Kora du mont Kailash

  • Difficulté Difficile
  • Dénivelé 1000m
  • Durée 3 jours et plus
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Trek de 3 jours autour de la montagne la plus sacrée d'Asie Asie circule une légende : celle du mont Meru, centre du monde, et d'un lac, auprès duquel quatre des plus grands fleuves d'Asie prennent leur source.

Accès

Darchen à 4630m, a l’extreme Ouest du Tibet. Telle est l’isolation de la montagne que pour l’approcher depuis Lhassa il faut compter environ cinq jours de jeep (quatre au minimum depuis Katmandou). Trajet : Shigatse - Lhatse - Saga - Paryang - Darchen. Route goudronnée jusqu’à Lhatse, ensuite piste.

Itinéraire

Cette légende fut longtemps ridiculisée par les Occidentaux, jusqu’à ce qu’en 1908 Sven Hedin, un explorateur suédois, affirme qu’il existe bien une telle montagne et un tel lac. A l’extrême Ouest du Tibet il a découvert une région où l’Indus, la Karnali (un affluent majeur du Gange), la Sutlej et le Brahmapoutre prennent leur source. Cette région, c’est celle du mont Kailash et du lac Manasarovar.

Faire la kora (tour) du mont Kailash (6714m) est le but de toute une vie à la fois pour les Bouddhistes, les Hindous, les Bön-po (adeptes de la religion animiste et chamanique qui prédominait au Tibet avant l’arrivée du Bouddhisme) et les Jains. Pour les Bouddhistes, il est la demeure de Chenresig, le Bouddha de la compassion dont le Dalai Lama est la réincarnation. Pour les Hindous il est le mont Meru, centre du monde et demeure de Shiva. Pour les Jains il est le mont Ashtapada, où le fondateur de leur foi, Rishabhadeva, atteignit le nirvana. Enfin pour les Bön-po, il est la demeure de la déesse Sipaimen. Effectuer le tour du mont Kailash efface les péchés (mauvais karma) et permet de se rapprocher du nirvana, un état d’esprit où l’être humain n’est plus sujet à la souffrance et qui permet de s’affranchir du cycle des vies (samsara).

Départ & Arrivée : Darchen à 4630m

Durée : 3 jours

Difficulté : la difficulté vient surtout de l’altitude (5650m au Drölma-la). Partir bien acclimaté. Distance de 52 km. Dénivelé de 1000m.

Nuitée : bivouac de préférence, car les monastères situés sur la kora sont souvent pris d’assaut par les pèlerins. A Dira-puk un « lodge » a été construit récemment, mais avec un nombre de places limité.

Ravitaillement : il est préférable d’être auto-suffisant, bien que souvent des tentes tenues par des nomades vendent des boissons et snacks sur le circuit (avant Dira-puk et à la descente du Drölma-la).

Quand partir ? La saison de pèlerinage s’étire de fin mai à fin octobre, tant que le col est franchissable.

Avant le trek : de Darchen, il est possible de gravir la crête qui domine le village et qui bouche la vue (hors sentier mais rien de difficile). Au sommet à un peu plus de 5000m, la vue y est grandiose sur la face Sud du Kailash. Pour le retour, descendre à vue sur le monastère abandonné de Selung, puis suivre la piste qui longe la rivière.

Jour 1 : Darchen (4630m)  Dira-puk (5060m), 20km

Le sentier est immanquable à la sortie de Darchen. Il part plein Ouest avant de rejoindre la vallée de la Lha-chu et de bifurquer plein Nord. Les deux premières heures je ne croise que quelques Tibétains bön-po qui terminent leur kora (ils font le tour dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, contrairement aux Bouddhistes et aux Hindous). Les pèlerins hindous, qui il faut bien le dire ne sont pas de grands marcheurs, font systématiquement les huit premiers kilomètres de la kora en jeep jusqu’à Tarboche. Tarboche se repère de loin grâce à son immense mât à prières d’une vingtaine de mètres de haut. Tous les ans au printemps, lors de la fête de Sagadawa commémorant l’illumination de Bouddha, il est descendu et les drapeaux à prières sont renouvelés. Le mât est alors redressé avec une attention extrême, car il faut le positionner de manière parfaitement droite afin que l’année s’annonce heureuse. S’il venait à pencher vers le Kailash, ce serait le signe de grands malheurs.

Pendant que les jeeps déchargent leur flot de pèlerins hindous, de nombreux Tibétains s’affairent à charger les yaks qui prennent le relais. D’autres proposent leurs services de porteurs ou muletiers. Les Hindous sont en effet chacun accompagnés d’un Tibétain qui porte leur petit sac de la journée (et tend une main salvatrice dans les passages délicats !). Beaucoup d’autres arrivent sans aucune préparation physique et louent un cheval pour faire le tour. Je reste quand même un peu dubitative devant ce déploiement de moyens, et j’avoue que j’ai du mal à comprendre où est le mérite lorsque l’on est porté par un cheval et que l’on fait un quart du parcours en jeep (car ils la prennent aussi sur 4km pour le retour sur Darchen).

Du coté des pèlerins tibétains la tactique est tout autre, puisqu’ils font l’intégralité de la kora en environ 14h de marche, et souvent plusieurs jours de suite (faire la kora cent huit fois conduit directement au nirvana et efface tous les péchés des vies passées et futures !). J’en vois donc peu qui marchent dans le même sens que moi, car ils sont partis bien avant l’aube. Par contre je croise de nombreux Bön-po mais vu le rythme effréné de leur marche, nous n’avons guère que le temps d’échanger un « tashi délé » et un large sourire.

Je marche ainsi une bonne partie de la journée parmi une foule d’Hindous. Ils sont venus des quatre coins du monde : Inde, Malaisie, Angleterre, Etats-Unis... Certains ont déjà fait le pèlerinage plus de dix fois, pour d’autre c’est la découverte. Ils sont tous habillés comme s’ils étaient au pôle nord (avec doudoune style « bonhomme Michelin », cagoule et gants) alors qu’il fait 25 degrés et que je marche en t-shirt ! C’est le voyage de leur vie, et aucun ne souhaite prendre le risque de s’enrhumer.
Ils avancent à une vitesse de tortue et ont l’air de beaucoup souffrir de l’altitude, alors que leurs porteurs tibétains sautillent et sifflotent sans arrêt, quand ils ne poussent pas la chansonnette ! Lors d’une pause au deuxième lieu de prosternation au pied de la face ouest du Kailash (il y a quatre lieux de prosternation autour de la montagne, au pied de chacune de ses faces), je discute avec un guide népalais (la logistique de ce genre de voyages est en effet souvent assurée par des agences népalaises) et une partie de son groupe.

Tous sont curieux de savoir ce qui m’amène ici, et le deviennent encore plus quand je leur apprends que je n’ai pas de religion et que je marche seule. Difficile de leur faire comprendre la raison de ma présence. Pour faire court, je crois que je tenais à vivre cette expérience car elle est unique : ce sommet est vénéré par plus d’un milliard d’hommes et de femmes, c’est sans aucun doute le lieu le plus sacré de la Terre, et je tenais à voir et ressentir ce qui s’en dégage. Nous vivons en Occident dans un monde où rentabilité et optimisation du temps sont des maitres-mots, alors qu’au Tibet des gens sont prêts à consacrer plusieurs mois de leur vie à accomplir un pèlerinage sur un lieu sacré ! Le temps y prend alors une toute autre dimension.

Après 6h de marche, j’arrive au monastère de Dira-puk. Situé à 5060m en rive droite de la Lha-chu, il fait face à l’abrupt versant nord de la montagne. J’installe ma tente en contrebas de la gompa, tandis que les Hindous montent leur camp sur la rive opposée. De Dira-puk, il est possible de monter à 5330m au pied du glacier Kangkyam et de la face nord du Kailash (pas de sentier mais l’itinéraire est évident). Avec la lumière du soir, c’est absolument magnifique, et tranquillité assurée car très peu de gens montent jusque là. Compter 2h aller / retour.

Jour 2 : Dira-puk (5060m)  Drölma-la (5650m)  vallée de la Lam-chu Khir (5140m), 14km

Quand je repars le lendemain une longue file de pèlerins s’étire déjà sur le sentier, partie à l’assaut du col. A 5200m environ, la vue se dégage sur un deuxième glacier issu de la face nord est du Kailash. Je rejoins des pèlerins hindous qui peinent à monter avec l’air qui se raréfie. Après une petite pause je repars en compagnie de trois jeunes Tibétains habillés en jean et jogging. A une centaine de mètres sous le col, ils se faufilent un par un dans une sorte de tunnel naturel formé par de gros blocs. Ces pierres servent en fait à mesurer la quantité de péchés accumulés par les pèlerins : la facilité avec laquelle la personne se faufile étant inversement proportionnelle au nombre de péchés !

Puis enfin viennent les derniers mètres, les drapeaux à prières sont en vue, je croise de nombreux Bön-po qui attaquent déjà la longue descente sur Darchen, encore quelques pas, et j’y suis ! « Ki ki so so laghyalo » ! Les dieux sont victorieux ! La déesse Drölma vient d’effacer tous mes péchés, il fait beau, les Tibétains au col m’accueillent avec de multiples « tashi délé », une petite dame prends mes mains dans les siennes et me félicite avec un sourire radieux, que du bonheur, je fais donc une longue pause au col.

En début d’après-midi j’entame la descente vers le lac glaciaire de Gauri Kund à 5600m. Pour accumuler du mérite les pèlerins hindous sont sensés s’y baigner, mais je n’en vois aucun qui s’en approche, l’eau devant être terriblement froide à cette altitude. La descente vers la vallée de la Lam-chu Khir est raide mais rapide. Au bord de la rivière des « tentes restaurant » sont installées par des nomades tibétains vendant boissons et snacks. Je m’arrête prendre un bol « d’instant noodles ». Assis à coté de moi, un pèlerin hindou vide une bouteille de coca d’une traite. Il a perdu son porteur tibétain en chemin et il est assoiffé !

Un peu plus tard, après avoir passé le troisième lieu de prosternation face au versant est de la montagne, je repère un endroit plat sur la rive opposée de la rivière. Le lieu est idyllique : pelouse verte, fleurs multicolores, ruisseau à l’eau claire, paysages de carte postale, c’est décidé, c’est là que je camperai ce soir ! Je sors mon tapis de sol et flâne au soleil à la manière des marmottes, tout en observant le flot ininterrompu de pèlerins au loin. Les Hindous continuent jusqu’à la gompa de Zutul-puk deux heures en aval. A 19h des pèlerins visiblement épuisés continuent d’arriver du col, poursuivis par un orage auquel ils n’échapperont pas : le vent se lève, les éclairs zèbrent le ciel, le tonnerre gronde, puis la pluie s’abat d’un coup accompagnée de grêlons !

Jour 3 : vallée de la Lam-chu Khir (5140m)  Zutul-puk (4790m)  Darchen (4630m), 18km

Le lendemain je suis debout avant le lever du jour. Déjà sur le sentier de petites lumières avancent : les pèlerins bön-po sont en route vers le col. Je démarre à 8h alors que le jour se lève (le jour se lève tard au Tibet car toute la Chine est a l’heure de Pékin) : le ciel est dégagé et la lumière est magnifique sur les sommets saupoudrés de blanc suite à l’orage de la veille.

Jusqu’à Zutul-puk je ne croiserai que des Tibétains bön-po, les Hindous étant tous devant moi. Le sentier retrouve son calme. Les pèlerins que je croise sont de tout âge, seuls ou en groupe, portant pour seul bagage leur moulin à prières (qu’ils tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, contrairement aux Bouddhistes). Quand j’atteins le monastère, les pèlerins hindous sont déjà partis et les derniers yaks sont en train d’être chargés. Le camp ne fait pas plaisir à voir : l’herbe piétinée sans arrêt a laissé place à de la terre battue qui, suite à l’orage, s’est transformée en gadoue, et des détritus jonchent le sol. Je suis bien contente d’avoir campé plus haut au calme !

Quelques kilomètres en aval du monastère, je rejoins un Tibétain qui fait la kora seul en se prosternant : il joint les mains puis se signe au front, à la bouche et au cœur, avant de s’allonger de tout son long sur le sol, puis il se lève, fait trois pas et recommence. Pour les Bouddhistes, faire la kora de cette manière équivaut à une vingtaine de koras ordinaires, et ils mettent en moyenne deux à trois semaines pour la compléter (a raison de quatre à six kilomètres par jour). Que d’énergie dépensée dans l’espoir d’une vie meilleure !

Peu de temps après, le sentier traverse les gorges de la Dzong-chu puis débouche sur la plaine de Darchen. J’y retrouve les pèlerins hindous qui attendent les derniers de leur groupe avant que les jeeps ne les embarquent pour le retour sur Katmandou. Ils me saluent et me disent une dernière fois « God bless you ».

Je me remets en route vers Darchen et rattrape bientôt un groupe de Tibétains : les hommes avancent en se prosternant, mesurant la distance à la longueur de leur corps, tandis que les femmes, qui portent leur peu de matériel (quelques couvertures, du thé et de la tsampa), marchent à l’arrière. Ce soir ils auront terminé leur kora. On devine la fatigue sur leurs visages mais aussi une profonde sérénité.

Encore quelques kilomètres, puis la boucle est bouclée. Tour à tour je revoie l’enthousiasme et l’insouciance heureuse des pèlerins, leurs visages illuminés par tant de foi et la certitude qu’ils ont d’améliorer ainsi leur vie future. Ils semblent avoir trouvé la recette du bonheur. Comment rester insensible à tout cela ?

Dernière modification : 21 janvier 2010

En photos Les vignettes seront mises à jour peu à peu. – Explications

Vue depuis la crete au dessus de Darchen Mythique face Sud du Kailash Bouquetins ? Monastere de Selung Chortens a Darchen 1er lieu de prosternation Mat de Tarboche Pelerins hindous et leurs yaks 2eme lieu de prosternation Vue sur la face Nord du Kailash depuis Dira-puk Face Nord et glacier Kangkyam Montee au Drolma-la Glacier au dessus du col Le col est en vue Au Drolma-la, 5650m Descente Lac de Gauri Kund, 5600m Vers Zutul-puk Itinéraire

Topo publié le 20 janvier 2010