L’Aiguille de Venosc (2830m) par l’arête nord-est, en traversée

Difficulté :
Difficile
Dénivelé :
1950m
Durée :
1 jour

Bien que d'altitude relativement modeste par rapport aux pics voisins, l'Aiguille de Venosc est une superbe pyramide aux versants raides s'avançant en bastion au dessus de la vallée du Vénéon. A l'écart des autres sommets de la chaîne, il offre un panorama du premier ordre. L'ascension par l'arête nord-est n'est pas très difficile, mais totalement hors-sentier et sans aucun balisage dans un cadre sauvage. Elle s'adresse donc aux randonneurs expérimentés ayant un bon sens de l'itinéraire. La descente par l'arête sud permet de réaliser une belle traversée. – Auteur :

Accès

Bourg-d’Oisans, route de la vallée du Vénéon - Venosc - Bourg d’Arud, parking à l’Alleau.

Itinéraire

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  • Altitude départ  : 930m.
  • Altitude sommet : 2830m.
  • Durée : 11h.
  • Carte : IGN TOP25 3336ET Les Deux Alpes - Olan - Muzelle - Parc National des Ecrins.

Période

Praticable en l’absence de neige sur l’itinéraire, en général pas avant mi-juillet. Terrain sec et bonne visibilité sont absolument nécessaires.

Difficulté

Le parcours présente peu de difficultés techniques. Celles-ci sont surtout concentrées dans la partie supérieure, par quelques montées et traversées de terrains herbeux ou terreux modérément raides, et un peu de petite grimpe facile de ressauts peu raides et bien pourvus en prises (quelques pas de II max). L’itinéraire est en général peu exposé.

En fait, la difficulté résulte surtout de ce que le parcours se fait essentiellement hors sentier, et sans traces apparentes la plupart du temps. Aucun balisage ni cairn ne confirment l’itinéraire. Un bon sens de l’itinéraire est donc absolument nécessaire, avec la capacité de lire le terrain pour en évaluer la difficulté et y tailler un cheminement praticable et logique. Et ne pas espérer vous faire indiquer le chemin, car vous risquez fortement d’être seul sur cet itinéraire très peu fréquenté...

Dans la partie inférieure, le cheminement se fait sur un sentier en forêt non entretenu et entrecoupé d’arbres et de branches en travers, obstacles pénibles à franchir. Un peu plus haut, la trace disparait et le cheminement est très paumatoire, en particulier si il faut redescendre. Dans cette éventualité, il convient de bien repérer, mémoriser ou marquer les points de passage.

Ascension

De l’Alleau, prendre le sentier en direction du refuge de la Muzelle. Peu après la fin des lacets (panneau Parc National des Ecrins) et après avoir dépassé l’entrée d’un caveau, prendre un sentier bifurquant à droite.

  • A noter que le seul point d’eau de l’ascension se trouve en continuant quelques minutes vers la Muzelle… Cela peut valoir le détour...

Ce sentier en forêt n’est pas du tout entretenu, et très peu parcouru. Le sol est mauvais, couvert de feuilles et de boue, et d’innombrables branchages et troncs en travers rendent le parcours pénible, plus adapté au sanglier qu’à l’humain...

Le sentier traverse en montant vers la droite, puis remonte en petits lacets raides (si le sentier devient horizontal, vous avez raté le début des lacets).

Vers 1500m, on atteint quelques ruines (l’Echarron). Plus haut, le sentier, mal marqué, tend à se perdre… En tout cas, il faut poursuivre l’ascension d’une vague croupe forestière, et vers 1600m traverser un peu vers la gauche pour trouver une raide clairière parcouru par un petit pierrier...

Ce parcours, paumatoire, doit être repéré pour pouvoir, au cas où, être redescendu… Cela donnera l’occasion de jouer au Petit Poucet avec les moyens du bord...

On s’élève droit dans la pente le long du pierrier. La végétation se dégage et le paysage s’ouvre...

  • Un parcours alternatif pourrait éviter la forêt scabreuse et paumatoire. Pour cela, il faut continuer le sentier de la Muzelle jusque vers 1550m (un peu après les cascades). Le quitter pour remonter en traversant à vue vers le nord une grande pente de pierriers, en visant un replat herbeux vers 1700m (la Chalmette). Le pierrier à remonter se trouve juste derrière.

Le haut du pierrier bute sur un grand ressaut raide que l’on contourne par une traversée vers la droite (nord) puis vers la gauche (sud) en suivant une trace très faiblement marquée. On remonte ensuite la pente herbeuse au-dessus, qui s’atténue peu à peu...

On voit enfin le sommet, ainsi que les pentes tranquilles à remonter à vue pour atteindre sa base. Vers 2070m, une bosse porte un grand cairn, le seul de l’itinéraire...

Les pentes herbeuses se font de plus en plus caillouteuses au fur et à mesure que l’on s’élève en s’approchant du début des difficultés des dernières pentes du sommet...

L’itinéraire de la partie sommitale consiste à atteindre la "pointe blanche" bien visible par le couloir qui se trouve à sa gauche (photo 12), puis de remonter l’arête derrière jusqu’au sommet.

Il faut tout d’abord rejoindre la base de l’aiguillette devant la "pointe blanche", puis traverser son flanc gauche par une légère trace descendante puis montante (ne pas grimper dans les dalles) pour rejoindre le couloir terreux derrière. On traverse ensuite vers la gauche pour atteindre un plan herbeux surmonté d’une dalle que l’on franchit facilement par une faiblesse.

Au-dessus, remonter le couloir assez raide et terreux. On pourra, dès que possible, préférer les rochers faciles sur le côté gauche, offrant beaucoup de prises franches. Puis, remonter facilement la dalle du haut du couloir, peu raide. On débouche sur un petit collet. Remonter facilement la crête à droite pour arriver au sommet de la "pointe blanche", retrouvant l’arête principale.

Derrière, l’arête nord-est se dévoile jusqu’à l’antécime. Rejoindre sa base et s’élever dessus à vue, proche du fil. Les petits ressauts à franchir ne sont pas trop raides et les rochers brisés qui les constituent offrent une multitude de prises confortables. Derrière un replat se trouve la seule petite difficulté : Une barre rocheuse, lisse celle-là, défendant l’antécime. Une fissure la traverse, offrant les prises nécessaires pour la remonter (II). Derrière l’antécime se dévoile le bloc sommital, qui se remonte très facilement par la gauche.

Et là-haut, la vue est magnifique. Au nord, un précipice de presque 2000m au dessus de la vallée du Vénéon avec, derrière, les Grandes Rousses, Belledonne, l’Arvan… A l’est, les pics dentelés des Ecrins… A l’ouest, derrière le trou au fond duquel se trouve le lac Lauvitel, la chaîne du Rochail… Au sud, la Muraillette, le Clapier de Peyron, la Roche de la Muzelle...

Descente

Le cheminement par l’arête sud n’est pas non plus balisé, ni formellement tracé, mais le cheminement est beaucoup plus évident.

Suivre l’arête vers le sud. Rapidement, une section fine suivi d’un ressaut infranchissable doit être contournée en descendant, versant est, un raide couloir sur quelques dizaines de mètres. On traverse ensuite en dessous dans une pente de rochers brisés faciles pour rejoindre l’arête.

On suit ensuite l’arête, soit sur le fil, soit parfois en contrebas versant est pour contourner de petites difficultés. Vers 2550m, on aboutit à un collet herbeux.

Inutile de poursuivre jusqu’au col du Vallon. On peut directement basculer dans le versant est par des sentes à moutons confortables qui descendent une pente terreuse raide, puis traversent vers le sud pour rejoindre le sentier quelques centaines de mètres au dessous du col.

On arrive au lac de la Muzelle dans son écrin herbeux… On remonte au nord vers le refuge de la Muzelle, et de belles bosses herbeuses idéales pour une pause...

Derrière, le sentier bascule dans le vallon de Chapeau Roux, puis redescend longuement le vallon de la Muzelle jusqu’à revenir au point de départ.

Remarques

  • A moins de maitriser parfaitement l’itinéraire, il est fortement déconseillé de descendre par l’arête nord-est, car le parcours et ses difficultés ne sont pas vraiment visibles d’en haut, et le risque de s’égarer est grand.
  • La Tête de la Muraillette (3019m) se situe 500m au dessus du col du Vallon, accessible en 4h aller-retour… C’est un peu trop long pour être enchaîné dans la journée, mais une nuit au refuge de la Muzelle permettra d’y monter le lendemain, et ensuite, pourquoi-pas, redescendre par le lac Lauvitel...

Détail de la sortie du 2 septembre 2013

Depuis ma sortie à la Muraillette l’année passée, je m’étais fixé comme but d’atteindre l’Aiguille de Venosc, moins élevée mais beaucoup plus esthétique...

Outre l’habituelle arête sud, j’avais vu mentionné la possibilité de monter par l’arête nord-est ce qui permettrait un beau parcours en traversée… Mais impossible de trouver un quelconque topo ou description de l’itinéraire...

Une belle journée, météo excellente, j’ai quand même décidé d’aller voir moi-même, en mode "exploration"...

Départ à 9h de l’Alleau, sous une couche de nuages bas matinaux qui ne devraient pas me gêner plus haut… Montée rapide jusqu’à la bifurcation. Mais juste après, quelques arbres en travers m’ont fait douter de la suite… Est-ce vraiment praticable ? Un but de si bon matin ? Hésitation quand à changer d’objectif, mais je suis là pour cela, on essaie quand même...

Montée pénible des lacets jusqu’aux ruines du haut, qui a mis à l’épreuve mes capacités de sanglier… Plus haut, la trace disparait et c’est vraiment paumatoire… On erre, on cherche… Le problème est de pouvoir revenir sur ses pas en cas d’impasse, sans s’égarer dans les pentes raides de cette forêt… Quelques marques sur le sol et champignons retournés (c’est la saison) pour indiquer mon passage...

Je tombe sur une clairière qu’on peut facilement remonter, et c’est avec soulagement que je sors de la forêt : On va enfin pouvoir voir où on va...

Plus haut, c’est raide… Quelques vagues traces semblent indiquer des traversées pour franchir ces grands ressauts, et je les suis… Même si le terrain n’est pas difficile, on n’est jamais sûr de se trouver sur le bon itinéraire… On se fie à la logique et à l’expérience, ayant en tête la ligne générale la plus plausible du parcours...

Le replat plus haut est un soulagement, aidé par la vue du sommet : On sait vers où on va… Parcours tranquille…

Par contre, les dernières pentes vers le sommet me remettent dans le doute : Cela a l’air raide, avec des ressauts rocheux… Aucune indication de par où cela passe… Il va falloir explorer un peu...

La règle essentielle de ce genre d’exploration est de s’assurer de ne monter que les passages pouvant être facilement redescendus ensuite… Et c’est parti pour quelques allers-retours dans des traces sans issue, m’apercevant rapidement qu’elles n’étaient pas tracées par des humains, mais des chamois… Mais, de visu, le seul itinéraire "raisonnable" semble être ce couloir en face… Je m’y dirige donc et le remonte, m’attendant à chaque instant qu’un ressaut trop difficile m’offre l’occasion de déclarer le but...

Mais, curieusement, je me retrouve en haut du couloir, les dalles rocheuses visibles d’en-bas n’ayant offert aucune résistance… Je remonte donc au sommet de la "pointe blanche" pour avoir la vue sur la suite...

Devant moi, cette arête de rochers sombres, avec des ressauts raides, mais peut-être pas infranchissables… Continuer ? D’un côté, cela me rapproche du sommet, et donc de la possibilité de descendre par la voie normale de l’arête sud, mais de l’autre, cela ajoute à la quantité de terrain scabreux à redescendre si je devais me retrouver bloqué… Je m’étais fixé 14h comme heure limite pour redescendre, et il est 13h30...

Je continue… Les rochers brisés de l’arête se remontent en fin de compte très facilement. Mais, inquiétude devant la barre de dalles lisses défendant la cime, qui ne semble pas contournable… But ? Mais cette petite fissure m’offre quelques prises pour la franchir, et encore la possibilité de continuer...

Ce n’était pas la cime, mais l’antécime, et le bloc sommital est là, juste derrière, facilement accessible...

Enfin le sommet ! Sur le coup, la montée m’a apparu très difficile, mais objectivement elle ne l’était pas du tout. C’est juste les doutes sur l’itinéraire et l’incertitude d’arriver en haut qui créé une tension psychologique… Il est clair que si je devais parcourir ce chemin une deuxième fois, je verrais les choses autrement...

En attendant, on profite de ce promontoire pour admirer le paysage grandiose, et prendre un peu de repos...

La descente par l’arête sud se fait facilement. La seule difficulté est le contournement d’un ressaut infranchissable de l’arête par le raide versant est. Pour gagner du temps, je coupe ensuite par le versant est dans les sentes à moutons pour rattraper le sentier en évitant le col du Vallon.

Arrivée au lac de la Muzelle. Le lieu est paisible, on prend une grande pause dans l’herbe, tant pis si cela me fera rentrer tard...

Il est maintenant presque 18h, il faut descendre. On plonge dans l’ombre du vallon, le long du torrent… De visu, les pentes de pierriers pas trop raides vers le nord permettraient de rejoindre l’itinéraire de montée, en évitant le sentier scabreux dans cette abominable forêt paumatoire… Idée à creuser pour la prochaine fois… Arrivée en bas vers 19h30, content d’avoir réussi cette belle boucle.

Dernière modification : 16 mai 2018
Tour du Signal du Lauvitel

A propos

Auteur de ce topo :

Des paysages sauvages, même si il faut marcher loin... Des panoramas grandioses, même si il faut grimper haut... Des couchers de soleil colorés, même si il faut redescendre tard...

Topo publié le 6 septembre 2013

(Avertissements et Droits d'auteur)

Commentaires

  • par Le 22 septembre 2013 à 12h06

    Je suis admiratif... surtout avec une dénivelée de 1950m !
    Merci Pascal de nous avoir dévoilé cette formidable ascension.

  • par JuanLe 16 octobre 2017 à 17h33

    Je l’ai fait ce week-end, merci pour ces précieuses indications qui m’ont bien facilité la tâche !

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