L’Albaron (3637m) par l’arête du Colerin ou arête sud-est

Difficulté :
Difficile
Dénivelé :
2000m
Durée :
1 jour
La carte

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

L'Albaron est l'un des sommets majeurs de Haute-Maurienne et de Savoie. Plusieurs itinéraires glaciaires, réservés aux alpinistes, permettent d'en atteindre la cime. Par la vallée d'Avérole, un long itinéraire, à la limite de l'alpinisme, sans glacier crevassé est accessible aux montagnards et permet d'atteindre cette cime mythique. Cet itinéraire est tout à fait adapté à une ascension solitaire pour les montagnards entraînés.

Accès

Parking de Vincendières dans la vallée d’Avérole.

Itinéraire

Carnet de route

  • Carte : IGN TOP25 3633 ET
  • Altitude départ : 1830m
  • Altitude d’arrivée : 3637m
  • Distance : 22km
  • Dénivelée relative : 1807m
  • Dénivelée cumulée : 2000m environ

Matériel

  • Piolet et crampons en fonction de l’enneigement.
  • Éventuellement une corde.

Difficulté

  • Le sentier balisé peut, certaines années, disparaître sous la neige dans le haut du vallon, bien avant le col des Audras.
  • Entre l’antécime et le sommet de la pointe du Colerin, un passage est délicat et exposé. Il s’agit de la traversée d’une dalle aérienne, d’environ 30 mètres, peu inclinée, mais lisse. Ce passage est difficilement protégeable.
  • De la pointe du Colerin à l’Albaron, crête facile puis arête qui se redresse avec quelques ressauts rocheux sans difficultés majeures.

La montagne en solo

L’un des premiers conseils de prudence en montagne est : "Ne partez jamais seuls". Cependant, cette pratique, particulièrement sur les hauts sommets de Maurienne, est loin d’être marginale sur les arêtes non englacées.

Balisage

  • Blanc/rouge du "Tour de la Bessanèse (TB) du refuge au passage du Colerin.
  • A noter que ce sentier balisé n’est pas représenté sur la carte IGN. Il est vrai que moraines, éboulis fuyants, petits passages rocheux, névés, couloir très raide, équipé d’une corde fixe, et non stabilisé, risquent de déconcerter les habitués des "GR tranquilles".

Une alternative

Approche

  • Possibilité de monter à VTT jusqu’au rognon rocheux au terminus de la piste. Soit 9 Km aller-retour.

Du parking aux abords du refuge d’Avérole

Suivre la piste jusqu’à son terminus à 2100 mètres d’altitude, en traversant le hameau d’Avérole.

  • Plusieurs petits raccourcis sont possibles, mais difficiles à repérer à la frontale.
  • A VTT, de nuit, il vaut mieux suivre la piste qui contourne le hameau par le nord

Au terminus de la piste, prendre le sentier qui monte au refuge.

On arrive à une bifurcation. Prendre le sentier de gauche, "sentier facile", ou celui de droite, plus direct pour un gain de temps minime.

Des abords du refuge à la pointe du Colerin

On arrive à une nouvelle bifurcation. A droite, le sentier mène au refuge. Prendre à gauche, plein est.

Remonter le sentier balisé blanc/rouge. On franchit plusieurs ruisseaux.

Le dernier, vers 2600 mètres d’altitude peut être délicat à franchir si les berges sont verglacées.

Après le franchissement du ruisseau, le sentier monte sur le fil d’une moraine jusqu’à son sommet.

On traverse ensuite le "Clapier Blanc", vaste zone de blocs moins raides.

On arrive dans un vaste cirque sous la pointe des Audras. La pointe du Colerin et l’Albaron sont visibles au nord.

On aperçoit le col des Audras derrière un petit vallon.

Traverser le cirque plein nord pour atteindre une côte rocheuse dans le prolongement du col des Audras.

  • Cette partie peut, selon la saison ou les années, être recouverte de neige.

Traverser le col des Audras, reliquat du glacier d’Entre deux Ris (parfois appelé glacier des Audras).

Le sentier remonte sous la pointe des Audras, puis il redescend sur le passage du Colerin.

  • Côté italien, ce passage se présente sous la forme d’un raide couloir terreux, haut d’une centaine de mètres, sécurisé par une corde fixe.

Le passage du Colerin est dominé par l’antécime de la pointe éponyme qui n’est pas visible.

Remonter la face sud-ouest de cette antécime, nombreuses sentes, plus ou moins bonnes.

En arrivant vers le sommet, on se rapproche de l’arête à gauche.

De l’antécime, suivre l’arête peu inclinée.

On arrive au passage de la dalle horizontale.

La première partie est facile et se franchit en adhérence.

La seconde partie est un peu plus inclinée, un peu plus aérienne et se franchit par appuis sur de petites prises de pied (écaillage de la dalle).

La troisième partie est parfaitement lisse et se franchit par adhérence, face au rocher, en tenant le rebord de l’arête qui est, à cet endroit, en "lame de couteau".

La quatrième partie est facile est se franchit par appui sur de petites prises de pied.

Le sommet de la pointe du Colerin se gagne facilement par des petits ressauts rocheux.

Statue de la Vierge au sommet et magnifique panorama.

De la pointe du Colerin à l’Albaron

De la pointe, redescendre par l’arête au nord.

Suivre cette arête, qui est davantage une crête jusqu’à la Selle de l’Albaron qui s’appellerait en réalité la Selle des Evettes.

Suivre l’arête sud-est de l’Albaron, presque horizontale. On aperçoit un gendarme avec un calvaire.

Le contourner par la droite, nord-est, par des vires dans une facette assez raide, ou par la gauche, sud-ouest, par des vires descendantes sur une vingtaine de mètres. Puis, revenir sur l’arête qui se redresse.

Gravir cette arête par son flanc nord-est, versant Evettes, jusqu’au sommet.

Panorama grandiose sur les Ecrins, Le Grand Paradis, le Mont Blanc, le Valais, Le Queyras avec le Mont Viso, l’Ubaye et, très loin, le massif de la Bernina.

Descente

Par le même itinéraire.

  • Pour des cordées qui voudraient redescendre par le Glacier du Grand Fond, attention, les montagnards de la vallée le considèrent comme dangereux.

Panoramique commenté 360°

Panoramique Albaron.
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Vidéo

  • La dalle du Colerin par Julien

L’ascension du 21 août 2013

Le 20 août, après une journée lumineuse, où j’ai réalisé l’ascension de la pointe de la Bailletta, par des températures fraîches eu un vent glacial au sommet, je vais à l’office du tourisme de Bessans, comme chaque jour, pour consulter le bulletin météorologique.

Journée lumineuse, plus de vent, températures en hausse, quelques rares cumulus en fin d’après-midi. Ce sont les conditions idéales pour faire une ascension en altitude.

Et pourquoi ne pas aller voir de plus près les 200 derniers mètres de l’Albaron ? L’ascension du 14 août ayant servi de reconnaissance.

Départ à 4h45 du parking des Vincendières, de nouveau avec le VTT.

Après le passage à proximité du refuge d’Avérole, la nuit laisse progressivement place à un nouveau jour. De temps en temps, je regarde par-dessus mon épaule pour admirer le changement de couleur de la pointe de Charbonnel qui passe du rouge sombre à l’or.

Et de nouveau, le ruisseau verglacé à traverser. Quel bon regel nocturne cette année !

Et la moraine, fidèle à elle-même, raide et glissante. Tout en haut de la moraine, deux étagnes et un cabri broutent la rare végétation.

Le cirque supérieur est toujours enfoui sous la neige. Mais cette fois, je sais où passe le sentier. A ma droite une petite harde de bouquetins passe fugitivement. Des étagnes et des cabris. Pas de mâles.

La neige est dure comme du béton. Crampons et piolet obligatoire.

Je ne vais pas suivre le tracé du sentier. Je vais prendre au plus court et passer par le petit vallon qui arrive directement, par une pente à 40°, au col des Audras. Les crampons crissent sur la neige dure. Est-il musique plus douce, à 3000 mètre d’altitude, dans l’ombre du petit matin ?

L’Albaron apparaît dans le ciel, encore lointain, comme un rêve. Chaque pas me rapproche de la réalité du sommet convoité.

Je continue aux maximum par la neige, jusque sous le passage du Colerin que j’atteins par une courte remontée dans du terrain morainique. Il est 9h30 et pas un nuage. Seulement une brume étincelante sur la plaine du Pô.
Comme d’habitude.
Après les ombres bleutées, la suite de l’ascension va se dérouler dans un paysage éblouissant de lumière.

Après une courte pause, je remonte le pierrier de l’antécime de la pointe du Colerin. Une autre étagne et un cabri passent devant moi.

Le passage dans la dalle, qui je l’avoue, me stressait un peu, se passe sans problème. Le rocher est bien sec. A 10h30 je suis au sommet.

Je ne m’arrête pas à la pointe du Colerin et descends aussitôt sur la large crête en direction de ce que l’IGN appelle la "Selle d’Albaron" et les gens de la vallée, la "Selle des Evettes".

Je suis surpris par la longueur de l’arête qui me sépare de l’Albaron. Quand j’ai fait l’ascension de ce sommet, il y a...longtemps, nous n’avions pas quitté les crampons...

L’arête désormais déglacée est parcourue par de multiples sentes. J’essaie de rester sur le fil. Le gendarme avec un calvaire se contourne plus facilement par la gauche au prix d’une descente d’une quinzaine de mètres.

Ensuite, l’arête se redresse. C’est une suite de vires et de petits murs rocheux faciles.

Les mouvements s’enchaînent. Le sommet est comme un aimant. Son attraction me fait oublier la fatigue de cette longue ascension.

Sous la Selle des Evettes, j’ai vu des traces fraîches dans la neige. Les alpinistes, venus par le glacier des Evettes, sont déjà redescendus. Je vais avoir le sommet pour moi tout seul.

Une dernière pente dans un éboulis très fin, le long d’un large couloir recouvert par un névé, débouche sur le plateau sommital, en partie enneigé. Il est 11h30, j’atteins le sommet en levant un poing rageur.

Quelques jours auparavant, au sommet de la pointe du Colerin, j’avais estimé que l’aller-retour à l’Albaron me prendrait deux heures. Il m’a fallu une heure pour l’aller et il me faudra une heure pour le retour. Chance ou expérience ?

Ce plateau est surprenant au sommet d’une montagne aux versants aussi raides. C’est sans doute cette raideur, générant des glaciers très crevassés qui a protégé l’Albaron des bétonnières. Avec des versants moins raides, la montagne aurait pu connaître le destin de la Grande Motte.

Comme prévu, je suis seul sommet. Personne ne sais où je suis. Je n’ai pas de portable. Je suis totalement isolé, seul au monde. La sensation donnée par la poussée d’adrénaline est stimulante.

Le panorama est merveilleux. Le ciel est clair et, avec l’altitude élevée, la vue porte très loin, du Viso au Valais et, me semble-t-il, très loin vers l’est, la Bernina.
Les vallées italiennes sont toujours baignées par une mer de brumes.

Je sors mon appareil photo et je tente de prendre un panoramique 360° ; pour gagner un peu de poids, je n’ai pris ni la carte, ni mes lunettes de vues. Je n’avais pas pensé au panoramique. On verra bien le résultat.

Je mange très peu. Mon appétit a été comblé par le bonheur du sommet.

A midi, après seulement 1/2 heure au sommet, je commence prudemment la descente. Je retrouve mes traces, mes petits cairns ou les pierres que j’ai dressées. L’étagne et son cabri sont maintenant en versant italien. Je m’arrête un peu à la pointe du Colerin. La brume dans les vallées italiennes se morcelle et s’épaissit. Elle va bientôt monter lentement. Je serais de retour dans la vallée avant qu’elle n’atteigne les sommets.

Je franchis, pour la quatrième fois en quelques jours, la dalle exposée. Et ouf ! Les difficultés sont terminées. Il ne me reste plus qu’à descendre tranquillement.

Je passe au maximum par la neige en profitant de la moindre occasion de faire de la ramasse. La moraine est désagréable au possible pour des articulations qui ont déjà des kilomètres.

Les pentes herbeuses, le refuge, le sentier qui descend le rognon jusqu’à la piste, je marche mécaniquement. Ma tête est retournée au sommet.

Je retrouve mon VTT et je file dans le vent, un peu nostalgique.
A bientôt 61 ans, des bambées comme celle-ci, je n’en ferai plus beaucoup.

Dernière modification : 16 mai 2018
Chapelle d’Avérole et Cabane des Bergers

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