Bivouac : passer à un abri ultra-léger en toute sérénité

Bivouac et ultra-léger ne sont pas toujours synonymes de confort. Ce dossier se fait fort de vous prouver le contraire. Avec quelques connaissances et le bon matériel plus rien ne vous empêchera de vous libérer du poids de votre tente.

Kamuy Outdoor

Demi-échec et (r)évolution

Si l’on apprend de ses erreurs, ma première nuit de bivouac sauvage valait une masterclass.

Voyez le tableau : une petite tente canadienne, dans une pente trop raide et tellement d’humus au sol que le matin suivant nous étions descendus d’un bon mètre en arrachant toutes les sardines au passage. En fait, il ne manquait qu’un orage pour achever l’œuvre (et les occupants de la tente à l’occasion). Par chance, de ce côté ça a été.

Après quelques expériences variées de ce type, mon obsession a été de m’alléger sans JAMAIS empiéter sur mon confort.

Ça a l’air simple comme ça, mais en fait c’est tout un art. Il faut être méthodique, tester toutes les solutions et ne pas se décourager lorsque, inévitablement, les choses ne tournent pas comme prévu.
En s’engageant dans ce processus, on prend vite conscience qu’allier légèreté et confort implique obligatoirement de compenser le minimalisme du matériel par une bonne dose de technique.
Ce sera donc le but de ce dossier : vous apporter les connaissances de bases pour passer à un abri ultra-léger le plus simplement possible.

Les adieux à la tente

Nous sommes tous soumis au fonctionnement de notre cerveau. Du coup, le facteur le plus important pour s’alléger n’est pas d’acheter du matériel, ni de le fabriquer, ni même de faire des listes. Le premier pas, le seul qui importe vraiment, c’est de dépasser ses barrières psychologiques.

Et si il y a bien une barrière à passer en matière d’ultra-léger, c’est celle du bivouac. Évoluer d’une tente double ou mono-paroi à une tarp ou un abri mono-paroi fait peur à 90% des randonneurs.
Pas de quoi en avoir honte, c’est normal. ce n’est évident pour personne de changer ses habitudes.

Abri Ultra léger : une nuit en sécurité

“Le premier pas, le seul qui importe vraiment, c’est de dépasser ses barrières psychologiques”

La première crainte donc, c’est souvent celle de la bulle. Pas simple d’avoir l’impression de perdre sa maison, de se retrouver « nus » : « Est-ce que je vais avoir la visite d’animaux, d’insectes, ou pire, d’un autre être humain en plein milieu de la nuit ? »…

La deuxième, c’est celle des intempéries. Une tarp, ça n’a pas l’air de grand chose : pas de sol, un tissu tellement fin qu’il en est presque transparent et le tout tenant debout avec des bâtons de marche…pour beaucoup ça suffit à recaler les abris léger dans la catégorie « nuit à la belle étoile par temps clément ».

Et pourtant, quelques notions pour se rassurer et revoir ses aprioris :

  • Une fois l’abri minimaliste apprivoisé, on se sent très vite chez soi. Mieux encore, notre bulle grandit. Elle s’étend à l’environnement proche. Au lieu de fermer la porte de la tente et de s’isoler du monde, on l’englobe. On se l’approprie.
  • Il n’y a rien à craindre des animaux dans nos contrées. Simplement parce qu’aucun ne chasse le randonneur. Comme vous, j’ai déjà eu la visite de sangliers, de chevreuils, de mulots de toutes sortes, de renards (probablement) et j’en passe. Il ne m’ont jamais approché alors que j’étais dans mon sac de couchage (un contact d’aussi près est plutôt une chance d’ailleurs).
  • Les araignées et autres serpents ne sont pas un danger non plus. Il suffit de bien choisir son lieu de bivouac pour ne pas être embêté par des rôdeurs nocturnes.
  • La visite de personnes mal-attentionnées n’est pas en relation avec votre abri mais encore une fois avec le lieu de votre bivouac. Et là encore de bons choix diminuent les risques. De plus si on y réfléchit bien, un abri ouvert permettra d’anticiper plus facilement les dangers de ce type qu’une tente qui nous coupera du monde (et n’arrêtera aucun individu déterminé).
  • Une tarp bien monté tient un gros orage sans problème. Un abri mono-paroi bien choisi tient des rafales de vent sans faillir. Croyez-moi sur parole.
  • Entre l’Europe et les États-Unis, il existe un nombre incalculable de personnes qui bivouaquent sur 4 saisons en abris ultra-légers. Aucun mort à déplorer (à cause de ça tout du moins !).
  • Avec un peu de technique, on sélectionnera le meilleur emplacement de bivouac en quelques minutes, évitant ainsi de se retrouver dans une piscine ou un couloir d’air froid.
  • Les abris minimalistes sont enfin le meilleur rapport poids-polyvalence-immersion dans la Nature. Ils sont une façon agréable de se fondre dans notre environnement et, dans cette optique, ne sont surclassés que par les abris en matériaux naturels (végétaux et neige). Mais dans ce cas on ne parle plus d’itinérance…

“Pas simple d’avoir l’impression de perdre sa maison, de se retrouver « nus »”

Tarps, abris : c’est quoi la différence ?

À ce stade une petite définition s’impose :

Les « CLASSIQUES » :

  • Les tentes double-parois :

C’est la solution traditionnelle. Une « chambre » intérieure en nylon et moustiquaire avec un sol imperméable. La protection contre les éléments est assurée par une toile étanche séparée et des arceaux viennent soutenir le tout. En général facile à monter, une tente double paroi est l’abri offrant le plus de protection et nécessitant le moins de connaissance du terrain. C’est aussi la solution la plus lourde. Dans les modèles les plus légers, le poids moyen tourne aux alentours du kilogramme. Même lorsque l’on ne monte que la toile extérieure, on reste largement au-dessus du poids d’une solution ultra-légère.

(© MSR)

  • Les tentes mono-paroi :

Souvent utilisée en Alpinisme, les tentes mono-paroi sont, en général, composées d’un sol étanche et d’un toit en matière imperméable et respirante. Grâce à ce dernier, il n’y a plus besoin d’une deuxième paroi pour ventiler l’intérieure de la tente. C’est donc un très bon abri en terme de simplicité d’utilisation et de protection contre les éléments. Néanmoins l’utilisation d’une toile imper-respirante crée aussi des inconvénients : le poids reste élevé et l’évaporation de l’humidité intérieure est loin d’être parfaite.


(© Black Diamond)

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Les « MINIMALISTES » :

  • Les tarps :

Ni plus ni moins qu’une bâche étanche avec des points d’ancrage (œillets ou boucles de tissus) sur le pourtour et sur la toile. Ils nécessitent l’usage de bâtons de marche, de branches ou d’arbres pour être montés. Ce sont les abris les plus légers du marché. Ils sont peu couteux et adaptatifs mais impliquent un peu de technique pour se sentir à l’aise dans leur usage (pour avoir un aperçu des différents montages possibles, voir le « Petit traité sur l’usage d’une tarp » par Pierre Dumay de Arklight Design).


(© Arklight Design)

  • Les abris mono-parois :

Très proches d’une tarp, ils sont composés d’une toile extérieure étanche et ne possèdent pas de sol dans leur usage le plus strict. Il en existe de toutes les formes, ouverts ou fermés, pour 1 ou 4 personnes et de nombreux accessoires (sol et moustiquaire par exemple) en rendent l’usage très confortable même dans les conditions les plus difficiles. Leur minimalisme les placent juste au-dessus des tarps simples en terme de poids et d’encombrement mais leur simplicité d’utilisation les rendent nettement plus faciles à appréhender pour un débutant.


(© Hyperlite Mountain Gear)

Choisir le minimalisme, oui mais lequel ?

Une fois que l’on décide de se lancer sur un abri ultra-léger, se pose tout de même la question du modèle à privilégier.

  • Les tarps :

La solution la plus légère. Utilisables sur 4 saisons sans problème. Quel que soit le montage choisi, les tarps sont des abris très ouverts sur l’extérieur. Il est donc souvent recommandé d’utiliser en complément un sursac (ou « bivy »). Il s’agit d’une sorte de housse déperlante ou imperméable dans laquelle vous venez glisser votre sac de couchage pour le protéger des éclaboussures par mauvais temps. Dans les faits, c’est surtout indispensable avec de petites tarps (type « poncho-tarp »).

Privilégier plutôt un grand modèle de 2,5 x 3 mètres. Vous aurez suffisamment de place pour deux et seul vous pourrez vous passer de sursac en cas de grosse pluie (il vous suffira de le monter en « demi-tipi » très proche du sol). Le poids supérieur d’une grande tarp est aussi largement compensé par son confort à l’usage : je n’aime personnellement pas me retrouver à moitié sous la pluie pour mon repas du soir.

“Les tarps : la solution la plus légère. Utilisables sur 4 saisons sans problème. Quel que soit le montage choisi, les tarps sont des abris très ouverts sur l’extérieur.”

Certains modèles ont une coupe caténaire (« cat cut »), c’est-à-dire qu’ils sont profilés pour une meilleure tenue au vent. Ça peut être un bon choix mais il faut néanmoins savoir que certains montages bien pratiques (comme le demi-tipi) sont impossibles avec ces tarps. Dans le doute privilégiez les modèles « plats ». Petite parenthèse sur les différents montages : nul besoin d’en connaître 15 différents. Le montage en « A » et le « demi-tipi » couvriront 100% de vos besoins (la forme « losange » sur la photo, la plus simple, est à réserver aux environnements très protégés type forêts).

Quant au choix du tissu, préférez un nylon siliconé (« Silnylon »). Le « Cuben Fiber » (qui est la toile la plus légère actuellement) est à réserver à ceux qui ont déjà une bonne expérience des abris ultra-légers, de part sa résistance et son coût à l’achat.

Exemples :

Modèles « plats »

Modèles « profilés/cat cut »

  • Les abris mono-parois :

Il s’agit de loin de la solution la plus polyvalente. On ne pourra trouver mieux qu’un abri mono-paroi pour affronter les pires conditions (Arctique par exemple), là où une tarp demandera bien plus de technique pour avoir un confort égal. Leur poids reste de plus très compétitif face à un sursac et une tarp. La condensation peut y être un problème, mais vite réglé si on prend l’habitude d’essuyer l’intérieur de la toile avec une serviette (ou un bout de tissu quelconque) avant de s’endormir. Les abris mono-parois existent en toutes formes. Loin de moi l’idée d’être exhaustif, nous allons donc nous concentrer sur les modèles les plus polyvalents et résistants : les mids et les tipis.

Les mids, pour l’abréviation anglaise de « pyramides », sont des abris totalement fermant, offrant une protection complète sur 360°. Leur forme pyramidale leur donnent une résistance au vent et à la neige particulièrement élevée. Leur montage se fait avec des bâtons de marche (comme pour les tarps) ou avec un mât central généralement fourni.

Les tipis présentent les mêmes caractéristiques mais sont composés de plusieurs panneaux de toile, les rendant plus proches visuellement des tipis traditionnels nordiques ou nord-américains.

Ces abris possèdent un choix intéressant de moustiquaires en supplément qui permettent de les adapter à des zones ou les insectes et autres rampants sont un désagrément voir un danger (zones arctiques ou tropicales) sans pour autant vous obliger à acheter une tente double-paroi ou vous retrouver enfermé dans un sursac. De plus, ces modules sont en général vendus séparément (sauf pour les « Shangri-La » de Golite).

Quitte à investir, et à moins d’être un randonneur majoritairement solitaire, choisissez un abri pour deux personnes.
Une fois conquis par le concept il sera toujours temps de passer à un modèle solo pour optimiser le poids.

Abri Ultra-léger en montagne

“Les abris mono-parois : de loin de la solution la plus polyvalente”

De même que pour une tarp, préférez du Silnylon si vous débutez avec ce type d’abris. Il vaut mieux une toile un peu plus lourde mais qui durera plus longtemps et acceptera quelques erreurs de manipulation dans les premiers temps…

Exemples :

Sardines, haubans,… : les petits indispensables

Ultra-léger ou pas, à moins de bivouaquer sur de la neige, il vous faudra quelques sardines et des haubans pour faire tenir debout votre nouvel abri. Petite check-list :

  • Sardines en aluminium en V pour les points d’ancrages qui subissent une forte tension (comprendre tous les angles d’une tarp ou d’un abri).
  • Haubans 3 saisons : en Dyneema gainé polyester 1,5mm (2,10m pour les mâts d’un tarp - 1,2m pour les ancrages au sol). Permet de s’adapter au terrain en déplaçant une sardine ou en utilisant des pierres sur un sol très dur.

Vous remarquerez peut-être que je n’évoque pas (volontairement) l’usage d’un revêtement de sol léger type Polycree. La raison est simple : avec l’habitude il s’avère que son usage est à mon sens parfaitement inutile, le matelas jouant le rôle de protection de sol, isolant le sac de couchage de l’humidité.

Un peu de technique : choisir un lieu de bivouac

Comme précisé plus haut, l’acquisition d’un abri ultra-léger implique de compenser son minimalisme par des connaissances techniques. En vérité, il s’agit là aussi d’une question d’habitude et, très vite, il ne vous faudra que quelques minutes pour déterminer quel emplacement est le plus propice à une bonne nuit de sommeil. Cette sélection ce fera en deux temps :

1. Repérer une zone sur la carte :

  • La plus plate possible.
  • Suffisamment éloignée d’un sentier ou d’une route (votre nuit n’en sera que plus paisible).
  • Hors d’un creux ou d’une vallée, où l’air froid à tendance à s’accumuler (et accessoirement la pluie aussi).
  • Hors d’un risque d’avalanche, de chutes de pierres, de crues, etc. Si vous avez un doute sur une zone de crue, observer le terrain : si beaucoup de débris (branches, pierres et sédiments) semblent accumulés aux mêmes endroits, il y a de fortes chances que de violents courants les ai amenés là. Dans le doute, passez votre chemin.
  • Éloignée d’un marais ou d’une zone trop humide si les insectes volant sont un problème.
  • Une fois sur place, il s’agira de trouver le lieu idéal pour poser votre matelas.

“Très vite, il ne vous faudra que quelques minutes pour déterminer quel emplacement est le plus propice à une bonne nuit de sommeil.”

2. Trouver un nid :

  • Évitez de monter votre abri dans un creux ou une légère dépression (en cas de pluie l’eau y ruissellera).
  • Vérifiez qu’il n’y a pas de risques de chutes d’une branche ou d’un arbre (!) au-dessus de vous.
  • En cas de vent, collez vous contre une protection naturelle : arbres, arbustes ou rochers, etc. Vous gagnerez un effet coupe-vent et quelques calories par la même occasion.
  • Trouvez le sol le plus moelleux et sec possible. Idéalement, recouvert d’aiguilles de pin, de feuilles ou de mousse. En plus du confort mécanique, vous y gagnerez en isolation et donc en chaleur.
  • Allongez-vous dans votre position de sommeil. Si c’est confortable sans matelas, ça sera encore mieux avec ! N’hésitez pas à chercher la petite bête : un léger creux pour les hanches, une position du dos et de la tête confortable fait souvent la différence entre une bonne nuit et un réveil difficile.

(les matins qui chantent !)

Une fois votre coin de paradis trouvé, marquez l’endroit à la pointe de votre bâton ou avec quelques cailloux et montez votre abri. Ensuite…ronflez !

Prenez votre temps

En conclusion, si il y a bien un domaine de l’ultra-léger où il ne faut pas se presser c’est bien celui du bivouac.
Gardez donc l’esprit ouvert, allez-y progressivement et amusez-vous.
Vous regarderez bientôt votre tente double-paroi comme un vestige du passé !

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