Mont Gravières (2231m) par Valabres, Vallée de la Tinée

Difficulté :
Moyen
Dénivelé :
1620m
Durée :
1 jour

Voici le genre de parcours que j'affectionne particulièrement : un cheminement sauvage, secret, intense et donc inoubliable. Il y a l'aube de ce jour d'automne qui se lève alors que le sentier de pierre est encore presque invisible dans la lumière hésitante. Il y a cette constante ascension sur un tapis d'aiguilles, comme une trace évidente, qui m'entraîne à accomplir le pas suivant dans le végétal qui ne meurt aujourd'hui que pour mieux renaître demain. Il y a ce hameau fantôme gardant dans ses ruines la trace du passage de ces hommes vaincus, qui ont fini par quitter ce morceau de terre trop âpre. Il y a ces crêtes sauvages qui ont presque oublié les pas des marcheurs sur leurs dos ; les voilà parcourues par des chamois et des cerfs qui détalent d'un bond à l'approche de l'importun qu'ils n'ont pas vu venir, animal mythique qu'ils croyaient définitivement disparu de leurs terres. Et il y a cette vue, immense, au bout de la crête rocailleuse, comme une épine dorsale corsetée de pierres aiguës qui termine l'ascension. Et il n'est plus d'obstacle, au bout de ces efforts, pour arrêter le regard. Plus rien n'existe alors, que cette récompense que l'on goûte, assis sur ce rebord du monde, les yeux posés sur ces promesses d'autres pentes à gravir... – Auteur :

Accès

De Nice, emprunter la vallée du Var par la RD6202 puis prendre à droite l’embranchement vers la Tinée et la RD2205. Remonter la vallée et traverser le village de Saint-Sauveur sur Tinée. Quelques kilomètres avant Isola Village, repérer le petit parking sur la gauche en bordure de route avec le panneau d’information du Mercantour et la balise n°273.

Itinéraire

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La sortie en quelques chiffres :

  • Carte : IGN TOP 25 n°3646ET « Moyenne Tinée »
  • Altitude de départ  : Parking de Valabres à 710m
  • Altitude maximale : Mont Gravières à 2331m
  • Distance : environ 15 kilomètres en aller-retour
  • Durée : J’ai profité d’être seul lors de cette randonnée pour accélérer le pas (départ du parking 6h30, retour 11h15). Je pense qu’elle devrait se réaliser en marchant "normalement" en 8 heures environ
  • Balisage : Du parking aux rochers de Valabres, rectangles jaunes sur un sentier bien marqué. Puis ensuite, sentier très peu marqué et non balisé (voir le texte dessous pour vous aider à vous repérer), jusqu’à retrouver les rectangles jaunes d’un "vrai" sentier pour un court moment, entre le sommet secondaire et le Mont Gravières
  • Période conseillée pour effectuer cette randonnée : d’avril à Novembre pour le Hameau et les Rochers de Valabres, pour le sommet, voir selon enneigement en début d’hiver. Sortie réalisée en novembre 2012. Le sol était gelé à partir de 1900 mètres d’altitude environ, mais le sommet était encore libre de toute neige.

Du parking au Hameau de Valabres

Le sentier monte agréablement à partir de la balise n°273 et jusqu’au hameau désert de Valabres. Il s’agit d’un ancien chemin muletier, bien consolidé par des pierres stables. Au début du parcours il y a quelques châtaigniers comme en témoignent les feuilles marron et les bogues qui en cette saison couvrent les pavés, mais bien vite après la cascade, ils laissent place à des feuillus (chênes et hêtres), avant que ce ne soit le tour des mélèzes d’entrer en scène et d’offrir à nos pas le doux contact de leurs aiguilles. Le chemin monte par de nombreux lacets très bien tracés. La balise n°274 puis l’oratoire nous indiquent que nous approchons du hameau de Valabres.

On constate en arrivant aux bâtisses que les maisons sont pour la plupart bien dégradées et ont subi de plein fouet les outrages du temps, certaines même visiblement dangereuses à approcher, avec leurs toits en bardeaux écroulés. Les ronces, le lierre, le genévrier et les herbes sauvages ont reconquis ce territoire un temps abandonné aux hommes. Il y a encore un ou deux éléments « modernes » çà et là (une antenne râteau, des tuyaux d’arrosage…), apparemment utilisés par un berger l’été qui monte ici avec ses animaux, mais pour combien de temps encore ? Il règne sur l’endroit une atmosphère à la fois austère et mélancolique, renforcée par les couleurs profondes de l’automne. Pendant un bref instant de cette intense randonnée effectuée au pas de course, j’aurais marché sur la pointe des pieds...

Du Hameau de Valabres aux Rochers du même nom

Poursuivre l’ascension, toujours en empruntant le chemin de Petite Randonnée et son balisage de rectangles jaunes qui nous fait traverser le village fantôme par sa rue principale. Après avoir dépassé le torrent à la sortie du hameau (ruisseau de Ferroul), à nouveau la forêt de mélèzes prédomine ; mais malgré la douceur procurée par ce moelleux tapis végétal d’aiguilles sous nos pieds, c’est une rude montée qui nous attend, et qui va se poursuivre presque sans interruption jusqu’au Mont Gravières. Toujours par des lacets bien formés et le balisage facile à suivre, nous parvenons ainsi jusqu’aux Rochers de Valabres.

Des Rochers de Valabres à la Crête de Toussaint

Parvenu à cette crête, il va falloir négliger le balisage du PR et ses rectangles jaunes qui continuent vers le Sud et le promontoire des Rochers de Valabres pour attaquer le sentier que l’on voit monter en zigzaguant à main droite et qui suit plus ou moins la crête. A ce stade du cheminement désormais dépourvu de balisage, voici quelques indications qui vous aideront un peu à trouver votre route, qui n’est pas très compliquée tout de même à deviner avec un peu d’attention :

  • Même peu marqué et parfois « coupé », un sentier existe bel et bien. Mesdames et Messieurs les détectives des sous-bois, sortez vos loupes !
  • Il n’est pas indispensable de suivre le chemin à tout prix pour parvenir à bon port : quelques cairns parsèment la progression, et également des arbres marqués de peinture blanche suivent eux aussi l’itinéraire (bien que cela ne doive pas être leur fonction première, mais doit plutôt correspondre à un marquage propre à l’ONF !)
  • L’idée générale est de rester sur la crête montante qui file vers le Mont Gravières quasiment tout le long dans une direction Nord-Est. D’ailleurs, dans cette zone d’alpages se dénudant peu à peu, on voit assez loin devant nous, ce qui rend l’orientation plus facile.

On poursuit l’ascension à travers les mélèzes par ce discret sentier qui monte un petit moment vers le Sud-Est avant de rejoindre la Crête de Toussaint et de partir alors dans une direction Nord-Est. On arrive sur des murets en ruine sous le couvert des arbres, puis on traverse une ancienne zone de coupe encombrée de souches et de vieilles grumes. Suivre les cairns, les traces de peinture blanche sur les troncs et le sentier. Le tout est de progresser toujours vers le Nord-Est par les crêtes. Monter à travers les arbres clairsemés. D’ici, on aperçoit déjà notre objectif sur la droite, et la cime secondaire qui nous fait face et que l’on atteindra avant le Mont Gravières. On débouche sur une prairie alpine marquant la fin de cette crête pour rejoindre la suivante.

Crête de Toussaint - Crête de Gravières - Sommet

Une légère dépression nous fait descendre une courte croupe herbeuse puis on entame l’ascension de la Crête de Gravières, qui est elle aussi une pente de prairie alpine. On atteint le modeste sommet secondaire en montant dans un court couloir pierreux. Sur ce tertre se trouve une borne marquée d’un X. De là, la vue est déjà panoramique : Mont Mounier à l’Est et situé à peine à 8 kilomètres à vol d’oiseau, sommets de la Haute Tinée au Nord, secteur d’Isola 2000 et Malinvern au Nord-Ouest, Vallée de la Tinée au Sud et pistes de la modeste station de ski de Roubion, "Les Buisses", au Sud-Ouest.

La vue sera quasiment la même depuis Le Mont Gravières, éloigné de pas plus de 200 mètres de cette borne, mais maintenant qu’on est si proche, autant aller jusqu’au bout ! Nous rejoignons ici un sentier PR et ses rectangles jaunes pour ce court-aller retour. Ce chemin vient par une boucle en contrebas du Col de la Valette situé au Nord, sentier emprunté par ceux qui auront entrepris l’ascension depuis le Hameau de Vignols. On voit des abris en bas de la clapière, et un groupe de cercles de pierres. Faites attention sur cette dernière crête : le chemin se fraie un passage sur une arête peu exposée mais couverte de roches fragmentées aux bords acérés. N’oubliez pas de prendre quelques photos du Mont Mounier, qui, depuis ce promontoire, offre une vue spectaculaire des barres rocheuses qui ceinturent son sommet. On distingue une bonne partie de notre itinéraire de montée le long des crêtes, et il y a une jolie vue plongeante vers la Tinée (dont on ne voit pas le fond), et qui donne une idée de l’ampleur des 1600 mètres de dénivelé que nous venons de gravir.

Le retour

Il s’effectue par le même itinéraire qu’à la montée. Le sentier entre la cime et les Rochers est à mon avis plus facile à trouver dans ce sens.

D’autres infos…

  • Sur l’incontournable site Randoxygène du Conseil Général 06, la page qui décrit la randonnée jusqu’aux Rochers de Valabres. Lien ici
  • Sur le site Randoxygène CG06 toujours, la page décrivant la rando pour le Mont Gravières en partant du Hameau de Vignols. Elle diminue le dénivelé à gravir de plus de la moitié. Pour y aller, c’est par ici
  • Pour une petite histoire de Valabres, c’est par ici

A suivre...

Peut-être au printemps ou à l’été prochain, refaire ce parcours, et admirer ces paysages dans leurs habits d’éclatante verdure...

Ambiance

Peut-être pour vous aider à "visualiser en musique" le parcours au petit jour du parking jusqu’au Hameau de Valabres, un lien vers le morceau "Black Wave" du groupe The Shins.

Dernière modification : 16 mai 2018
Mont Mounier (2817m) par Valberg

A propos

Auteur de ce topo :

Site web : Rando Terres d’Azur

Bonjour, Je suis installé à Allos dans les Alpes de Haute Provence. Accompagnateur en montagne, je vous propose des randonnées dans le Haut-Verdon et dans tout le Mercantour. Rendez-vous sur le site "randoterresdazur.fr" ou la page facebook "Rando Terres d'Azur". A bientôt ! Marc

Topo publié le 25 novembre 2012

(Avertissements et Droits d'auteur)

Commentaires

Afficher les commentaires précédents (14).
  • par Le 25 novembre 2012 à 11h54

    Salut afka,
    On est passé du vert au jaune brun !
    Plus de 1600m en « delta Z » Je comprends que les enfants aient séché la promenade !
    Le sommet principal ressemble un peu à la Tête de Vallon Pierra, (30eme photo) très joli !

  • par Le 25 novembre 2012 à 16h23

    Bonjour Michel,
    Oui, une belle montée où l’on sent que l’automne est bien là dans les couleurs et la température...
    Les enfants en sont pour l’instant aux enivrons de + 1000m pour les plus longues sorties cette saison, ce qui est déjà bien !
    J’ai fait le Mounier quand j’étais jeune sans souvenirs photographiques, mais peut-être l’an prochain avec les enfants pour ajouter des clichés au topo existant sur le site (environ +1100m de dénivelé).
    Nous verrons bien !
    Marc.

  • par heremeLe 26 novembre 2012 à 23h57

    Les ruines de la photo en début de présentation du topo appartiennent-elles au village ?

  • par Le 27 novembre 2012 à 00h40

    Recoucou Hereme !
    Toutes les photos où tu verras des maisons, ruinées ou non, appartiennent au hameau de Valabres, sauf le vestige photo n°38 sur la crête de Toussaint. Il est vrai que je ne me suis pas aventuré dans les rares ruelles pour faire le tour des maisons, obnubilé par l’idée d’atteindre le sommet au plus tôt. Il y en a quand même encore debout (photo 44), certainement les dernières à avoir été abandonnées, l’une d’entre elles ayant certainement servi de gîte pour le berger...

  • par heremeLe 27 novembre 2012 à 01h01

    Oui, la 38 je l’avais repérée sur GoogleEarth.

  • par Le 1er décembre 2012 à 17h45

    Salut à tous,
    Je ferais une synthèse de ce débat passionnant en revenant sur quelques points de détail.
    (J’ai effacé les messages de mon topo Corse !)
    Cette fois marc, c’est toi qui va devoir travailler parce que je le publie sur ton topo !

    • Je suis d’accord avec tout ce qui a été dit et le principal, c’est que Marc est arrivé à faire un tracé.
    • Il faut se rappeler que ces tracés ne sont qu’une image et qu’il faut en effet se munir du 25000eme sur le terrain ! Une carte sans courbes de niveau, c’est comme des notes de musiques sans partition.
    • Hereme : J’ai moi-même des anciennes cartes IGN, et je les préfère à celles d’aujourd’hui :
      Relief mieux dessiné, plus lisible etc…
      Mais comme c’est tendance de mettre des petites étoiles, c’est aussi tendance de saturer les cartes d’informations. Mention spéciales au SUR lignage des sites que je trouve inutile.
      (Voir les cartes Suisses à l’extrême opposition).
    • Si tu n’utilises pas géoportail, il est en effet préférable de tracer directement sur google.
      Surtout si tu redresses la carte !
      A vrai dire, je dessine en vérifiant le tracé en parallèle sur géoportail comme l’a mentionné Alain, mais je ne voulais pas t’en parler pour ne pas t’embrouiller.
    • Le gros avantage avec géoportail, c’est que l’on peut rester précis sur des zones de sous bois, de glaciers, les endroits où la piste devient moins visible etc…
      On peut aussi faire varier en pourcentage entre la partie carte et la vue satellite, mettre le 25000eme en relief et j’en passe... (je ne suis pas là pour en faire l’éloge)

    Ps :Google Map est génial, mais j’aurais du le préciser, pas pour faire ces topos.
    (Pas toujours facile de s’exprimer en quelques mots)

    Ps : Merci Marc pour tes remarques sur le topo Corse !

  • par Le 1er décembre 2012 à 18h01

    Recoucou Michel !
    Merci pour toutes ces précisions, effectivement, j’utilise Géoportail pour visualiser mes parcours et cela m’aide bien au moment d’écrire un topo. Malheureusement, je n’arrive toujours pas à lire les cartes 3D de Google Earth (mon PC date un peu et il foire souvent maintenant), et je ne peux donc pas avoir de carte inclinée. Donc Géoportail pour me guider, et Google Map lorsque le relief est assez visible pour y ajouter un tracé... sinon, je vais m’en tenir aux photos pour illustrer mes sorties !
    A bientôt !
    Marc

  • par heremeLe 1er décembre 2012 à 19h03

    Ben oui, mais le petit tracé même imparfait Google est bien utile pour localiser rapidement le lieu du topo et les grandes lignes de l’itinéraire. Alain le fait (presque) systématiquement. D’autant plus que l’on y retrouve les points de repère (villages, cols, sommets, ...). Mais qu’appelles-tu "carte inclinée" ? Même sans avoir le 3D, Google peut incliner la carte dans le sens vertical de l’écran.

  • par heremeLe 1er décembre 2012 à 19h06

    PS. Ton tracé sur le mont Gravières est la copie conforme de ce j’avais enregistré moi-même selon les indications de ton topo.

  • par Le 1er décembre 2012 à 19h18

    Je suis d’accord, ce tracé est sympa et je trouve qu’il manque sur certain topo, surtout si on ne connait pas le coin.( tu remarqueras que je l’ai fait sur mes 3 topos).
    Ce que je voulais dire, c’est que les cartes à plat donnent une moins bonne idée du relief.
    (encore une fois, plus facile à suivre sur géoportail).
    Peut-être pourrons nous voir les patous sur la prochaine édition google !

  • par Le 1er décembre 2012 à 20h07

    Dans la série Google Earth si je n’ai pas accès à des leçons particulières vues mes compétences il va falloir me rebaptiser Dinosaurette.

  • par Le 1er décembre 2012 à 20h50

    On pinaille un peu, mais ce n’est pas difficile de faire un tracé sur google.
    Dinosaurette comment ?

  • par Le 1er décembre 2012 à 21h39

    Marc, j’ai perdu galipette mais je crois que tu as raison, on aurait du ouvrir une fenêtre sur le forum pour une explication mieux définie grâce à toutes vos interventions.
    comme moi, tu vas te retrouver avec un nombre conséquent de messages.

  • par Le 20 novembre 2015 à 17h09

    Hello Marc,

    Merci pour ton topo qui m’a motivé pour faire cette sortie le 31 octobre dernier, par un temps magnifique grâce à un vent omniprésent mais bien glacial en cette journée d’halloween :-) je ne suis pas resté bien longtemps au sommet mais la vue sur le Mounier et sur la mer était vraiment superbe ; parti tard, je n’ai croisé que trois bêtes à cornes et un humain bien réel dans le hameau au retour (tout d’abord pris pour un fantôme !), qui m’a parlé de l’histoire du village et qui vient toujours régulièrement s’occuper de son habitation et maintenir en état les bâtiments principaux, faire couler l’eau du lavoir lors de la belle saison, etc.
    Il m’a d’ailleurs convié à la fête du pain qui a lieu le premier samedi de septembre et lors duquel le four à pain est encore sollicité.
    Merci de partager tous ces beaux (mais physiques !) itinéraires avec nous.
    @ +
    Hervé

  • par Le 21 novembre 2015 à 09h10

    Bonjour Hervé,

    Content que la sortie t’aies plu ! elle m’a vraiment enthousiasmé lorsque je l’ai faite. Il faudrait que quelqu’un songe à la faire plutôt en été pour nous donner ses impressions, car cela doit aussi être sympa de ne pas se geler au sommet :)
    Je prends bonne note que le hameau de Valabres est encore entretenu. Peut-être rdv en septembre prochain alors, pour voir le four à pain communal fonctionner !

    Marc

  • par Le 27 novembre 2015 à 22h59

    Oui,le rendez vous est pris pour septembre,je me renseignerai avant auprès de la mairie de Roure pour être sûr de la date

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