qu’il a perdu dans sa chute. Mais déjà un alpiniste descend en rappel pour l’aider à remonter. Un vrai miracle !

Une expérience comme celle-ci amène forcément à se poser des questions : "et moi, suis-je toujours attentif, est-ce que je me rends toujours compte que ces arêtes faciles sont piégeuses, est-ce que ma hantise de l’orage et donc mon obsession pour la rapidité ne va pas moi aussi, me faire commettre un faux pas, est-ce que... ?"

Nous continuons notre ascension du Monte Bellavista. Des voiles de vapeur commencent à s’élever depuis le versant italien. Nous allons croiser une cordée de quatre, notre seule et unique rencontre depuis la Fuorcla Bellavista.

ORAGE ET BROUILLARD

La traversée est facile et aérienne et ne pose pas de problème mais c’est vraiment magnifique, presque 4 Km d’arêtes à plus de 3650m d’altitude. Nous atteignons le Pass dal Zupò à 3840m et montons aussitôt en direction du Piz Zupò, ce presque "4000". L’arête est rocheuse, facile mais toujours aérienne. Nous ne restons que quelques minutes au sommet car la brume vient nous happer. Nous atteignons la Fuorcla dal Zupò dans une véritable purée de pois.

Nous sommes à 3846m d’altitude et le Piz Argient, culmine à 3945m soit 10/15mn d’ascension. La mort dans l’âme nous décidons de renoncer. L’un d’entre nous dit que nous allons regretter toute notre vie d’avoir renoncé à 100m du sommet. Il n’a pas tout à fait tort. Aujourd’hui encore, je me dis "dommage" tout en reconnaissant que le renoncement était la bonne décision.

La prudence l’ayant emporté nous descendons cette langue glaciaire qui présente des séracs sur notre gauche et des séracs en aval si nous descendons trop vers le Nord. Le grésil commence à tomber et la trace ne se voit plus. Nous arrivons sur un petit plateau et nous pensons que c’est à cet endroit qu’il faut prendre plein Ouest pour trouver le refuge Marco et Rosa.

Un éclair et le tonnerre gronde. Le fin grésil se transforme en flocons diminuant encore la visibilité. Nous avançons toujours sur ce plateau sans relief. Et puis soudain le refuge orange fluo apparaît à moins de 5 mètres !

GOTT WOLLTE NICHT

L’ambiance au refuge est tout autre qu’à la Diavolezza. C’est un vrai refuge ! Les gardiens parlent un Français correct. Mais quand nous voulons faire jouer l’accord de réciprocité entre le CAF et le CAI, accord qui nous accorde des nuitées à tarif réduit, alors là, leur Français devient insuffisant et ils ne comprennent plus. Finalement nous paierons nos nuitées plein tarif et un "tarif altitude". Enfin il faut bien vivre ! Et le petit refuge est loin d’être plein.

Une heure environ après notre arrivée, un groupe de trois alpinistes pénètre dans le refuge. L’un d’eux, a la tête rouge et boursoufflée, le regard un peu hagard et nous comprenons qu’il s’agit du "miraculé". L’un de ses compagnons nous dit en riant "Gott wollte nicht, Dieu n’a pas voulu".

LA MERVEILLEUSE ARETE

Le lendemain un relatif beau temps règne sur le massif. L’orage n’a déposé qu’une dizaine de cm de neige. Le Soleil brille, mais des bancs de brume passent masquant et démasquant les sommets.

Après plus de 36h à plus de "3000", les organismes commencent à être éprouvés. La grande pente de neige qui donne accès au Piz Bernina est pénible à gravir. Enfin nous sommes au pied des rochers. Un passage raide avec des cordes fixes permet d’accéder à l’épaule. Ensuite, c’est une arête merveilleusement aérienne, parfois pas plus large que la trace, avec un vide impressionnant de chaque côté. Nous apprécions tout particulièrement l’absence de vent !

Un petit ressaut rocheux et c’est par des rochers faciles que l’on atteint ce sommet tant convoité. Au-delà du massif de la Bernina, la vue porte sur des montagnes que nous ne connaissons pas. D’autres alpinistes, plus familiers des lieux, nous montrent le Valais, le Grand Paradis, et dans le lointain, "Si ! Si ! Monte Bianco !",... chez-nous...

LE RETOUR

Et puis c’est la descente. Nous traversons sous la Crast’ Agüzza et remontons sur le magnifique plateau glaciaire de la Terrazza da Bellavista. La brume commence à accrocher les sommets. Il va falloir faire vite !

Nous optons pour une descente par le glacier, plus rapide, plus belle, plus dangereuse aussi. Nous passons entre des murs de glace hauts comme des immeubles. L’itinéraire s’insinue entre les crevasses. Sous nos pieds, le glacier doit ressembler à du Gruyère.

Nous arrivons sur la langue du Vadret da Morteratsch. C’est beaucoup plus tranquille. Le Vadret Pers vient confluer par une impressionnante chute de sérac.

Enfin nous arrivons au front du glacier et nous prenons le chemin jalonné par les panneaux matérialisant le recul continu du glacier depuis la fin du "petit âge de glace".

Cette fois le ciel est vraiment sombre et couvert. L’orage arrive d’Italie et nous arrivons au camping de Plauns avec les premières gouttes de pluie.

LA FIN DE L’AVENTURE

L’orage se déchaîne. Il pleut des cordes. Il va pleuvoir de façon ininterrompue toute la nuit. Et toute la journée du lendemain. Et encore la moitié de la nuit suivante.

Nous aurons ensuite une journée de froid et de brouillard.

Le beau temps va revenir le jour suivant. Une matinée lumineuse. Les tentes sont couvertes de givre et "fument" quand elles sont touchées par le Soleil. Le Massif de la Bernina a des allures hivernales.

Quelle quantité de neige peut-il tomber en 36h ? 1m ! Plus !

RENDEZ-VOUS AVEC "LA BARRE"

La Suisse, met nos finances à mal. Nous ne pouvons pas attendre plusieurs jours que tout se stabilise. Nous comprenons que notre séjour est terminé. Nous mettons le cap sur Vallouise. Nous avons un rendez-vous avec une certaine Barre.

Vidéo

  • Die weiße Hölle vom Piz Palü (1929) ou L’Enfer blanc du Piz Palü

Accès

De St. Moritz, prendre la route de Pontresina et du Bernina Pass,se garer sur le parking du téléphérique de la Diavolezza sur le versant suisse 5,5 Km avant le Col.

Commentaires

  • par le 6 mars 2012 à 18h56

    Appel aux linguistes.
    Dans le récit d’ascension, je rapporte les paroles d’un alpiniste, qui au refuge s’est exclamé : Dieu n’a pas voulu ! Mais en Allemand. Gött...... je ne me souviens plus du reste et je ne maîtrise pas la langue de Goethe. Pourtant j’aurais bien aimé intitulé mon chapitre dans cette langue ? Quelqu’un connait-il la réponse ? Merci d’avance.

  • par heremele 6 mars 2012 à 23h58

    Salut Alain.

    GOTT HAT NICHT GEWOLLT ----> plutôt "n’a pas voulu"

    GOTT WOLLTE NICHT -----> plutôt "ne voulus pas"

    Le français a tendance à utiliser le passé composé en lieu et place de tous les temps "passé".

    Tu auras peut-être d’autres avis.

  • par heremele 7 mars 2012 à 00h04

    Une certaine Barre à Vallouise dis-tu ? C’était en 1971. J’étais un jeunot à l’époque.

  • par le 9 mars 2012 à 00h50

    Merci hereme ! C’était la 2ème phrase car l’exclamation de notre alpiniste Suisse était courte d’autant qu’il a aussitôt traduit en Français.

  • par le 18 novembre 2013 à 02h27

    Une vidéo de fiction qui permet de se rendre dompte de l’état des glaciers à la fin des années 20.

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