Mont Viso (3841m)

Difficulté
Alpinisme PD
Dénivelé
2070m
Durée
2 jours
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Avertissements et Droits d'auteur

Le Mont Viso est le plus haut sommet des Alpes du Sud, il est plus méridional encore que le Massif des Ecrins. Le Mont Viso est aussi une magnifique montagne, majestueuse et solitaire, visible de partout, qui fascine par la hauteur de ses différentes faces. Les randonneurs sont nombreux à en faire le tour. Techniquement aisée, son ascension par la Voie Normale de la Face Sud, essentiellement rocheuse, est une entreprise sérieuse, les conditions pouvant varier très rapidement.

Accès

Deux accès :

  • Briançon, Col de Montgenèvre, Sestriere, Pinerolo, Saluzzo, village où l’on prend la route du Pian del Re, source du Pô à 2020m.
  • Queyras, Col Agnel, Saluzzo, village où l’on prend la route du Pian del Re, source du Pô à 2020m.

Itinéraire

Le Mont Viso

Le Mont Viso ou Monte Viso ou encore Monviso. Cette montagne est particulièrement célèbre. A son pied, naît le , le plus grand fleuve d’Italie. Il est décrit ou cité par Virgile, Dante, Pétrarque, Chaucer...

Il est facile à identifier par sa forme et par sa hautaine solitude. Son imposante silhouette de basaltes et de gabbros domine en effet de plus de 500m toutes les montagnes voisines, la Barre des Ecrins se trouvant à 64 km. Du Mont Blanc aux Alpes valaisanes, de la Vanoise aux Ecrins, du Queyras au Mercantour, de Turin et du Piémont, cette majestueuse pyramide isolée attire le regard. Le Pain de Sucre étant l’un des plus beaux belvédères.

Bien que dominant tout le Queyras, le Mont Viso n’en fait pas partie. C’est le point culminant des Alpes cottiennes.

Ne dit-on pas que la société de production cinématographique Paramount, s’est inspirée du Mont Viso pour créer son logo ?

Matériel

  • Piolet et crampons même s’ils ne servent pas !
  • Casque, sangles, encordement 20m pour une cordée de 2.
  • Carte : IGN TOP25 3637OT

Difficulté

  • Par le Pian del Re et le refuge Quintino Sella
  • Dénivelée premier jour  : 620m - de 2020m à 2640m
  • Le passage du Pas des Sagnettes, de nuit à la frontale, est délicat. Et pourtant, au Viso, il faut partir tôt pour prendre la Nebbia de vitesse.
  • Dénivelée deuxième jour : 1450m - de 2640m à 3841m
    • 100 mètres de descente après le Pas des Sagnettes à reprendre et à remonter après l’ascension
  • Par Castello et le refuge-bivouac Forciolline
  • Dénivelée premier jour : 1320m - de 1595m à 2810m
  • La dénivelée le premier jour est conséquent, généralement le chargement est lourd avec du matériel (corde, crampons...) et de la nourriture car le bivouac est non gardé. Si la première partie de la montée se déroule sur sentier balisé, la fin de la montée est plus délicate dans une gorge encaissée mais cela reste de la marche classique.
  • Dénivelée deuxième jour : 1041m - de 2810m à 3841m
  • L’avantage de cet itinéraire est que la dénivelée est légèrement plus faible pour le sommet que par le Pian del Re.
  • L’inconvénient, la descente est longue jusqu’à Castello avec 2250m de dénivelée négative et de la fatigue accumulée.
  • Sommet
  • Dénivelée de la partie purement rocheuse : 500m
  • Course rocheuse PD. Mais en raison de l’altitude, la présence de neige n’est pas exclue et accentue la difficulté.
  • Face rocheuse constituée d’une succession de vires, de petits murs et de cheminées (pas de II), elle n’est pas assez raide pour mériter le nom de paroi, mais l’erreur est interdite. La face fait plus de 500m, il faut progresser au maximum "les anneaux à la main". Les cordées doivent donc être homogènes.
  • Ne pas oublier que l’on évolue à une altitude équivalente à celle de l’Aiguille du Midi. Que ce sommet isolé attire les orages et qu’avec l’altitude on peut rencontrer le froid et la neige.

Refuge Quintino Sella (2640m) par le Pian del Re

  • Montée 2h à 2h30
  • Lien refuges.info. Vers le refuge Sella, mais aussi vers les bivouacs Andreotti et de Forciolline.

Du parking, prendre le sentier qui part plein Sud. On passe près du lago Fiorenza, près du lago Chiaretto, sous la Face Est du Monte Viso, haute de 1000m, avant d’arriver au lago Grande di Viso, au bord duquel se situe le refuge.

Refuge-Bivouac Forciolline par Castello

  • Montée 3h30 à 4h

Du Queyras, franchir le Col Agnel passer le superbe village de Chianale et redescendre en versant Sud jusqu’à Castello. 300m après le village, il y a un parking à gauche au départ d’une piste qui devient ensuite un sentier assez raide. L’altitude du parking est de 1595m.

Du parking de Castello remonter le vallon orienté nord, en direction du refuge Vallante. Bifurquer à droite dès que l’on aperçoit la direction des bivouacs Berardo et Forciolline. Le sentier, balisé en jaune, remonte d’abord dans les mélèzes pour accéder à un long couloir (raide avec trois passages câblés) que l’on remonte jusqu’au plateau des lacs Forciolline.

Compter environ 4h, d’autant plus que la progression n’est pas aisée, la fin se déroulant dans de gros blocs et dans du pierrier.

Ce bivouac, très moderne, inauguré apparemment en 2004, est très confortable et possède 15 places avec des tables et des tabourets. Il est néanmoins vite saturé, surtout le week-end, alors prévoir éventuellement de quoi dormir dehors ou par terre. Pour un soir de semaine, nous étions 12. En revanche, il n’y a pas de gaz et pas d’eau à proximité (sauf l’eau des lacs que j’ai dû boire, mais ce n’est quand même pas conseillé...), et ce refuge n’est pas gardé. Donc les premiers arrivés sont les mieux lotis.

Ce refuge se situe dans un cadre enchanteur, très minéral mais avec la présence de quelques petits lacs.

Le lendemain, on rejoint ensuite sans problème l’itinéraire venant du pas des Sagnettes.

Sommet

  • Montée de 5h à 6h00

Du refuge, descendre au bord du lac et prendre le sentier qui part au Sud. Au bout du lac, un sentier part à droite, vers l’Ouest et monte au Pas des Sagnettes (2990m) que l’on atteint par des vires aériennes, équipées de chaînes. Passages délicats, de nuit à la frontale.

Du Pas des Sagnettes, descendre d’une petite centaine de mètres dans le Vallon de Forciolline. Suivre la sente qui se dirige au Nord-Ouest, au milieu des blocs, vers ce qui reste du glacier du Viso, recouvert de pierres, au pied du grand entonnoir qui sépare le Viso de son satellite, le Viso de Valante.

Sur le glacier, dépasser un gros rognon rocheux et partir à droite, dans un couloir peu incliné de névés ou de pierrailles, l’ancien glacier Sella.

On passe au Bivouac Andreotti (3225m) que l’on dépasse d’une cinquante de mètres.

Prendre une vire à gauche qui permet d’attaquer la face.

Suivre alors l’abondant balisage à la peinture jaune. La voie est assez directe et s’éloigne peu de la ligne générale.

On finit par rejoindre l’arête Est pour arriver au premier sommet. On traverse une petite brèche pour arriver au sommet avec la Croix.

Descente

Par le même itinéraire.

La course

Un topo est toujours plus complet avec un retour d’expérience. Dans le cas du Mont Viso, mon ascension a été quelque peu différente de la description donnée dans le topo.

  • EN ROUTE POUR LE MONT VISO

Mon entreprise étant en chômage technique, je me retrouvais seul pour une semaine. La forme était là : Pointe des Cerces, Vieux Chaillol, Montagne des Agneaux, Tête de Lauranoure, soit quatre WE consécutifs de beau temps.

Pourquoi ne pas essayer une ascension solitaire ? Très vite mon choix se porte sur le Mont Viso, qui associe haute altitude, absence de glacier crevassé et un itinéraire sans grande difficulté, mais engagé quand on le parcourt en solo. C’était une bonne occasion de tester le mental si important en montagne, quel que soit son niveau. Le mental, comme le reste, demande de l’entraînement.

Après une nuit au camping de Val-des-Près, à l’entrée de la Vallée de Névache, je gagne le Pian del Re, la Source du Pô. De la vallée déjà, bien avant le terminus de la route, le Mont Viso révèle une incontestable majesté.

Mon sac est très lourd. Autant faire une véritable ascension solitaire et autonome, c’est à dire avec un vrai bivouac. Je ne connaissais pas le refuge-bivouac Andreotti, bien équipé, mais en l’utilisant, mon ascension aurait perdu un petit quelque chose. Comme un petit manque de sel dans un mets.

Je remonte donc le vallon jusqu’au refuge en 2h00. La Nebbia à envahi le sommet avec une rapidité fulgurante. J’ai à peine vu la face nord haute de 1300m. Il me faudra en tenir compte pour mon ascension.

Après une pause, je me dirige vers le Pas des Sagnettes. Le passage est raide et je sens le poids du sac, mes chaussures de montagne étant dedans.

Je descends dans le Vallon puis, un peu plus bas pour trouver de l’eau. Cette eau, je l’entends couler sous les pierres et je finis par trouver un filet qui ruissèle sur un bloc.

  • UN BIVOUAC A LA DURE

Pas d’herbe ! Mais une grande dalle couchée ! Je n’avais pas emmené de tente, et le matelas va être ferme ! Je voulais faire une ascension qui aurait la pureté du cristal, mais je ne pensais pas aller aussi loin, avec un bivouac à la dure !

  • LE LOUP DES LACS DE FORCIOLLINE

Alors que le crépuscule envahit lentement mais sûrement mon bivouac, je vois quelque chose bouger, plus bas, au bord du lago Superiore delle Forciolline . Avec les jumelles, je distingue une forme sombre et allongée.

Un chien errant ? Un loup ?? Ils sont de retour dans les Alpes ! Voilà que la peur ancestrale d’Ysengrin surgit en moi ! Je regarde attentivement et je le vois bouger. Et plus je regarde, et plus je le vois bouger ! Et pourtant il semble faire du surplace. Je prends des repères et je me force à ne pas regarder pendant 5 minutes. Que c’est long 5 minutes ! Après une éternité, elles sont enfin passées. La chose n’a pas bougé ! C’était un rocher ! J’en souris encore !

À la nuit, la Nebbia se déchire et laisse place à un ciel étoilé comme j’en ai rarement vu. La Voie Lactée forme deux rubans jaunes dans la noirceur du ciel.

  • LE CLAIR D’ETOILES

Ayant peu ou pas dormi, je pars très tôt, après avoir caché mon matériel de bivouac sous un gros bloc, que j’ai repéré avec un cairn.

Au bout de quelques minutes, j’éteins ma frontale et je marche, non pas au Clair de Lune, mais au Clair d’Étoiles. C’est féerique !

Le vallon n’est pas très long, mais dans cet univers de gros blocs, la progression est lente. Je passe devant le bivouac Andreotti dans
la grisaille du jour naissant. La journée s’annonce magnifique !

L’itinéraire ne pose pas de problème avec les marques de peinture surabondantes. Quelque part, je suis un peu déçu, mon ascension devient moins engagée... Mais aussi avec moins de risques de me perdre dans cette immense face.

Peu à peu l’altitude se fait sentir et il me faut souffler de temps en temps. La neige fait son apparition et je coince le piolet entre mon dos et mon sac pour le cas où...

  • TROIS FRANÇAIS SUR LE MONT VISO

Enfin le premier sommet. Je franchis une brèche aérienne et enneigée et je suis seul au sommet du Mont Viso.

Les cordées que j’ai vues franchir le Pas des Sagnettes, grâce à la lueur des frontales, sont encore loin.

Je reste plus d’une heure à admirer ce magnifique panorama, qui s’étend sur tout l’arc interne des Alpes. De l’Argentera, jusqu’aux neiges étincelantes de la Bernina, en passant par la Vanoise, la Haute Maurienne, le Mont Blanc, le Grand Paradis et les Alpes valaisannes. À l’Ouest, à mes pieds, le Queyras qui semble bien minuscule et plus loin le Massif des Écrins.

L’impression d’altitude, avec l’absence de premier plan, est extraordinaire et elle est renforcée par les brumes qui baignent la plaine du Pô. C’est magique ! Comme au Mont Blanc, mais sans le va et vient continuel des cordées, les poses photo, le folklore d’une bouteille de Champagne que l’on ouvre...

Et puis j’entends un peu de bruit et un grimpeur arrive...seul. C’est un Français, il est parti de la Roche écroulée, a franchi le col de la Traversette avant de remonter au refuge Sella pour passer la nuit.

Pendant que nous sympathisons, nous entendons du bruit et un autre grimpeur arrive...seul. Lui aussi est Français, il est parti de Nice avec tout un groupe avec l’intention de rallier le lac Léman, un classique des GR. Mais peu à peu, d’abandon en abandon, il s’est retrouvé seul et il continue en faisant quelques ascensions en cours de route. Il a bivouaqué dans sa petite tente près du refuge.

Est-ce parce que nous sommes trois Français sur un sommet italien ? Mais ces deux rencontres au sommet du Mont Viso resteront un des moments forts de ma vie de montagnard.

Et puis nous entendons beaucoup de bruit et nous comprenons qu’il est temps de laisser la place à nos amis italiens. D’autant que quelques bancs de brume montante laissent présager une arrivée imminente de la Nebbia.

  • À LA RECHERCHE DU BIVOUAC PERDU

Nous redescendons donc ensemble. Sous le pas des Sagnettes, ils m’aident à chercher mon matériel de bivouac, trop bien et inutilement, caché. Il nous faudra quand même 15 minutes pour retrouver mon petit cairn au milieu de ce désert de pierres. Pendant ce temps, le sommet du Viso a été aspiré par la Nebbia.

  • ADIEU LES AMIS

Au refuge nous disons au revoir et bonne chance à celui qui rêve du lac Léman.

Plus loin je dis au revoir à celui qui retourne dans le Queyras, en passant cette fois par le col du Couloir du Porc.

Trois vies, trois routes qui ont convergé dans la même direction pendant quelques heures, avant de se s’éloigner à nouveau. Peut-être liront-ils ces lignes ! Pour eux aussi, l’ascension du Mont Viso aura certainement été inoubliable.

C’est sous un ciel sombre et couvert que j’atteins le parking, sans revoir le Mont Viso.

  • LE PETIT HOMME ET LA GRANDE MONTAGNE

Un petit homme, une grande Montagne et la tête pleine de souvenirs qui ne me quitterons jamais.

Un rêve s’est réalisé, il faut d’urgence en trouver un autre !

Un autre récit d’ascension...

...très réussi et abondamment illustré. Lien ICI.

  • Ce récit correspond à la "sortie"de FBI72. Merci François d’enrichir cette page.

Remerciements

Dernière modification : 9 août 2017