Ouille d’Arbéron (3563m) arête ouest, voie normale

Difficulté :
Difficile
Dénivelé :
1900m
Durée :
1 jour
La carte

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

Très longue randonnée alpine. C'est de la haute montagne et les conditions peuvent varier d'une année sur l'autre. L'ambiance au sommet, par son isolement, par la hauteur du versant italien, est extraordinaire.

Accès

Parking des Vincendières dans la vallée d’Avérole.

Itinéraire

Carnet de route

  • Carte : IGN TOP25 3634 OT
  • Altitude départ : 1830m
  • Arrivée : 3563m
  • Temps de montée : 6h00
  • Départ : 4h30
  • Retour : 14h15
  • Distance : 20km

Matériel

En fonction des conditions. J’avais fait un repérage du sommet de l’Ouille Allegra. J’ai pu faire l’ascension en chaussures légères, sans crampons. Uniquement un piolet qui m’a servi pour tailler quelques marches dans les névés sous le rognon rocheux avant l’arête.

Difficulté

  • Longue ascension, plus "alpine" en début de saison quand l’arête est enneigée. Plus facile quand elle est sèche.

Une alternative

Approche

  • Possibilité de monter à VTT jusqu’au rognon rocheux au terminus de la piste.

Ascension

Du parking suivre la piste interdite à la circulation l’été. Elle traverse le hameau d’Avérole et continue jusqu’au pied du rognon sur lequel est construit le refuge et que l’on atteint par un court et raide sentier (1h15/1h30).

Descendre vers le torrent émissaire du glacier d’Arnès et franchir la passerelle. Passerelle que je n’ai pas trouvée et je suis passé sur un névé (attention aux "boîtes aux lettres") recouvrant le torrent et la passerelle.

Remonter le petit ruisseau de l’Oney en rive gauche (pas de sentier bien défini mais de multiples traces) jusqu’au lac puis, jusqu’au col d’Arbéron.

L’itinéraire se dévoile. Il faut suivre la vieille moraine (soit par le faîte, soit en contrebas) jusqu’au gros rognon qui donne naissance à l’arête Ouest. On peut le surmonter directement, escalade facile, ou le contourner par la neige à gauche s’il en reste. Mais c’est selon les années. Dans ce cas, les crampons peuvent êtres utiles voire indispensables. Le plus facile, c’est de contourner le rognon par des vires ascendantes sur la droite.

Suivre l’arête jusqu’au sommet. Elle est coupée par deux ressauts rocheux peu raides que l’on peut escalader directement ce que je conseille à la montée, ou les contourner facilement par le sud, ce que je conseille à la descente.

Panorama grandiose avec vue saisissante sur le Lago Della Rossa.

Retour

Par le même itinéraire, sauf au niveau du gros rognon, que l’on peut descendre par des vires qui permettent de le contourner par la gauche en descendant.

Récit de l’ascension

Me voici donc aux Vincendières. Il est tôt, très tôt même : 4h30. Je fixe la frontale sur ma tête et je me mets en route en direction de la Pointe des Audras. Le topo de Jean-Marie, m’avait fait envie et de plus, c’était l’occasion, au retour, d’aller reconnaître le début de l’itinéraire pour un beau projet : l’Ouille d’Arbéron.

Quand on se rend à Bonneval-sur-Arc, après le pont sur le torrent de Ribon, on peut apercevoir quelques instants, un élégant triangle rocheux, élevé et lointain. C’est l’Ouille d’Arbéron. On devine tout de suite que cette fière montagne est aussi très isolée.

Mais, si j’étais déjà monté au refuge d’Avérole, c’était en hiver, avec des skis de fond. Cette montée n’est pas difficile, d’ailleurs j’ai atteint le refuge en 1h15 alors que je pensais qu’il me faudrait 2h00. Mais elle est monotone. C’est une longue piste sans relief. Et de nuit, on ne peut pas se laisser distraire par le paysage. Et très vite je comprends que je ne ferai pas cette montée deux fois dans le même été.

Donc, changement de programme. Je range la Pointe des Audras dans le dossier "à faire" et je me dirige vers l’Ouille d’Arbéron.

Mais sans en avoir reconnu l’itinéraire.

J’arrive au refuge à la pointe du jour et je me dirige aussitôt vers la passerelle qui permet de franchir le ruisseau d’Arnès.

Mais où est-elle cette passerelle ?

Sans doute sous la neige qui occupe le fonde du vallon. J’hésite à traverser. Je suis seul et j’ai peur des "boîtes aux lettres". Je remonte donc le long du ruisseau d’Arnès en espérant trouver un passage étroit que je pourrai franchir. Je monte, je monte et le ruisseau est toujours aussi large et tumultueux, infranchissable. Je suis obligé de redescendre et de passer par la neige.

Le torrent furieux passe juste dessous et impossible de connaître l’épaisseur de neige. J’avance en sondant avec mes bâtons. La neige est très dure et cela passe bien.

Ensuite il faut remonter le vallon de l’Oney. Pas de véritable sentier, mais de multiples traces, dont certaines vont se perdre dans la végétation. Il faut alors en trouver une autre. Je suis tellement occupé à ne pas me prendre les pieds dans la végétation que je ne vois pas le Soleil se lever.

Et puis, la végétation laisse place aux éboulis et à la neige. La progression devient plus aisée. J’arrive au lac d’Arbéron, magnifique nappe entre le turquoise et l’émeraude. Bientôt c’est le col d’Arbéron.

Ce n’est pas encore gagné ! Loin de là ! Je commence à ressentir l’isolement du lieu. Une joie intense et intérieure m’envahit. Je sens, je sais que je suis en train de vivre ma plus belle journée de montagne depuis que j’ai pris du recul avec l’alpinisme.

Le sommet, élégant, est encore haut dans le ciel, son arête ouest n’est pas effrayante. Encore faut-il aller la chercher. Je redescends un peu, par la neige, de l’autre côté du col. Je gagne l’ancienne moraine frontale du glacier d’Arbéron qu’il me faut traverser. Montées et descentes se succèdent. Neige et éboulis alternent. C’est plus long que je ne le pensais.

Enfin, je me retrouve au pied du rognon rocheux qui donne accès à l’arête. Je ne vois pas les vires du versant sud-ouest. Elles sont dans l’ombre et j’ai le Soleil dans les yeux.

Je me dirige directement vers le rognon, et monte dans la neige en direction de dalles grises. Je suis en chaussures légères et donc sans crampons. Mais j’ai mon piolet et je taille quelques marches dans la partie la plus raide du névé. Puis, j’atteins les dalles et après une escalade facile j’arrive sur le faîte de l’arête.

Mais ce n’est toujours pas gagné. Cette arête est longue de plus de 1,5 km pour 400m dénivelée.

L’altitude commence à se faire sentir et le souffle est court. Deux ressauts plus raides coupent l’arête. Ils se surmontent facilement. Des glaçons pendent sous les rochers. J’en mets quelques-uns dans mon bidon. Pour rafraîchir le pastaga...si j’en avais !

En haut du second ressaut, j’aperçois deux silhouettes qui arrivent au Col d’Arbéron.

Enfin j’arrive au sommet.

Il est extraordinaire !

C’est une étroite crête aérienne. Je domine le glacier du Baounet de plus de 600 mètres, le refuge d’Avérole de plus de 1300 mètres. Le versant italien est vertigineux. J’ai l’impression que si je lance une pierre, elle va tomber dans le Lago della Rossa, 830 mètres plus bas. Et le lac, domine lui-même le haut de la vallée de 1300 mètres ! Un gouffre !

Il fait frais au sommet, presque froid. Un vent léger me caresse le visage.

C’est le vent des cimes, à nul autre pareil ! A la fois sec et frais et léger.

L’impression d’altitude est fabuleuse. Les brumes et les nuages de la plaine du Pô sont au-dessous de moi. L’impression d’isolement est totale. Les deux silhouettes sont toujours au Col d’Arbéron. Ils ont suivi ma lente progression. Si je suis parti vite, l’altitude a considérablement réduit mon allure sur l’arête.

C’est l’occasion de faire une petite digression. Quelques jours plus tard, au sommet de l’Ouille Noire, un jeune couple arrive. Ils me parlent des ascensions qu’ils ont réaliséés dans cette magnifique Haute Maurienne. Ils n’ont qu’un regret. Ils sont partis trop tard pour faire l’Ouille d’Arbéron. Arrivés au col, ils ont vu une silhouette progresser lentement vers le sommet et se sont aperçus que le sommet était vraiment très loin et qu’il était plus prudent de renoncer. La silhouette était la mienne.

Je reste plus d’une heure au sommet. Dans une solitude totale, dans un isolement absolu. Le panorama est fantastique. Que de montagnes et de glaciers tout autour. Qu’il est loin le temps où je rêvais de montagnes en lisant Frison-Roche.

J’éprouve un bonheur total. J’ai gravi seul cette montagne ! Je ressens de la fierté. Certes, ce n’est pas la face sud du Lhotse ! Mais à chacun son Himalaya !

La journée est d’une luminosité parfaite. Du Mont Blanc au Mont Viso, en passant par le Cervin, le Grand Paradis, le Mont Rose, les Ecrins. Au loin, très loin, au-delà du Mont Rose, ce sont les neiges de la Bernina. Plus près, la Grande Casse, la Pointe de Charbonnel, la Pointe de Ronce, Rochemelon et bien d’autres encore.

Et puis c’est la descente, parce qu’il faut bien redescendre, d’un cœur léger. J’arrive au parking à 14h15.

Un rêve vient de se réaliser. Il faut d’urgence en trouver un autre !

La Pointe de Ronce par exemple ou Rochemelon auquel je pense depuis des années.

Oui ! Ce sont deux beaux rêves ! Il ne reste plus qu’à les réaliser.

Ce qui se fera !

Dernière modification : 29 juillet 2018
Chapelle d’Avérole et Cabane des Bergers

La carte du topo « Ouille d’Arbéron (3563m) arête ouest, voie normale »

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Photos « Ouille d’Arbéron (3563m) arête ouest, voie normale »

Le hameau d’Avérole. Le refuge d’Avérole, l’Ouille d’Arbéron et le Glacier d’Arnès. De l’Ouille Allegra, vue sur l’Arbéron et le ruisseau de l’Oney qu’il faut remonter. Le lac d’Arbéron dominé par le sommet. Sur l’arête après le rognon rocheux. Sur l’arête avant le dernier ressaut. La voisine : la Croix Rousse dans son isolement. Indéniable impression d’altitude. Le Glacier du Baounet dans sa solitude. Au fond le Viso, et Rochemelon. Le Lago Della Rossa 850m plus bas. Remarquer les pierres en équilibre dans la paroi. Mt Pourri, Aiguille des Glaciers, Aiguille de de Tré la Tête, Mt Blanc, Albaron, Bessanèse... Gde Ciamarella, Gd Paradis, Cervin, Mt Rose... La Croix Rousse, lointaine et isolée, magnifique avec son petit glacier suspendu. La Pointe de Charbonnel. Remontée au Col d’Arbéron. Glacier du Baounet qui a bien régressé. Lac d’Arbéron et Bessanèse. L’Ouille d’Arbéron, avec à droite, l’arête suivie pour l’ascension. Dernier regard vers l’Ouille d’Arbéron. Chapelle Saint-Pierre à Avérole. Tracé Google Earth. L’Ouille d’Arbéron vue de la Pointe de Tierce. Epilobes blanches... ...dans la vallée d’Avérole.