Hautes Tatras, les « Encantats Slaves ».

Difficulté :
Moyen
Dénivelé :
Non renseigné
Durée :
3 jours et plus

Périple estival d'une semaine à travers la partie haute de la chaine des Tatras, à cheval entre la Pologne et la Slovaquie – Auteur :

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Je visitai les Tatras pour la première fois en 2004. A l’issue d’une épique correspondance, le train sortit de Krakow et pénétra dans une magnifique campagne, de plus en plus ondulante. J’admirai l’architecture des maisons de plus en plus pittoresque : base en pierre, structure en bois, jusqu’aux toitures, aux géométries complexes. Les champs étaient ponctués des bottes de foin « à l’ancienne », la paille reposant sur des têtes de sapin élaguées et plantées au sol. Les gares étaient toutes en cul-de-sac, de sorte que j’étais tantôt assis dans le sens de la marche, tantôt à reculons. Déboussolé, mon espoir de guetter l’apparition des Tatras, au Sud, était déçu. Ce n’est que tout d’un coup, au détour d’un virage, sur le haut d’un plateau, que la fabuleuse barrière des Tatras surgit, me prenant au dépourvu. Le massif était encore plus singulier que ce que ce que j’imaginais : le contraste entre ses cimes acérées, dont les névés brillaient sous un lointain soleil, et les douces ondulations du piémont alentour, son isolement, étaient saisissants. Quelle force géologique avait pu pousser cette mâchoire hors de la croûte terrestre, ici ?

Faune, flore, climat, traditions, gastronomie, autant de points distinguent les Tatras des autres montagnes. Situées à la même latitude que la Normandie, elles bénéficient d’un climat également plus continental. Ceux qui ont visité les pays du Nord savent à quel point comparer les altitudes est absurde. Les Tatras, dont les plus hauts sommets atteignent 2600m, sont de dimensions modestes, mais pour retrouver les mêmes étages alpins, il y a un bon millier de mètres à retrancher aux Pyrénées, peut être un peu moins pour les Alpes. Et les glaciers, bien que de nos jours absents, ont laissé dans leur fuite, au creux des cicatrices qu’ils ont infligées à ce château de granite, les plus beaux bijoux dont une montagne peut se parer : les lacs.

Le point faible des Tatras réside peut être dans leur faible superficie : surnommé « le plus petit haut massif d’Europe », cette jeune chaîne de montagnes s’étire sur 50km de long et 20 de large. Outre la dimension « humaine » que lui confèrent ces mensurations, si les Tatras se serrent les coudes, ce n’est que pour mieux compliquer leur dédale de vallées profondes (« Dolinas »), aiguiser encore plus leurs crêtes, et offrir un concentré de beauté. Et c’est avec encore plus d’humilité, à l’issue du parcours, que je tire cette conclusion : qui veut prétendre « avoir fait le tour » des Tatras a encore plusieurs années devant lui...

Cette petitesse, aussi relative qu’elle soit, possède toutefois un avantage : les points de départ des randonnées sont tous accessibles sans véhicule, grâce à un excellent réseau de transports en commun (bus, téléphériques), hérité en partie du socialisme, mais également grâce l’altitude moindre de l’étage dit de « haute montagne ». Le versant Sud a la particularité d’être équipé d’une ligne de chemin de fer longeant le ras le massif, en pleine forêt. Durant une heure, les arrêts se succèdent, tels une ligne de RER, desservant chaque station touristique : Vyšné Hágy, Polianka, Smokovec, Lesná... Seule reste à déplorer l’absence de correspondance en bus de part et d’autre de la frontière à Łysa Polana, mais il y a fort à parier que cela changera d’ici peu.

Depuis 2004 et l’entrée des deux pays dans l’Union Européenne, passer de d’un pays à l’autre par les sentiers de randonnée est désormais officiellement possible (bien que depuis quelques années, il semble que ça l’ait été officieusement). Cet « élargissement » offre un intérêt et une dimension nouvelle au massif. L’accessibilité des Tatras et son « exotisme » en font un massif d’aventuriers : il est possible de venir ici seul et de ne pas s’ennuyer. Dans ces pays là, contrairement à la France, la montagne n’est pas entachée par l’individualisme ancré dans notre société de consommation. Et le « Tatrisme », puisqu’ils ont inventé ce mot, est sujet à un magnifique engouement chez tous les âges, y compris parmi les jeunes.

Zakopane, est un peu à la Pologne que Chamonix est aux Alpes. Mecque nationale des sports d’hiver, elle compte jusqu’à 250000 habitants lors des pics saisonniers, et la fièvre immobilière étend ses tentacules à travers piémont et vallées, à grands renforts de grues. Autrefois village typique, entièrement construite en bois, on lui reproche parfois d’être devenu un parc d’attractions, une vulgarisation du folklore montagnard, même si elle comporte encore quelques quartiers typiques, notamment autour du cimetière. Son artère principale, la rue Krupówki, est une sorte de Marrakech, regorgeant de pubs, fast-foods, souvenirs, jonchée de stands de friandises, noire de monde, le tout dans un joyeux désordre. On y vend aussi de l’Oscypek, le fromage de brebis fumé traditionnel. Le soir, danseurs, musiciens et autres attractions prennent le relais. Giewont , petit sommet de 1900m et flanqué d’une croix, veille sur Zakopane. La légende dit que le « géant en sommeil » (au sens littéral), est un chevalier Polonais endormi, et qui se réveillera pour défendre sa patrie lorsqu’elle sera en péril.

Si la frontière naturelle entre Pologne et Slovaquie est la ligne de partage des eaux, administrativement, la Pologne est un peu perdante, car un certain nombre de vallées Nord sont Slovaques. Les Tatras Polonaises, dont Zakopane, ne représentent en fait qu’une petite avancée. Javorina, charmant village rural, avec sa magnifique chapelle, se situe dans l’une de ces vallées voisines, passé la frontière. Ici, point de foule : un simple panneau annonce le « TANAP » (le Parc National Slovaque, homologue du « TNP » Polonais). Javorová Dolina, dont le nom dérivé du village signifie aussi « Vallée des Érables », possède plusieurs particularités. Végétation verte, prairies fleuries, et rosée, attestent que nous sommes encore en versant Nord. Nous sommes au pied des « Belianske Tatra », les Tatras blanches, la partie calcaire du massif, où se dressent de petites falaises rappelant de loin le Vercors. Enfin, il paraît que c’est ici que vivent les ours !

Autre animal emblématique, le Chamois des Tatras, « Rupicapra Rupicapra Tatrica », se distingue de son espèce, à la manière de l’Isard Pyrénéen et des autres Chamois des Carpates, eux aussi différents. Outre ses couleurs beige et noir légèrement plus contrastées, il se différencie aussi par son poil plus long. « Kozica », dit on ici, mot dont la racine se retrouve dans maints noms lieux montagneux. Espèce menacée, il n’en reste malheureusement que 300, seuil que les experts jugent critique.

Une fois le col de Kopské Sedlo franchi, l’essentiel du versant méridional des Tatras est entièrement recouvert d’un manteau vert foncé : le pin nain. Curieuse déclinaison de ce type d’arbre ! Si le pin à crochets hante Alpes et Pyrénées, ici le pin nain règne en maître. Vu de loin, il ressemble à s’y méprendre à de la bruyère. Haut d’un mètre, au mieux de la hauteur d’un homme, tenace, impénétrable, il recouvre toute la montagne sur un étage alpin allant des derniers sapins aux pâturages. Cette petite jungle qui sent bon la résine rend vaine toute tentative d’évasion, ce qui est par ailleurs interdit par le règlement du Parc. Mais il faut savoir que les sentiers sont entretenus et balisés de manière exemplaire, chaque pierre correctement disposée et équilibrée, de manière à présenter sa plus grande face au pied du marcheur.

Chata pri Zelemom Pleso, le « refuge du Lac Vert », est superbement situé, devant un lac d’altitude et au centre d’un cirque de pics escarpés. Situé sur la rive côté déversoir, le bâtiment tout en bois se fond parfaitement dans le décor. Une grande terrasse permet de savourer au soleil le tableau, sur lequel donnent aussi la plupart des fenêtres. L’intérieur est à la hauteur de l’extérieur : une équipe de gardiens jeunes, vous guident à travers le réfectoire, décoré aussi soigneusement qu’un restaurant, et les dortoirs, propres et confortables. Au sous-sol se situe aussi un bar. L’un des gardiens m’offrit de goûter gratuitement à une « slibovica » locale (eau de vie de prune). Les français, justifia-t-il, se font suffisamment rares ici !

Les « Chatars » (gardiens de refuge) des Tatras ont instauré une mode locale pour le moins peu répandue. Plutôt que d’effrayer chamois et marmottes à grands renforts d’hélicoptères, comme chez nous, ils ont opté pour le portage à dos d’homme, plus écolo, plus en symbiose avec la nature, dans le plus pur respect de la tradition Himalayenne. Il serait naïf de penser que niveau de vie des pays de l’Est, certes plus faible, y contribue : pour les gardiens, c’est avant tout une question d’honneur ! Allez dans le hall d’entrée de Zamkovshého Chata, autre magnifique refuge en bois, à la lisière de la forêt, qu’il me paraît aussi indispensable de citer. Son gardien, spécialiste en la matière, et comme de nombreuses photos encadrées l’attestent, porte jusqu’à 170 kgs sur son dos ! (patates, riz, mais surtout bouteilles...).

Nous sommes ici à l’entrée de Studená Dolina, la « vallée froide », l’un des joyaux des Tatras. Son entrée, plus étroite que ses deux extrémités évasées (Malá et Veľká, respectivement la grande et la petite), semble avoir été dessinée pour mieux dissimuler sa beauté, conférée par une large panoplie de lacs d’altitude. C’est dans cette région que se situent les plus beaux pics, les paysages les plus tourmentés. Une série de hautes brèches escarpées, toutes équipées de chaînes, permettent de passer de l’une à l’autre et dans les vallées voisines, moyennant l’usage des mains. Une petite structure géométrique chapeaute le balcon qui ferme la Veľká Studená Dolina : le refuge Téryho Chata. Ici, pas de douches, et la potabilité de l’eau courante, tirée du lac, n’est pas garantie. Nous sommes à plus de 2000m ! Mais ce qui frappe, en entrant dans le réfectoire de ce vrai refuge d’altitude, est à quel point cette lacune est compensée par un large choix de bières et vodkas... A l’image du bar, le décor est particulièrement soigné : photos en noir et blanc encadrées, piolets anciens. Pas d’électricité, mais de superbes lampes à pétrole pour chaque table.

Le toit des Tatras se trouve tout près. « Gerlach », son diminutif, porte aussi le nom du plus célèbre pionnier de la région. Ses 2655m furent gravis pour la première fois en 1855. Ascension ardue, imposant de nombreux pas d’escalade, elle n’est réservée qu’aux plus affûtés. Nous nous contentons des brèches Sedlo Prielom et Polsky Hreben qui, une fois franchies, nous mènent à « Sliezsky Dom ». Je ne m’apprête pas à décrire un nouveau gîte de charme dans un lieu enchanteur : il est l’extrême inverse, l’exemple type des « erreurs des années socialistes », pour reprendre leur expression. Maintes fois ravagé par incendies et avalanches, cet ancien chalet fut reconverti en hôtel moderne, à l’architecture futuriste douteuse. Prenez un immeuble de Nanterre, plantez le au milieu des Tatras, vous aurez une idée. Dommage, pour le site, encore devant un lac d’altitude, qui lui est « à la hauteur »...

Rysy, le « pic du Lynx », est la montagne la plus connue des Tatras, à défaut d’être la plus haute. Tout d’abord car elle surplombe Morskie Oko, site lacustre célèbre pour sa légende qui le relie à l’Adriatique. Transfrontalier, son franchissement, longtemps impossible aux uns comme aux autres, fit de ce plus haut point de Pologne, à 2499m, un endroit emblématique. Bien des gens tentèrent d’y bâtir un cairn, pour combler ce petit cruel mètre restant, qui lui manque pour entrer dans le club des « 2500 » ! La légende dit aussi qu’elle fut gravie en 1912 par Lénine. Chata Pod Rysmy (« refuge sous le Mont Rysy »), est de loin l’étape la plus excitante. Perché à 2250m, c’est le plus haut refuge gardé d’Europe Centrale, entre Alpes et Caucase. En contrebas du sommet du Rysy, côté Slovaque, con côté rudimentaire est compensé par sa grande convivialité, et ses panoramas aux couchers et levers du jour.

Tout en bas, Popradské Pleso, lac du même nom que le refuge, se révèle un splendide site, au cœur d’une forêt de hauts pins. Le refuge-chalet, imposant mais joliment bâti, se fond dans le décor. L’accueil et le confort sont exemplaires. L’incontournable ascension du Kôprovský s’impose. Le « Pic des Aneths » (sorte de fenouil sauvage), 2367m, est une fière arête découpée, délimitant l’Ouest de la Mengusovská Dolina. Le nombre de lacs qu’offre son panorama est de tout premier ordre. Parmi eux, Veľké Hincovo Pleso, le plus grand plan d’eau des Tatras Slovaques. Cette petite mer, comme l’indique un panneau, renferme diverses espèces de poissons, majoritairement des truites Fario. A la différence des lacs Polonais, pourtant si proches et identiques, la population aquatique de lacs Slovaques est artificielle : Si les premiers se jettent dans la Vistule, qui finit dans la mer Baltique, les autres sont reliés à la Mer Noire. Pas vraiment un mer à salmonidés, et qui plus est, après un marathon par la Vah et le Danube !

D’ici, Kriváň, autre haute montagne emblématique, apparaît, écrasante d’autorité. Le « Pic Crochu » (c’est son nom), se présente comme la première des hautes montagnes en venant de l’Ouest. C’est elle qui figure sur les pièces de 20 halierov, le centime des couronnes slovaques. Il est temps de conclure ce périple par une légende, qui résume bien tout, et où Kriváň, justement, est incriminée. Au septième jour du commencement du monde, Dieu s’émerveillait et se félicitait de son travail. Cependant, il jugea qu’une touche finale ne serait pas de trop, et demanda à son ange le plus habile d’aller chercher un dernier sac de beautés, afin de le disperser uniformément sur le monde. L’ange commença son voyage. Arrivèrent un jour les Tatras. Mais il sous-estima leur hauteur, écorchant au passage son sac sur la première d’entre elles. Se déversèrent alors un torrent de merveilles : prairies, rivières, lacs... Suivirent des régiments entiers de marmottes, chamois, aigles, et autres nobles animaux, qui en profitèrent aussi pour s’échapper. Voilà pourquoi les Tatras sont un concentré des plus belles choses du monde !

Eric Visentin

Photos et renseignements sur le trek :

http://members.tripod.com/Eric_V/tatras/zone4.html

Dernière modification : 16 mai 2018

A propos

Auteur de ce topo :

Site web : Pyrénées, Ecosse, Carpates

Originaire du Sud Ouest, je suis un amoureux des Pyrénées. Je suis également tombé sous le charme des montagnes d'Ecosse lors d'un séjour d'un an dans le cadre de mes études. Plus récemment, je me suis expatrié en Pologne pour raisons professionnelles, et je découvre les Carpates.

Topo publié le 5 décembre 2006

(Avertissements et Droits d'auteur)

Commentaires

  • par parickeLe 26 septembre 2011 à 23h06

    Bonjour , j’ai vécu l’enfer aux tatras , mon corps a souvent de grand froid en juillet , ce n’est pas fait pour les hommes et femmes qui aiment contempler , rude la nature , pour un espace si près de la civilisation à vous de voir

  • par Le 27 septembre 2011 à 16h32

    keskidi ?

  • par RalphLe 14 juillet 2015 à 12h26

    Comme l’explique si bien cet article, les Tatras sont un concentré de magnifique :) Venez découvrir cette explosive chaine de montagne avec nous ainsi que le reste de la Slovaquie (Paradis Slovaque, Trous de Janosik). Nous vous accueillerons avec grand plaisir : www.lesguidesslovaques.com

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