Pointe Blanche (2438m), par l’arête des Aiguilles Vertes

Difficulté :
Difficile
Dénivelé :
930m
Durée :
demi-journée
La carte

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

Un itinéraire improbable, mais logique pour monter à la Pointe Blanche : suivre la magnifique crête des Aiguilles Vertes dans sa totalité, sans passer, comme on le fait habituellement, par le col du Rasoir... C'est la 4e voie d'ascension de la Pointe Blanche (après le col du Rasoir, la crête sud-est, le passage Pellier), esthétique et engagée, la moins connue si ce n'est par les moutons qui ont bénévolement "aménagé" une partie du parcours. Un itinéraire pas excessivement difficile au vu du relief improbable à traverser, mais tout de même à réserver à ceux qui ont une bonne expérience des terrains à chamois...

Accès

Bonneville - St-Pierre-en-Faucigny - le Petit Bornand - chalet de Cenise (la route comporte deux sections non goudronnées précédées chacune d’un parking. Si la première section passe sans problème, seuls les conducteurs les plus courageux passeront la deuxième jusqu’au chalet, place limitée).

Départ alternatif : Cluses ou Bonneville - Mont Saxonnex - Morsulaz - Les Frachets (Parking au terminus de la route).

Itinéraire

  • Altitude départ : 1455m (premier parking), 1547m (deuxième parking), 1600m (chalet de Cenise et les Frachets).
  • Altitude sommet : 2438m.
  • Durée : 6h.
  • Carte : IGN TOP25 3430ET La Clusaz - Le Grand Bornand.

Période

Praticable en conditions estivales dès que l’itinéraire est totalement libre de neige, en général à partir de mi-juin. Terrain sec indispensable.

Les dernières aiguilles herbeuses étant le terrain de prédilection du troupeau de moutons du plateau de Sosay (souvent lieu de retraite le soir venu), on renoncera à cet itinéraire si ceux-ci y sont trop nombreux.

Difficulté

Bien que techniquement peu difficile, cet itinéraire s’adresse à des randonneurs bien expérimentés dans les parcours sur terrain à chamois souvent exposés. Le pied sûr dans de bonnes chaussures sont nécessaires, et éventuellement un piolet pour sécuriser quelques passages dans des dévers herbeux.

Une bonne partie de l’ascension se déroule sur des sentes à moutons plus ou moins marquées traversant des dévers herbeux et terreux parfois raides où le faux-pas est souvent interdit. Une courte traversée dans un dévers très raide est particulièrement impressionnante. La partie supérieure alterne traversées faciles mais exposées avec quelques passages de grimpe courts, jamais difficiles (I, quelques pas de II) et bien pourvus en prises, hélas parfois peu fiables en raison de la nature terreuse du terrain. L’escalade du mur supérieur ne pose aucun problème. L’itinéraire est assez évident, souvent matérialisé par des sentes à moutons. Un vieux balisage rouge confirme certains passages dans les rochers.

Ne pas sous-estimer la difficulté de la descente par l’itinéraire habituel sur le col du Rasoir : un peu paumatoire, quelques dévers gravillonneux glissants où les pierres partent facilement (attention en cas d’affluence), des petits passages de désescalade dont une courte traversée assez difficile avec quelques pas déversants, heureusement bien pourvue en prises.

Ascension

Monter en direction du plateau de Cenise et rejoindre par de larges prairies la crête de Chevry, qui vient buter sur le premier bastion de l’arête des Aiguilles Vertes.

Au pied de ce contrefort se trouve le départ d’une trace permettant de la remonter. Après un initial crochet à gauche, la sente se dirige en montant vers la droite par un astucieux parcours sur des vires faciles mais parfois exposées au-dessus du vide. Basculant versant Sosay, il n’y a plus qu’à remonter la raide croupe herbeuse pour atteindre la première pointe de l’arête des Aiguilles Vertes.

Poursuivre l’ascension de la crête par une sente assez bien marquée. Après un premier petit passage terreux raide (préférer la sente du bas), on poursuit facilement par la sente parfois sur le fil, mais souvent plutôt un peu en contrebas pour éviter les dents-de-scie de la crête.

Après le passage à proximité d’un dernier collet, la sente quitte définitivement la crête pour aller rejoindre la combe sous le col du Rasoir. Il faut alors la quitter pour poursuivre l’ascension des pentes herbeuses par des sentes à moutons plus ou moins marquées facilitant la progression. Ne pas chercher à suivre le fil, mais tirer à droite pour rejoindre la crête après le sommet.

Une série de petites bosses herbeuses se franchit facilement, dont une par une petite crête rocheuse sans aucune difficulté. C’est ici le domaine des moutons du plateau de Sosay qui viennent souvent en haut des Aiguilles Vertes pour y passer la nuit, et le lieu est tracé par de nombreuses sentes. Ces sentes rendent le lieu débonnaire, bien qu’exposé au-dessus de raides dévers.

Derrière la dernière bosse herbeuse se profile la première grande difficulté : il va falloir rejoindre le collet suivant en traversant un très raide dévers herbeux par des sentes assez bien tracées, mais très exposées. Choisir la sente visuellement la meilleure (plutôt parmi celles du bas), puis la parcourir en faisant attention à chaque pas... Un terrain sec est indispensable pour ce passage.

Au collet se trouve une échappatoire permettant de rejoindre le pierrier de la combe sous le col du Rasoir par un couloir de caillasses, raide et scabreux sur le haut.

Quittant les aiguilles herbeuses, on aborde les aiguilles rocheuses et l’ambiance se fait plus sévère. Tout d’abord, une première pointe s’aborde par une petite rampe, suivie derrière par une traversée sur une sente à moutons facile. Une deuxième pointe se remonte par une autre large rampe que l’on grimpe soit dans la roche, soit par une petite sente à moutons un peu plus à droite. En haut de celle-ci, basculer derrière après l’escalade d’une courte cheminée un peu terreuse (vérifier les prises, les blocs se descellent facilement).

La fin de l’ascension se dévoile. Poursuivre plus ou moins sur le fil et grimper sur une petite pointe dont on redescend par une petite rampe à droite au fond d’une brèche. Sortir de la brèche par une courte et raide cheminée (prises nombreuses mais pas forcément fiables) pour finalement se retrouver à la base de la dernière muraille.

Grimper le mur au plus facile, d’abord tout droit puis en traversant à droite, en s’aidant d’un ancien balisage rouge. Le rocher est maintenant bon et il n’y a aucune grosse difficulté. La pente s’adoucit et il n’y a plus qu’à monter facilement vers l’antécime, en faisant tout de même attention aux graviers.

On rejoint la sente en provenance du col du Rasoir, que l’on suit jusqu’au sommet. Vue du premier ordre sur les Aravis, avec pour toile de fond le Mont Blanc.

Descente

Le retour par le même itinéraire est déconseillé, à moins de parfaitement maîtriser le parcours et d’être parfaitement habitué à désescalader des terrains à chamois. On préfèrera donc redescendre par le col du Rasoir.

Revenu à l’antécime, descendre le raide pan de caillasses plongeant vers la combe du Rasoir. Un premier ressaut se franchit en restant à gauche, puis on tire à droite vers un terrain un peu plus herbeux. La descente se poursuit, raide, par une trace faiblement marquée sur un terrain pas toujours très stable. On fera particulièrement attention à ne pas faire partir de cailloux, car ceux-ci iront s’écraser beaucoup plus bas sur le sentier montant au col du Rasoir.

On descend sur un ressaut qu’il faut désescalader par une courte traversée avec quelques pas déversants, heureusement pourvus de bonnes prises. C’est peut-être aussi ici une des difficultés techniques majeures de l’itinéraire. Puis une traversée entrecoupée de petits ressauts permet de rejoindre le col du Rasoir.

Pour ceux qui ont le temps et la force, un petit aller-retour au sommet du Jallouvre peut avoir de l’intérêt (1h aller-retour). Pour cela, parcourir la crête du col du Rasoir sur le fil (impressionnant mais facile) pour rejoindre le sentier de la Cravate traversant sous le sommet (attention aux chutes de pierres). Un sentier entrecoupé de petits ressauts rocheux faciles permet ensuite d’y monter.

Du col du Rasoir, plonger en direction du plateau de Sosay d’abord par des pierriers, puis par un sentier dans de raides croupes herbeuses. Le plateau atteint, un bon sentier descend puis franchit un verrou rocheux pour finalement rejoindre le débonnaire plateau de Cenise en contrebas de la crête de Chevry.

Détail de la sortie du 19 juillet 2016

Monter à la Pointe Blanche par là ??? Un commentaire posté sur une de mes randos avait mentionné la possibilité de parcourir l’arête des Aiguilles Vertes sur toute sa longueur jusqu’au sommet, la Pointe Blanche...

Mais, voilà, malgré toutes mes recherches dans la littérature, impossible de trouver la moindre mention de cet itinéraire, même pas dans le "Randonnées en Faucigny" de M. Hugonnot, pourtant plutôt exhaustif sur ce genre d’itinéraires... D’ailleurs, dans mes randonnées dans le coin, la vue des abominables dévers herbeux-terreux-rocheux bien raides constituant les dernières aiguilles de la crête me laissait dubitatif sur l’existence d’un parcours raisonnablement praticable... Mais cette question me titillait toujours dans la tête...

Un après-midi de libre, grand beau "béton", terrain sec avec ces dernières journées de chaleur... Si je dois aller voir là-haut de près ce qu’il en est réellement, c’est la journée !

Départ vers 16h du chalet de Cenise. Après un parcours "touristique" du plateau de Cenise toujours aussi merveilleux dans la lumière de l’après-midi, j’aborde la sente maintes fois parcourue des Aiguilles Vertes jusqu’au collet marquant le point où le sentier quitte définitivement la crête pour aller rejoindre la combe sous le col du Rasoir. On range le bâton et on sort le piolet, on ne sait jamais... Et c’est parti pour l’aventure...

Montée de l’aiguille suivante... Les pentes herbeuses, raides vues d’en bas, se révèlent finalement faciles grâce à la multitude de sentes à moutons zigzagant dans les pentes, mais il faut tout de même faire attention, la pente est quand même raide et la glissade serait malvenue...

Au sommet de la dernière aiguille herbeuse, la vue sur la suite, des aiguilles rocheuses raides semblant assez "pourries" laisse dubitatif... Et pour les atteindre, il n’y a d’autres choix que ces sentes à moutons traversant un dévers abominablement raide... Assez bien tracées, certes, mais quand même... On prend son temps de choisir la meilleure (la moins pire), puis on se lance avec d’infinies précautions...

Ouf, passé, bon voyons la suite... Des rampes rocheuses contournant le sommet des aiguilles, visiblement elles aussi parcourues par des moutons alpinistes... La première se fait sans difficultés, la deuxième est à peine un peu plus difficile, mais le problème est surtout de respecter un point essentiel dans ce genre d’exploration : tout ce qui est grimpé doit pouvoir être redescendu... Et même en respectant ce point, la perspective de me retrouver bloqué par un passage trop scabreux et de devoir tout refaire dans l’autre sens ne me réjouissait guère...

Une petite frayeur dans l’escalade de la petite cheminée facile terminant la deuxième rampe : en testant les prises ce que je fais toujours dans ce genre de terrain pourri, un gros bloc de plusieurs kilos s’est descellé sous ma main. J’ai juste eu le réflexe de le pousser sur le côté dans sa chute pour éviter qu’il aille s’écraser sur mes pieds, eux aussi sur des prises précaires... Ouf...

Le mur final se rapproche, synonyme de délivrance, ou alors peut-être de passage infranchissable... Un peu d’attention sur cette crête chaotique dominant par d’abominables précipices la sauvage combe de Sotty... Au-dessus de moi, un immense gyapète barbu tournoie majestueusement, j’ose espérer qu’il ne s’attende pas à ce que j’aille m’écraser en bas sur le pierrier pour lui servir de casse-croûte... Une dernière petite pointe, une dernière petite brèche dont on ressort par une autre cheminée pourrie, et me voilà pied au mur...

Finalement, ça se grimpe facilement, et le rocher blanc et sain est bien agréable comparé à la roche terreuse et pourrie plus bas... On suit les vieilles marques rouges... On traverse à droite, puis la pente diminue, synonyme de délivrance... Voilà l’antécime, puis le sommet en terrain connu... Je surprends un lagopède et ses poussins qui détalent dans les rochers avec des gloussements indignés. Désolé, je ne voulais pas vous embêter... Mais enfin, le sommet est là, et la vue est magnifique.

20h30, c’est l’heure de descendre... Pour une fois, je ne regrette pas trop l’absence des bouquetins dans ce dévers propice aux chutes de pierres. Puis ce pas de désescalade déversant qui sera, à mon impression, l’obstacle techniquement le plus difficile du parcours... Mais le col du Rasoir est là, baignant dans la lumière orange du couchant...

Pas le temps de monter au Jallouvre avant le coucher de soleil comme initialement prévu, mais on fera quand même un aller-retour sur la crête aiguisée du Rasoir pour profiter au maximum des Aravis et du Mont Blanc changeant de couleur à la lumière du crépuscule... Quelques bouquetins (tiens, il en reste ?) jouent à envoyer des cailloux dans les pentes...

21h30, voilà le spectacle est fini, il n’y a plus qu’à plonger dans les pierriers de la combe pour retrouver la verdure du plateau de Sosay puis de Cenise plongeant dans le calme de la nuit... Fin de la balade vers 22h30.

Dernière modification : 16 mai 2018

La carte du topo « Pointe Blanche (2438m), par l’arête des Aiguilles Vertes »

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