9 chaussures d’approche au banc d’essai

Le concept des chaussures d’approche date d’une petite dizaine d’années. Les fabricants ont réuni sur une tige basse les qualités d’une chaussure de montagne : semelle assez rigide et sécurisante, maintien et précision du pied, amorti pour le dénivelé avec portage et aptitudes en escalade.

Combien d’accidents et de problèmes arrivent en dehors des zones d’escalade proprement dites ? Les pentes herbeuses, les vires caillouteuses, des couloirs avec blocs instables et des névés, des dalles moutonnées jalonnent les accès et les retours des sommets vers lesquels se hissent les montagnards. Les chaussures d’approche sont conçues pour être sécurisantes lorsque l’on est déjà exposé mais pas encore encordé...

Elles sont aussi d’excellentes chaussures pour ceux qui se passent de tiges hautes en montagne, qui recherchent à la fois la légèreté et un minimum d’accroche et de maintien.
Ce sont des chaussures également indiquées pour les rando-escalades, les voies d’artif où l’on reste bloqué des heures dans les étriers, ainsi que pour les via ferrata.

9 chaussures d’approches au banc d’essai

Voici 9 modèles de chaussures d’approche essayées par test-matériel-outdoor. Je vais vous parler de leur aptitude au dénivelé, de leur confort, de leur solidité, et de ce qu’elle permettent en escalade pure.

1. Mammut Red burn Pro

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Aptitude au dénivelé et confort : très bien. La Red Burn est une vraie montagnarde. Le talon est bien maintenu. L’amorti très dimensionné, est associé à la qualité de la semelle, ainsi qu’à une bonne rigidité générale, il procure à la chaussure un maintien du pied et une accroche fidèle dans les parcours montagneux, y compris et surtout à la descente. Pour toutes ces raisons, elle permet de belles randos avec portage et des parcours conséquents en approche alpine ou de grandes voies d’escalade. Seule limite : pas d’étanchéité.

Solidité : très bien. La chaussure n’a pas bougé, seule la griffe ’Mammut" est partie après une saison de tests. La semelle tient bien le coup également.

Escalade pure : moyen/faible. A fond sur les bras j’ai pu passer du IV+, voire du V, mais sur les carres car en appui frontal la chaussure perd la sensation du caillou. En prise de pointe ou en recherche d’adhérence frontale, la chaussure est fuyante et difficilement gérable. J’en arrive à rechercher exclusivement les positions de carre et cela rend l’escalade pénible dès qu’elle est soutenue en dalle au-dessus du IV. Visiblement ce n’était pas le but recherché par le fabricant qui s’est concentré sur ses aptitudes à porter et à franchir.

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2. Kayland Vertigo K Approach

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Aptitude au dénivelé et confort : Bien en conditions sèches. Pour le confort c’est superbe, le chaussant est douillet et enveloppe bien le pied (égyptien) sans le meurtrir. L’amorti est bien dimensionné sur le talon et fin sur le devant du pied. C’est assez flagrant au point où l’on peut ajouter une deuxième semelle découpée à l’avant pour compenser avantageusement et ainsi parcourir de belles distances en approche sans trop souffrir dans les descentes. Le talon est assez serré et favorise le maintient général et le sentiment de précision de la chaussure. La semelle peu crantée sera plus à l’aise sur une dalle rocheuse que dans un alpage humide. Pas de membrane imperméable.

Solidité : très bien. Aucune détérioration après 7 mois de tests.

Escalade pure : très bien. C’est un modèle franchement réussi pour ses aptitudes à la grimpe. Quand je vois ce que j’arrive à faire, avec une paire de chaussettes, je la trouve bluffante, compte tenu de son confort général. J’ai vraiment pu grimper en tête avec ce modèle. L’avantage de ce genre de performance est de pouvoir envisager des marches d’approche compliquées et exposées avec des chaussures rassurantes et qui font économiser de l’influx. Pouvoir les chausser pour certaines longueurs permet également de se reposer les pieds dans certains parcours.

3. Millet Trident Guide

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Aptitude au dénivelé et confort : très bien. Avec 20kg de portage pour un bivouac à 2300m, elle se révèle superbe, précise, et ne plie pas sous la charge. Plusieurs passages délicats dans des schistes mouillés (cascades), de multiples traversées de torrents, où la chaussure ne bouge pas. Avec cette charge, l’amorti au talon et sur le devant du pied restent protecteurs. La semelle est bien crantée et adaptée au terrain montagne. Pas de membrane imperméable.

Solidité : assez bien. Après quelques mois d’utilisation en terrain difficile : rando, approche de voies d’escalade à la Sainte-Victoire, avec pierriers et éboulis, la chaussure montre quelques signes de détérioration mineurs : sur la face interne, au niveau de la pliure de la chaussure, le pare-pierre s’est très légèrement décollé et décousu (sur 2 cm). J’ai mis un point de seamgrip. On sent que le Nubuk a un peu travaillé (sans altération) dans les ambiances pierreuses, mais il tient bien le coup. Le talon s’est un peu plissé mais l’amorti reste opérationnel.

Escalade pure : moyen/faible. Elle grimpe mais ce n’est pas assez précis pour la mettre dans le rang des chaussures d’approche grimpantes. La chaussure se pilote assez bien en appui frontal, mais avec un gros flottement si on veut appuyer sur une réglette ou une petite bosse. En carre c’est mou et la semelle donne moins de sensations.

4. La sportiva Ganda

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Aptitude au dénivelé et confort : moyen. J’ai pu marcher 3 heures avec un sac à dos. Si l’amorti du talon est suffisant, les orteils sont assez serrés et souffrent sur les longs parcours. La semelle n’est pas vraiment crantée. Elle a des ventouses et sera bien typée pour les ambiances sèches et rocheuses comme les calanques. En terrain vraiment montagne ce sera plus difficile.

Solidité : très bien. Les matériaux sont conséquents et solides.


Test LA SPORTIVA "Gandalf" par jymets

Escalade pure : très bien. J’ai dû me violenter quelque peu pour aller au bout des ressources de cette chaussure. Tout d’abord pour les appuis de semelles, les passages d’adhérence, ce n’est pas loin du niveau de certains chaussons. J’ai même trouvé que dans les voies patinées on a un sentiment de stabilité supérieur à celui des chaussons. C’est dans les fissures larges que je me suis régalé avec les Gandalf. Son armature permet de tenter, dans les fissures, des coincements de pied plus volontiers qu’avec un frêle chausson. Par temps froid, elle offre une isothermie identique à celle d’une chaussure de rando.

5. Salewa Alp Trainer

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Aptitude au dénivelé et confort : moyen. Le chaussant ne m’a pas emballé. L’amorti est satisfaisant. Un sac chargé sera bien supporté par la densité des matériaux. Je constate une souplesse au-dessus du câble de serrage du talon. Combinée avec une semelle rigide et une taille basse, cela donne un déficit d’appui et de maintien du pied dans les descentes en éboulis, ainsi que dans certains passages en traversée. Un point dommageable pour une chaussure dont la semelle accroche si bien. Chaussure dotée d’une membrane GTX.

Solidité : Très bien. C’est visiblement une chaussure solide et qui rassemble des matériaux de qualité.

Escalade pure : moyen/faible. Dans l’ensemble, la semelle fait bien son boulot et est même capable d’agripper des petites prises en quart, mais l’appui frontal est affreusement lourdaud. L’avant du pied, malgré la faible asymétrie, la rigidité et la qualité de la semelle, donne un senti très flou et n’autorise pas d’appuis en pointe. J’ai dû faire des efforts surdimensionnés sur les bras pour compenser. Mon avis est que la conception même de la chaussure et son chaussant la rendent peu pratique pour l’escalade...

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6. Garmont Dragontail LT

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Aptitude au dénivelé et confort : très bien. Côté randonnée, la Dragontail LT apporte un amorti sérieux. Même avec un portage conséquent, on sent ses lombaires à l’abri des chocs. Autre satisfaction, le confort général de la chaussure, même si elle est un peu lourde et parfois pataude. Le confort prédomine d’autant que le serrage est précis et sans reproche ce qui permet plusieurs réglages selon les terrains rencontrés. Le point le plus marquant pour moi est la qualité de la semelle. Jugée un peu fine au départ, elle se révèle solide et accrocheuse. Même si elle est plus "light" que celle du modèle MTN, elle ne s’use que lentement et son accroche est satisfaisante en terrain difficile. Le crantage particulièrement fin procure un véritable confort d’utilisation sur les dalles lisses.

Solidité : mauvais. La sangle qui fait le tour du pied et qui verrouille le laçage est exposée aux frottements et aux pierriers. Assez rapidement, cette sangle a été coupée sur la face interne des deux chaussures. J’ai donc été obligé de faire avec en passant les lacets dans les encoches de la chaussure. Dommage pour ce modèle qui se révèle également assez sensible à la déformation au niveau de l’amorti talon.

Escalade pure : faible. Contrairement à ce que pourront vous dire certains vendeurs, ou certains catalogues, la Dragontail LT n’est pas taillée pour la grimpe. La chaussure n’est pas précise et manque de rigidité. Cette dimension semble réservée (à vérifier) à la version Montagne de la Dragontail : la MNT. La qualité de la semelle permet toutefois quelques pas de IV comme ceux du sentier Forcioli de la Sainte Victoire.

7. The North face Verto Plasma

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Aptitude au dénivelé et confort : très bien. Bon amorti, bonne semelle, un chaussant confortable, et un super maintien du talon que j’ai beaucoup apprécié en descente escarpée sur des appuis précaires. L’avant de la chaussure est plus souple avec beaucoup de finesse dans le "touché de terrain". Pas de membrane imperméable.

Solidité : très bien. La chaussure est solide, pas de détérioration prématurée.


Verto Plasma par jymets

Escalade pure : bien. Le laçage du bout de pied est étudié pour donner de la précision en appui. Dans l’ensemble, la chaussure est confortable et rassurante. Lorsqu’il faut commencer à tenir sur des réglettes ou des gros grattons, la chaussure s’écrase, mais on arrive quand même à certains résultats selon son niveau en utilisant les appuis frontaux et en privilégiant ceux en carre. Je me suis fait plaisir sur quelques blocs en "Grès d’Annot" d’une difficulté non négligeable.

8. Scarpa Zodiac

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Aptitude au dénivelé et confort : Très bien. Une vraie petite grosse bien adaptée aux terrains montagne avec sa semelle bien crantée, une tige en cuir de Suède assez épais, un bon amorti et des pare pierre à l’avant et au talon. Le chaussant est confortable. Pas de membrane imperméable mais un traitement du cuir.

Solidité : Très bien. Une tige en cuir de 2 mm environ (on trouve des données contradictoires de 1.8 ou 2.2mm) garantit une rigidité et une robustesse de haut niveau. Pas de détérioration prématurée après 6 mois de tests.

Escalade pure : Assez bien. La Zodiac n’est pas très précise en pointe, c’est la rançon du confort. Mais la qualité de sa semelle et la rigidité de la tige lui permettent de se comporter honorablement dans des parois raides de 4+ soutenu (voir vidéo).

1. TX4 La Sportiva

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Aptitude au dénivelé et confort : Le confort d’une pantoufle !. Il faut dire que la TX4, contrairement aux standards de la marques est une chaussure large et qui chausse très grand (prenez presque deux pointures de moins que votre taille habituelle). L’amorti est sans reproche que ce soit au talon ou aux orteils. Et ce qui est surprenant c’est qu’il ne prive pas la chaussure de qualités techniques. Seules limites : une semelle à picots/ventouses excellente sur le rocher sec mais peu adaptée aux pentes mouillées, et pas d’étanchéité.

Solidité : A priori ce sera très bien. Les tests doivent confirmer dans la durée la solidité des matériaux.

Escalade pure : Très bon/bon. La TX4 est surprenante. Malgré sa souplesse et son chaussant large elle passe ! la densité et l’adhérence de sa semelle permettent d’accrocher de petites prises sur les carres. On peut la "tordre"dans les fissures et les prises verticales et ça tient. Sur le rocher patiné, elle me donne l’impression d’être meilleure que les chaussons. Tout ça en protégeant les pieds fragiles. Des tests en 5+/6 soutenu ont été positifs, avec cette grosse chaussure qu’il faut savoir utiliser mais qui offre une qualité technique indéniable.

Récapitulatif - 8 chaussures d’approche au ban d’essai -

Chaussure Rando Solidité Escalade Poids Prix 2014
Redburn Pro TB TB Moy 430g 120/130€
K approach Bien TB TB 480g 130/140€
Trident Guide TB AB Moy 508g 130/140€
Ganda Moy TB TB 580g 160€
Alp Trainer Moy TB Moy 520g 130€
Dragontail LT TB Faible Faible 510g 110€
Verto Plasma TB TB Bien 440g 130/150€
Zodiac TB TB Assez Bien 500g 140/150€
TX4 TB TB TB 380g 160€