Pointe des Arses (3187m), en traversée S-N du col des Arses (3074m)

Difficulté :
Alpinisme PD
Dénivelé :
800m
Durée :
1 jour

Magnifique aiguille aux formes tourmentées qui domine élégamment Bonneval-sur-Arc par 1400m d’à-pic et de pentes fuyantes. La traversée S-N du col des Arses puis l’arête SE de la pointe est un parcours très alpin où avoir le sens montagnard et le "pied caprin" prend tout son sens. C’est la montagne à l’état brut, sauvage, originelle, repaire de chamois curieux dans un univers rocheux complexe et sévère. – Auteur :

Accès

Route du col de l’Iseran versant Maurienne (RD902).

Atteindre Bonneval-sur-Arc, puis remonter la route du col de l’Iseran jusqu’au pont de l’Oulietta 2476m (petit parking), départ de la course.

Itinéraire

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Traversée S-N du col des Arses et arête SE de la pointe homonyme.

Il s’agit là d’une traversée secrète pas ou peu parcourue (sauf à ski l’hiver et au printemps, et encore...).
On cherchera dans le raide et sévère versant Sud du col des Arses, le meilleur passage en fonction des conditions de neige.

Barre rocheuse, névés, couloir de neige, arête détritique et petits glaciers plus ou moins moribonds sont au menu des cette traversée.

La descente versant col de l’Iseran, raide sous le col se termine dans les pentes douces et vallonnées de l’ancien glacier de l’Ouille Noire.

  • Cartographie : IGN TOP25 3633OT Tignes - Val d’Isère - Haute Maurienne.
  • Difficulté : PD, pas en 3 max, pente de neige 40°.
  • Horaire : 5h pour la traversée.
  • Bibliographie : "Randonnées et Ascensions en Haute Maurienne, LA VANOISE", guide randonnée Edisud 9/Roger Féasson, pages 154 et 159.

TOPO :

Du pont de l’Oulietta, prendre le sentier balcon qui mène au refuge du Carro (bon et large sentier où le panorama sur toute la Haute Maurienne, ses glaciers et grands sommets est fantastique).

Suivre le sentier jusqu’au lac du plan des Eaux (2695m) 1h à 1h30.

Quitter le sentier et partir à gauche pour remonter le grand et raide flanc sud du col des Arses.

Si l’enneigement est bon, remonter directement le grand versant S jusqu’au bassin de l’ancien glacier des Arses 2950m, 1h30.

Si l’enneigement ne le permet pas, l’accès au col devient plus complexe :

Monter sur le plateau coté 2810m au mieux : soit par le couloir du ruisseau qui alimente le lac du plan des Eaux (caillasses), soit plus court mais plus raide, les pentes herbeuses puis une petite brèche bien visible qui mène à la cote 2810m (petite barre rocheuse facile mais délitée), 0h30.

On voit un petit lac au pied d’un complexe contrefort rocheux. Passer le lac et remonter dans une barre facile (50/80m) exactement à l’aplomb du point coté 3176m entre l’Ouille Noire et le col des Arses, 0h30-2850m.

On arrive dans une grande pente raide rocailleuse que l’on remonte au mieux (pierrier, petits ressauts rocheux, langue de neige) pour arriver à la droite (Est) du point coté 3051m, sur un plateau neigeux/glaciaire), 0h45 à 1h.

Traverser Ouest (à gauche) ce plateau et atteindre le point 3051m.

On descend alors une petite centaine de mètres dans le bassin de l’ancien glacier des Arses, sous le col et les grandes tours détritiques de la pointe des Arses (0h30).

Remonter directement droit au col des Arses par un couloir de neige (100m/40-45°) soit par un système de vires en schiste rive gauche du couloir (passage en 3 exposé et aérien), 0h30-0h45.

Depuis le col des Arses, remonter l’arête Est de la pointe des Arses (sente peu marquée qui contourne les gendarmes versant N), passer entre deux tours caractéristiques (magnifique brèche) et désescalader quelques mètres, court passage en 3).

Traverser à flanc un couloir vertigineux par un système de vires ascendantes et faciles mais en mauvais rocher (court passage en 3) puis atteindre une croupe qui mène rapidement au sommet (0h30 à 0h45 depuis le col).

Traversée du col des Arses :

Rejoindre le col des Arses par l’arête de montée (attention à la mauvaise qualité du rocher dans les pas d’escalade).

Descendre droit sous le col dans des pentes de neige raides (35°/100m), soit plus à droite du col en traversée descendante dans un mixte neige/pierrier moins raide jusqu’à l’ancien glacier de l’Ouille Noire, (les petits lacs 2946m, 1h depuis le sommet de la pointe des Arses).

Descendre plein Ouest une raide moraine chaotique qui ramène au pont de l’Oulietta (1h), soit viser le col de l’Iseran par le Pays Désert et la vallon du ruisseau de la Reculaz (retour au pont de l’Oulietta par le sentier du pont de la Neige, puis 1.5km par la route du col).

Pointe des Arses, Dimanche 27 Juillet 2014.

J’ai donné une vie au diable de Bessans.

Et pourtant tout avait bien commencé !

Quoique, en y repensant, ce matin là... Un doute, comme une motivation "molle"...

Je n’y prêtais plus attention, tant j’étais enivré de la magnificence de ce petit matin limpide, pur, cristallin où s’offrait à nous dans sa plus pure beauté la Haute Maurienne, ses pics et ses glaciers.

L’or doux coulait avec le lever de l’astre du jour, une bienfaisante douceur nous faisait sortir de notre torpeur, naissance d’un jour nouveau.

J’en étais à ces considérations contemplatives quand nous arrivâmes au milieu d’un sympathique troupeau de moutons. J’attendis que Jérôme me rejoignis, et nous nous préparâmes à la rencontre du Patou !

En rang serré le bâton à la main, on ne sait jamais, mais rien finalement !

S’offrit enfin à notre vue le grand, vaste et complexe versant sud-est des Arses que nous allions remonter.

L’absence de neige nous obligea à un parcours complexe entre lacs, névés et barres rocheuses aériennes.

Mais tout allait bien ! Même les brumes muées en cumulus léchant langoureusement et bien trop longtemps à notre goût, les pentes que nous remontions n’entamèrent pas notre détermination.

Même mieux, cela donna un peu de mystère, un peu de rudesse à notre montée dans ces lieux sauvages.

À peine furtivement la tête d’un chamois nous observant, sinon pas âme qui vive... Si ce n’est ce drôle de Diable de Bessans, trafiquant d’âmes pour le moins !

L’arrivée sous le col au milieu des tours détritiques, ocres et noires, fantasques, entre les nuées qui remontent les pentes, fut un enchantement.

Oui vraiment, tout allait bien, que du beau, que du bonheur dans ce coin de paradis perdu.

L’arrivée au col fut un peu scabreuse dans le mauvais rocher, mais bon... C’est bien ce que nous étions venus chercher.

La pointe n’est plus loin, l’enthousiasme n’est plus partagé, Jérôme lâche l’affaire, "trop péteux" comme il dit !.

Bon, ce n’est l’affaire que d’une heure aller-retour, le temps tient, la forme est là, l’envie aussi.

De gendarmes en petits couloirs, me voilà rendu au sommet d’où je me régale de la vue plongeante sur Bessans en contrebas, avec ses comptes et légendes et son Diable que je trouve rigolo.

Mais pourquoi ai-je ce Diable dans la tête depuis ce matin ? Je le saurai bientôt...

Toujours dans mon bonheur, je retourne au col, où je vois Jérôme qui paresse en m’attendant.

Pas de désescalade faciles, puis un pas, juste à enjamber une vire. Juste à traverser ce couloir.

Bigre, il ne faut pas tomber.

Il est là, en face de moi sur ce gros bloc jaunâtre gros comme, gros comme... gros quoi !

Et puis un doute, il est facile ce pas, tu enjambes et hop c’est fini. J’hésite, je ne le sens pas. Il insiste, "vas-y, c’est tout simple, tu l’as fait des centaines de fois..."

Je me lance sans conviction, et quand je me rattrape sur le bloc, je pars en arrière dans le couloir...

Bruit et vacarme autour de moi, poussière, je tombe sur le dos, choc violent, réflexe de se mettre en boule, bloquer la tête...

Quand je comprends ce qu’il vient d’arriver, tout de suite je bouge pour savoir ce qui va ou ne va pas, énorme choc au dos, pied coincé sous un bloc, je crie de douleur.

Comment je ne sais pas, je m’extirpe de ce chaos, me relève, récupère ma casquette et trouve Jérôme au col, à moitié conscient mais très concentré à chaque pas... Et je m’écroule !

Longtemps dans ma tête j’entends le gros bloc qui dévale le couloir, qui résonne comme le rire de ce diable de rocher...

Sonné, meurtri, j’atteindrai péniblement le col de l’Iseran, puis le monde des hommes, l’hôpital et les examens...

Aujourd’hui j’ai donné une vie au diable, ce fut le prix pour traverser.

Mais le diable comme chacun sait n’est pas honnête, il n’a pas tenu son engagement.

La morale veut que toujours on s’en sorte, que le Bien triomphe. Ma victoire, c’est d’être encore là, de ne pas avoir suivi ce diable de rocher ricochant des centaines de mètres contre les rives du couloir.

Dernière modification : 17 octobre 2018
Pointe des Arses (3187m)

A propos

Auteur de ce topo :

Piqué à la montagne depuis l'age de 6 ans après avoir atteint peniblement le mont joli et je suis tombé amoureux du mont blanc. Ce jour la je me suis dit qu'un jour j'irais là haut. Il y a bien longtemps que j'y suis allé au sommet du Mont blanc, et la passion de l'alpi, la rando et ski de rando ne m'a toujours pas laché ! Et que ça dure longtemps encore (...)

Topo publié le 1er août 2014

(Avertissements et Droits d'auteur)

Commentaires

  • par Le 15 août 2014 à 13h08

    Outch quel récit. J’espère que tu t’en es remis, pas évident.

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