4 crampons polyvalents au banc d’essai

Certains les appellent encore "les crabes", des crabes d’acier qui se fixent à la chaussure pour tenir dans les pentes de neige et accrocher dans la glace. Les crampons sont indispensables pour la pratique de l’alpinisme [...]

Les différentes sortes de crampons

Comme les chaussures de montagne, les crampons se déclinent en plusieurs catégories, en fonction de leur aptitude à gérer la difficulté technique et en fonction de leur mode d’attache sur des chaussures ayant des débords pour fixations plus ou moins automatiques.

- les crampons de randonnées.

Ce sont généralement des 10 pointes, et souvent en alliage léger pour gagner du poids au détriment de leurs performances dans la glace et en traversée. Leur système de fixation (lanières au semi-auto) dépend de la chaussure. Si celle-ci est équipée d’un débord arrière, on pourra lui adjoindre du semi-auto, sinon, seuls les crampons à lanières pourront convenir.

- les crampons polyvalents

Ce sont des 12 pointes pour plus de stabilité en général et dans les traversées en particulier. Ils sont en acier pour pouvoir pénétrer dans les glaces dures et ainsi être capable d’affronter tous les terrains. Ce sont donc des crampons polyvalents qui peuvent s’attacher avec des lanières, en semi-auto ou en auto selon les chaussures.

- les crampons techniques

Ils sont étudiés pour des terrains spécifiques, le mixte des faces nord, les cascades de glace, voir le "dry" qui développe maintenant des crampons spécifiques. On les chausse en semi-auto ou mieux en automatiques, sur des chaussures offrant une grande rigidité.

Avertissement

Avec les crampons lanières, pas besoin de débord pour la fixation. On aurait donc tendance à croire qu’ils conviennent à tout et n’importe quelle chaussure (on en voit parfois sur des tennis...) Mais chausser des crampons ne garantit pas une tenue en pente de neige dure ou molle avec n’importe quelle chaussure. Dès que la pente se prononce, il faut un minimum de rigidité pour que le crampons soit efficace et qu’il ne se désolidarise pas de la semelle. Les fabricants de chaussures font théoriquement attention à munir de débord les chaussures de rigidité compatibles, mais vérifiez quand même que la rigidité de votre chaussure est susceptible de tenir dans une pente, sous peine de déchausser complètement ou à moitié en pleine exposition...

Tests des crampons : Grivel G12, Petzl Vasak, Simond Makalu et Fakir II

Je vous propose un test de 4 modèles polyvalents, actuellement les plus en vue et les plus intéressants du marché.

Je les ai testé personnellement en alpinisme classique, en pentes raides, parfois en cascade de glace jusqu’à 4+, et dans toutes sortes de neiges. Je les ai également portés en ski-alpinisme. Ce ne sont pourtant pas les crampons les plus appropriés pour cette discipline, mais j’ai trouvé utile de voir ce qu’il en était en hiver, pour renseigner ceux qui veulent tout faire avec une seule paire.

Mes tests de crampons se font sur un an minimum, saison d’été + saison d’hiver. Je n’ai donc pu tester qu’un crampon par an. Il se peut que depuis, les marques aient effectué des modifications. En illustration des tests et présentation des matériels, vous trouverez une vidéo sur le Vasak et le Makalu.

1- Grivel G12 -

Crampons G12 Grivel

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Les crampons Grivel jouissent d’une bonne réputation pour leur technicité et la qualité de leurs antibottes. Le G12 est le polyvalent de la gamme Grivel, entre les Air tech, et les G14 qui sont plus lourds et plus armés pour la glace raide et dure. Réglage du 36 au 46. J’ai testé le modèle G12 semi-auto, en 2013/2014.

Crampons G12 grivel

2- Petzl Vasak -

Crampons Petzl Vasak

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Le modèle polyvalent de la marque Petzl. Et encore plus que les autres avec son système d’articulation débrayable qui lui permet de mieux s’adapter à une semelle souple (en mode lanières Flexlock) - voir vidéo- Réglable du 36 à 46 avec la barrette M d’origine, de 41 à 50 avec la barrette L en option. J’ai testé le Vasak Leverlock (semi-auto) sur l’année 2012/2013.

3- Simond Makalu -

Crampons Simond Makalu mixte

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Le polyvalent de la marque, entre le Caïman et le Monocéros. Un crampon qui se présente comme "légèrement asymétrique". Une seule barrette réglable du 36 au 48. J’ai testé le Makalu mixte (semi-auto) en 2014/2015.

4- Fakir II Singing Rock -

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La version allégée du Fakir. Un crampon de 932 grammes (920g données fabricants) en acier de très bonne qualité. Tailles 37 /47 , une deuxième barrette XL est disponible pour les grandes tailles (en sus) . J’ai testé le Fakir II (semi-auto) en 2016.

I - Poids/encombrement

Une donnée importante car les crampons sont lourds. A eux seuls, les crampons représentent 10 à 20% du poids total de l’équipement d’un alpiniste. Un poids d’un kilo reste une bonne performance pour de l’acier capable de gérer de la glace et des parcours rocheux sans déchausser.

Le plus abouti dans ce domaine est le Fakir II, avec ses 920 grammes, il est le plus léger devant le Vasak (940g), le Makalu (1000g) et le G12 (1090g). Le poids s’entend avec antibottes et lanières bien entendu.

Le Fakir est également 5mm moins long que les Vasak et Makalu. Deux crampons également bien organisés dans leur "pliage" et qui arrivent à 25 cm seulement. Le fakir sera un peu plus rêche à plier avec son étrier plastique du bout de chaussure plus rigide.

Le G12 avec son soufflet ne peut se rétracter complètement et mesure encore 29 à 30 cm au minimum. L’encombrement va jouer un rôle pour la facilité de rangement, rappelons le encore, dans des conditions inconfortables. Il s’agit de mettre les chances de son côté pour les courses ou les chaussages et déchaussages s’enchaînent.

II - Technicité

les Vasak en traversée de neige destructurée

D’une façon générale les crampons polyvalents sont déjà des crampons techniques, c’est à dire permettant de gravir des pentes de neige raide (au delà des 45°), de vrais passages en glace dure, de mixte sérieux, et un peu de cascade de glace.

Ces quatre modèles sont des crampons capables de tout faire. Je ne me suis posé aucune question sur leur technicité dans toutes mes sorties d’alpinisme et de ski de rando durant trois ans.

Un sentiment intuitif me ferait dire que le G12 et le Makalu seront peut-être un peu plus accrocheurs en neige soufflée ou en neige profonde que le Vasak et le Fakir II Idem en traversée et dans les descentes.
Le Fakir II a quelques pointes plus courtes que celles de ses concurrents, notamment la deuxième paire qui est un gage de stabilité en pentes raides > 40°. Ses pointes avant sont tout à fait identiques à celles des trois autres.

Tous les quatre sont très bons en pente de neige raide, pour moi jusqu’à 55°, et avec deux piolets après 45°. Ensuite les crampons avec les pointes avant plus dimensionnées seront plus confortables, surtout en passage de glace, mais on peut tout à fait continuer avec ces polyvalents dans des goulottes ou des couloirs de plus de 60° (comme le couloir Zsigmondy en face nord de la Meije).

Question glace noire (dure) les quatre modèles ont une accroche satisfaisante, grâce à la qualité des aciers utilisés, et une stabilité qui permet d’enchainer avec un peu de technique. Là, mon ressenti penche en faveur des Makalu, bien que je ne puisse mesurer de réelle différence entre les trois. Le Fakir II sera un petit ton en dessous. Le modèle Fakir qui est au kilo, sera vraisemblablement tout à fait comparable dans ses performances aux trois autres.

III - Facilité de pose et maintien tout au long de la course

C’est peut être le point le plus important. Un crampon plus ou moins difficile à poser, souvent dans des positions inconfortables qui se répètent tout au long d’un itinéraire exigeant et voilà le risque de pose aléatoire et de déchaussement qui augmente en flèche et avec lui le risque de chute.

Tous les quatre se posent facilement, avec des molettes différentes au toucher, pour le réglage de la dureté de la talonnière. Les quatre modèles ont un système d’ajustage de la taille moderne (sans utiliser d’outils comme il y a encore 10/15 ans). Il faut tout de même un peu de doigté pour effectuer le réglage et là encore, il est préférable de le prévoir avant de se mettre dans du terrain difficile et dans le froid.

La différence a été pour moi dans la tenue des fixations au cours de la journée. Le Makalu, le Vasak et le Fakir II ne bougeant quasiment pas  ; mention spéciale pour les sangles du Makalu qui sont dans une matière facile à manipuler et qui ne bronchent pas. Quand au G12, j’ai dû à deux ou trois reprises revenir sur la sangle qui se relâchait petit à petit.

D’une façon générale, et avec tous les crampons, il faut penser à vérifier la bonne position des fixations et la tension des sangles. Et ce, surtout avant un passage technique.

IV - Antibottes

Les antibottes ont permis d’augmenter considérablement la sécurité des alpinistes. Ils évitent l’accumulation de neige collante sous le crampon rendant inopérante l’accroche des pointes acier.

Le G12 sera peut être le meilleur dans ce domaine.

Grivel a le leadership dans ce domaine avec ses antibottes qui rejettent les accumulations de neige grâce à leur structure souple. Une petite révolution un peu copiée, me semble t-il, par les autres marques qui ont toutes fait des progrès dans élaboration de cet accessoire maintenant livré automatiquement avec les crampons, et qui sont pour les trois modèles sans défauts.

Je n’ai finalement "botté" qu’une ou deux fois, ce qui est malheureusement inévitable dans certaines neiges.

Les accidents dus au bottage surviennent encore régulièrement. La qualité des antibottes ne doit pas soustraire la vigilance nécessaire dans des neiges collantes de milieu de journée, même en altitude.

V - Rapport qualité prix

Le Fakir II, fabriqué en Tchéquie est entre 90 et 110€. Un crampon léger, réalisé dans un bel acier et qui semble simple et solide. Mais on ne le trouve pas partout.

Le Makalu est à 100€ (prix juin 2015), compte tenu de son poids raisonnable et de ses qualités certaines, il est à mon avis très intéressant, d’autant qu’il est livré avec une utile housse de rangement.

Mais on pourra préférer le Vasak (123€) pour sa légèreté et des performances comparables, lui aussi livré avec une housse.

Le G12, à 128€, il aura ses inconditionnels, pour ses antibottes spécifiques et ses aptitudes en neige d’altitude, notamment pour les expés.