Aiguille du Goléon (3427m) face sud et traversée

Difficulté :
Alpinisme F
Dénivelé :
1600m
Durée :
1 jour
La carte

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

L'Aiguille du Goléon est une montagne merveilleuse. L'exceptionnel panorama du sommet est fort justement réputé. Cette montagne est parfaite pour l'initiation. A l'alpinisme, avec un glacier pas très pentu, mais souvent en glace et une ascension finale de 200 mètres sur une arête rocheuse facile et aérienne. Autrefois, on pouvait aussi s'initier aux pentes raides avec plusieurs couloirs à 45° entre 50 et 150 mètres de dénivelée. La neige et la glace de ces couloirs ont disparu. Ils restent peut-être praticables au mois de juin. On peut aussi s'initier aux itinéraires sauvages et proches du "terrain d'aventure" avec cette face sud de 400 mètres qui se raidit peu à peu avec de nombreux petits passages rocheux en II ou III, tous évitables, tous ludiques et peu exposés. Cet itinéraire, effectue en outre une boucle totale et passe par un des lieux magiques des Alpes : le lac du Goléon avec la Meije et le Râteau en arrière-plan.

Accès

De la Grave, prendre la direction de Briançon. Passer le tunnel du Serre du Coin. Tout de suite après le tunnel, prendre à droite la direction du Chazelet. Sous le hameau de Ventelon, prendre à droite la direction des Hières et de Valfroide. Traverser l’étroit village des Hières, par la route du haut, et suivre la piste étroite, qui se dirige vers le hameau de Valfroide. Après le pré Rond, passer un petit pont, les quelques habitations d’Entraigues et se garer au parking.

Précisions sur la difficulté

  • Itinéraire sauvage et peu fréquenté.
  • L’approche se fait sur un sentier parfois peu marqué et qu’il faut quitter.
  • Durant l’ascension de la face, on trouve quelques traces et peu de cairns. L’itinéraire, suit une arête peu marquée et il ne faut pas s’en éloigner. Passages rocheux de II/II+, évitables et peu exposés.
  • Sens de l’itinéraire nécessaire, c’est une ascension pour montagnards.

Les infos essentielles

  • Carte : IGN TOP25 3435 ET
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  • Altitude de départ : 1880m
  • Point bas : 1850m
  • Distance : environ 16km dont 9,5 pour la descente
  • Heure de départ : 5h40
  • Début de l’ascension de la face sud  : 8h45
  • Sommet : 10h25
  • Entame de descente : 11h15
  • Retour : 15h15

Itinéraire

Matériel

  • Piolet, crampons, corde pour le glacier. Casque pour le rocher.

La face sud du Goléon

Haute de 400m environ, elle impressionne quand on la regarde de face. En réalité, cette face est très loin d’être une paroi. Son inclinaison est faible, en hiver la face retient la neige, alternant vires et ressauts rocheux. Elle se raidit peu à peu en se rapprochant du sommet.

Balisage

  • Marques bleues à la descente, entre le glacier et le parking.

Panoramique

  • Panoramique personnel ICI. Cliquez sur l’image qui s’affiche dans votre navigateur et utilisez la barre de défilement horizontale.

Ascension

Du parking, redescendre la piste. Traverser le hameau du Pré Rond et gagner le hameau de Pramailler.

Dans le hameau, prendre à droite, un chemin, panneau "La Sauce".

Dépasser les premiers chalets de la Sauce, on trouve à gauche, un sentier horizontal qui traverse le torrent du Puy Garnier, puis un tout petit ravin.

Remonter dans les pentes herbeuses, pour trouver un ancien chemin avec une sente plus ou moins marquée. Cette sente monte en lacet dans les pentes herbeuses.

Vers 2275 mètres d’altitude, on rencontre un sentier horizontal.
Traverser ce sentier. Effectuer une traversée ascendante, hors sentier, vers le nord-ouest, pour gagner, vers 2460 mètres d’altitude, la ligne de crête issue du Signal de la Grave.

Suivre la sente qui parcourt la crête et qui s’élève peu à peu, de petite côtes en replats.

La sente disparaît. Continuer sur la crête qui alterne les passages herbeux et marneux, toujours avec le même profil, petites côtes et replats.

On passe au Paquier du Roi puis, au Serret Blanc, alt. 2894, dernier replat au pied de la face sud du Goléon.

La ligne de crête s’interrompt dans un pierrier, puis reprend sous la forme d’une vague arête émoussée. On peut voir, en haut du pierrier deux rochers caractéristiques, et en arrière plan le sommet. Entre les deux, l’arête à remonter.

Remonter le pierrier, pénible sur 50/80mètres et passer entre les deux rochers.

S’ensuit une succession de vires et de ressauts rocheux. certains de 20 cm, d’autres de plusieurs mètres.

Tous les ressauts rocheux sont évitables par des pierrailles. Mais il vaut mieux les surmonter directement. D’une part pour éviter de s’éloigner de la ligne d’ascension et d’autre part parce que les rochers sont plus ludiques et faciles que les pentes de pierrailles.

A la moitié de la face, ou à peu près, on trouve un court passage dans un pierrier, puis la prédominance rocheuse reprend en se raidissant peu à peu.

Sous le sommet, la face se raidit encore et on bute contre un mur rocheux. Mais ce mur présente des lignes de faiblesse, de petites cheminées que l’on surmonte facilement.

Au-dessus, on peut prendre sur la gauche et par des vires et de petits ressauts rocheux, gagner directement le sommet. Il est plus beau, de partir un peu sur la droite et de gravir une cheminée puis, un ultime ressaut rocheux qui atteint l’arête sud-est du Goléon, cairn.

Remonter alors cette arête facile jusqu’au sommet.

Le panorama est absolument époustouflant. Un vrai, un exceptionnel 360 °. Tout le versant est des Grandes Rousses, des Sept Laux et du massif d’Allevard avec le Puy Gris. Le massif de la Lauzière, le Cheval Noir, l’Aiguille Méridionale d’Arves et un bout de la Centrale, le Mont Blanc, les Grandes Jorasses, le Grand Combin, le Mont Pourri, la Grande Casse, la Dent Parrachée et les grands sommets de la Vanoise. La Haute Maurienne, avec la Pointe de Ronce, la Pointe de Charbonnel, l’Albaron, Rochemelon, les Levanna, la Grande Ciamarella. L’Aiguille de Scolette, le Mont Chaberton, le Grand Galibier, le Mont Thabor, le Mont Viso, le Pic de Rochebrune, la Font Sancte et les grands sommets du Queyras. L’Ubaye, les Alpes maritimes, l’Obiou. Mais bien sûr, c’est le massif des Ecrins qui tient la vedette avec en premier plan la Meije et le Râteau. viennent ensuite, les Agneaux, le Pic Gaspard, la Barre des Ecrins, le Pic de Neige Cordier, la Roche de la Muzelle, le Pelvoux. Deux montagnes lointaines apparaissent et appartiennent au Valais. Peut être le Cervin et la Dent d’Hérens.

Descente

Par la longue voie normale du versant nord.

Du sommet, suivre l’arête ouest, rocheuse et parfois aérienne, mais facile, jusqu’à la brèche à la cote 3236.

S’équiper et s’encorder pour descendre le glacier en direction du petit vallon, souvent enneigé très bas, en rive gauche du cirque glaciaire du Lombard.

  • la seule crevasse du glacier (en réalité une rimaye), autrefois très étroite, vers 3170m, s’est élargie
  • on peut éviter cette rimaye, en poursuivant l’arête, jusqu’au pied du Bec de Grenier

Après la partie neigeuse du petit vallon, on trouve un sentier, balisage bleu, qui traverse le torrent de Maurian, qui peut être impétueux.

On passe au vieux refuge Carraud, alt. 2480, puis on domine le "Replat d’Amont", un ancien lac comblé.

On arrive au magnifique lac du Goléon, qui semble fermé par la Meije et le Râteau. Un des lieux les plus magiques Alpes. Un refuge tout neuf (inauguré en 2008) est construit sur se site exceptionnel.

Longer le lac en rive droite, passer le verrou et prendre le sentier qui ramène au parking.

L’ascension

Retour, comme un pèlerinage sur ce sommet. C’est en effet mon tout premier 3000. Mon copain m’ayant laissé tombé une semaine, j’avais jeté mon dévolu sur ce sommet dont les deux itinéraires, par la voie normale et par la face sud, étaient tracés sur les anciennes cartes au 1/50 000 ème.

Qui dit glacier, dit crevasses. Du moins c’est ce que je pensais. Ayant peur de ces crevasses, j’étais monté par cette face sud rocheuse, emmenant quand même mes crampons pour le cas où je pourrais redescendre par la voie normale.

Parti par beau temps, je suis arrivé au sommet dans le brouillard, étonnant les ascensionnistes présent. En effet, avec le brouillard, je semblais sortir d’un gouffre béant, surtout que j’étais arrivé par les vires directement sous le sommet, final moins intéressant que celui décrit plus haut.

Le brouillard montait de la vallée de la Romanche et je pouvais voir le glacier Lombard en contrebas. Pas un grain de neige ; c’était une année de grande sécheresse ; et pas une crevasse visible.
J’étais donc redescendu par le glacier et je n’avais vu qu’une seule crevasse, large de seulement quelques centimètres.

Je reviens dans cette face sud. J’ai pensé qu’il serait intéressant de confronter la réalité d’une ascension en 2012 avec les souvenirs de ma première visite en 1976.

Et dans mon souvenir c’était un escalier géant avec de petites vires régulières, recouvertes de graviers ronds et séparées par des ressauts rocheux de quelques centimètres. Une ascension assez semblable à celle de la Crête de la Taillante. Seul le final réservant une facile escalade rocheuse sur des ressauts plus élevés.

J’avais prévu de refaire cette ascension le mardi 31 juillet. Le 30, j’étais allé refaire l’ascension du Pic des Trois Evêchés, que j’avais atteint avec une brume montant depuis la Romanche et me privant de tout panorama. Mon premier spectre de Brocken n’avait pas effacé ma déception. En cette fin juillet 2012, j’ai donc pu profiter de l’extraordinaire panorama de ce joli pic méconnu. Et dans ce panorama, figure l’Aiguille du Goléon. J’ai vainement recherché l’escalier de mon souvenir. Je ne voyais qu’un immense pierrier avec quelques nervures rocheuses.

Mon enthousiasme est retombé comme un soufflé. Et le mardi je suis allé faire l’Aiguille de l’Epaisseur, que j’envisageais depuis des années. Au moins, si je devais faire demi-tour au pied de la face sud du Goléon, j’aurais profité du beau temps pour faire une ascension.

Et c’est donc le mercredi que je me dirige vers le Goléon. Je pars très tôt, pour ne pas remonter ces immenses pentes herbeuses en plein Soleil. Par contre, je peux observer la Meije dans la grisaille de l’aube, touchée par le premier rayon, rougeoyante au Soleil levant puis complètement illuminée par le triomphe du jour nouveau.

Je quitte le vague sentier pour monter vers la ligne de crête par une traversée ascendante dans les pentes herbeuses. Vers 2350 mètres, l’herbe est givrée. Aie aie aie ! J’en ai déjà mal au doigts. Les faces sud n’ont pas, dans les Alpes, le prestige des faces nord. Mais le matin on s’y gèle ! Et si je vois du givre à 2350 mètres, il ne va pas faire chaud dans la partie rocheuse, au-dessus de 3000 mètres et qui va rester dans l’ombre.

Je croise un troupeau de génisses, puis au Serret Blanc, un petit troupeau de moutons qui commence à me suivre. Sans doute des brebis égarées. Je veux imiter le cri du loup pour les faire fuir, puis je me dis qu’il est presque impossible qu’un patou soit dans les parages, mais presque n’est pas tout à fait. Prudent, je me contente de grands gestes.

Et la face sud ? Dans l’ombre pendant mon approche, je la distingue mal. Au Serret Blanc, j’en suis au pied. Où est l’escalier de mon souvenir ? La montagne a-t-elle changé ? Les graviers ronds semblent avoir été aplatis et ont grossi.

La face est loin d’être verticale et je trouve un cairn, preuve de fréquentation. Je remonte péniblement le pierrier (comment avais-je fait sans bâtons ?), passe entre les deux rochers et arrive sur du terrain plus stable.

Dès le départ, soit on est optimiste et on se dit que cette face va être ludique, soit on est pessimiste et on se dit que cela va être une longue galère. J’ai choisi d’être optimiste.

Je vois un ressaut rocheux et je me dirige droit sur lui pour le surmonter. Ensuite, les vires caillouteuses et les ressauts faciles s’enchaînent les uns après les autres. Un pierrier vient rompre l’harmonie de l’ascension, mais il est très court. Vers l’ouest, derrière le Taillefer, une barre nuageuse arrive. L’histoire ne va t-elle pas se répéter ?

Je suis presque à la hauteur du Bec de Grenier, sur ma gauche. La pente se raidit. Les ressauts deviennent de plus en plus rapprochés. La barre nuageuse, arrive maintenant sur les Grandes Rousses et sur la Muzelle.

J’arrive enfin sous les rochers sommitaux. Je dis enfin, non parce que l’ascension est déplaisante, mais plutôt parce que j’ai froid aux doigts. J’ai bien essayé de mettre les gants, mais je n’étais pas à l’aise dans les ressauts rocheux.

Par des rampes, une cheminée et un ultime ressaut, j’arrive sur l’arête sud-est du Goléon alors que les premières cordées arrivent au sommet. Je peux enfin me réchauffer les doigts. La barre nuageuse est derrière la Meije et derrière elle, le ciel bleu réapparaît.

Je gagne le sommet facilement. Le panorama est exceptionnel. Les 3427 mètres du Goléon ne sont pas négligeables. Le glacier Lombard a bien fondu. Les couloirs de neige ont disparu. C’est triste, j’en avais gravi un lors de ma seconde ascension de ce sommet.

Quelqu’un repère des chamois qui courent sur un névé dans le Petit Verdillon, un vallon secondaire situé 600 mètres plus bas. Quel œil !

La barre nuageuse arrive sur le Goléon. Elle n’est pas très méchante. Ce n’est qu’un voile de nuages d’altitude, masquant quand même le Soleil, et derrière, le ciel bleu apparaît.

Le panorama est exceptionnel ! L’un des plus beaux de nos Alpes. Aux jumelles, je regarde longuement les arêtes de la Meije. Une montagne qui m’a toujours fait peur. J’essaie d’apercevoir, en vain, des grimpeurs. Je ne me doutais pas que notre rédacteur Paul était justement en train de réaliser cette "Traversée de la Meije" qui manquait sur le site AltitudeRando.

Après 50 minutes de bonheur, je redescends. Le vallon de Maurian est très long. Et je veux redescendre lentement, passer un peu de temps vers le lac...

C’est ma troisième ascension en trois jours. les dénivellations s’accumulent : 1120 mètres le premier jour, 1560 le second et 1600 le troisième !

La descente de l’arête rocheuse est longue mais facile, bien que parfois aérienne. Il faut quand même descendre de 200 mètres.

Au bas de l’arête, je mets les crampons et descends tranquillement ce glacier débonnaire. J’arrive à LA crevasse, la seule du glacier. Elle s’est élargie et fait maintenant une quarantaine de centimètres. Et il y a un pont de neige, laquelle est molle. Le creux de la crevasse se voit très bien : pas de souci ! Je prends appui pour enjamber le pont...et je passe au travers ! Aussitôt, je plonge en avant, effectuant une roulade comme quand je m’amusais, enfant, dans les près de campagne. Tout s’est passé très vite. Pas le temps d’avoir peur. Furieux quand même. Je n’avais pas de piolet mais des bâtons, J’aurais pu sonder ! Une seule crevasse et je passe au travers, avec 36 ans de montagne derrière moi ! De quoi remettre en question certains projets futurs sur de petits glaciers soi-disant non crevassés.

Je reprends ma descente sur le glacier maintenant découvert. Les bédières sont de plus de plus en plus nombreuses, de plus en plus rapprochées et de plus en plus larges en perdant de l’altitude. Le glacier fond ! C’est hallucinant ! Je me retourne. Le glacier est dans un état pitoyable, il agonise !

Sous le glacier, il faut traverser le torrent émissaire. Il est impétueux et semble disproportionné par rapport à la superficie du glacier. Je suis obligé de chercher un gué.

La descente reprends dans la délaissée glaciaire de 1850. depuis le "petit âge de glace", le glacier a reculé d’environ 1600 mètres. De glacier de langue il est devenu un glacier de cirque, et se dirige tout droit vers la mention que l’IGN porte sur les cartes : "ancien glacier de..."

De loin je vois une forme étrange. Je me rapproche et je vois une cabane à sel renversée, les haubans arrachés. Avalanche, tempête ?
Je passe vers le petit refuge Carraud. Je trouve une source avec une eau très bonne. Le sentier est plat. On domine le "Replat d’Amont". C’est un lac comblé, très plat. On trouve plusieurs centaines de noms écrits avec des pierres, c’est assez insolite. La barre nuageuse est passée et le Soleil est de retour.

Ensuite, c’est l’arrivée au magnifique lac de Goléon. On voit d’abord le lac puis, la Meije et le râteau qui surgissent brusquement. La Meije n’est qu’à 10 Km.

Après une pause contemplative près du lac, je reprends la longue descente jusqu’au parking.

Dernière modification : 16 mai 2018
Aiguille du Goléon (3427m), voie normale du versant nord

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