Rochemelon ou Rocciamelone (3538m) par le Mont Cenis et le Col de Novalèse

Difficulté :
Difficile
Dénivelé :
1850m
Durée :
1 jour
La carte

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

Une randonnée de OUF ! Cette ascension, depuis la France, du sommet italien du Rochemelon, emprunte un itinéraire très long, mais un peu moins que par la Vallée du Ribon, franchit plusieurs fois la frontière et offre la possibilité d'une nuit en refuge. Début d'ascension austère, dans l'ombre, et final magnifique en pleine lumière. Un dimanche, l'ambiance au sommet de cette montagne mythique, est unique et totalement décalée.

Accès

Vallée de la Maurienne, Modane, Termignon, Lanslebourg. A Lanslebourg, prendre la route du Col du Mont Cenis. Dépasser le col et le lac. La route redescend sur l’Italie, elle effectue 2 lacets, puis une courbe à droite. Vers le milieu de la courbe, une piste part à gauche vers le parking des Carrières du Paradis.

Itinéraire

Rochemelon ou Rocciamelone en italien

  • Source Wikipédia

Le Rochemelon est un sommet des Alpes italiennes (3538 mètres) situé dans la province de Turin en Piémont, non loin de la frontière française, dans le massif des Alpes Grées.

Bonifacius Rotarius (d’Asti) en fait la première ascension le 1er septembre 1358, pour y déposer une représentation de la Vierge en signe de gratitude pour avoir survécu à sa captivité en Terre Sainte durant les Croisades. Cet exploit constitue le record le plus ancien enregistré pour une ascension montagneuse. Certains avancent même qu’il marque la naissance de l’alpinisme.

Le sommet du Rochemelon domine directement la ville de Suse de plus de 3000 mètres de dénivelée. Son accès aisé depuis la vallée, et notamment sa proximité de Turin (une cinquantaine de kilomètres), ainsi que le panorama qu’offre le sommet avec son altitude remarquable en font un des plus fréquentés des Alpes Occidentales.

Le pèlerinage du Rochemelon est une tradition chaque année, le 5 août. Une statue de 3 mètres de la Vierge Marie a été élevée au sommet en 1889.

La frontière passe pratiquement à un kilomètre au nord-ouest du sommet, ce dernier étant situé en dehors de la ligne de partage des eaux est donc entièrement en territoire italien. Celle-ci passe en effet au sommet de la Pointe de Novalèse (3358 mètres), depuis laquelle s’étend, du côté français, le glacier de Rochemelon (celui-ci, en forte régression, descend approximativement jusqu’à l’altitude de 2950 mètres).

Matériel

  • Bâtons de marche indispensables
  • Piolet et crampons même s’ils ne servent pas !
  • Le casque peut être utile

Carnet de route

  • Carte : IGN TOP25 3634OT
  • Tracé IGN
  • Départ : 1950m
  • Alpe Tour : 2126m
  • Refuge Stellina : 2610m
  • Col de Novalèse : 3229m
  • Distance : 26 Km environ
  • Heure de départ : 5h40
  • Alpe Tour : 7h10
  • Refuge Stellina  : 8h40
  • Col de Novalèse : 10h30
  • Sommet : 12h30
  • Retour : 19h40

Difficulté

  • Itinéraire pour montagnards, à la limite de l’alpinisme en raison de l’altitude. Longueur, pentes d’éboulis raides, un long passage câblé mais évitable, blocs instables
  • Passages neigeux en début de saison et quelquefois jusqu’en automne
  • Choisir une journée sans risques d’orages. Après le passage d’une perturbation, si le vent tourne au Nord, on peut aussi éviter la désagréable Nebbia
  • Dénivelée : 1850m en tenant compte des différentes remontées au retour
  • Possibilité de parcourir les 12 km aller-retour jusqu’à l’Alpe Tour à VTT

Balisage

  • Du parking au refuge, balisage blanc/rouge et pictogrammes grossiers représentant une cabane et peints en blanc
  • Du refuge au Col de Novalèse, balisage blanc/rouge

Refuge Stellina (2610m)

Du parking des Carrières du Paradis, prendre au sud-ouest, la piste de 6 Km jusqu’aux chalets de l’Alpe Tour.

Un peu avant les chalets, on rencontre une bifurcation de 2 itinéraires menant au refuge. Prendre celui de gauche car on ne passe pas par le refuge.

  • Avant la bifurcation, de gros blocs rocheux permettent de laisser les VTT à l’abri des tentations

Juste avant les chalets, repérer à gauche un gros rocher avec les marques de balisage et l’inscription RIF STELLINA. L’itinéraire traverse des pâturages et le sentier n’est pas bien visible, mais les marques à la peinture sont abondantes.

Un peu au-dessus du plateau, on trouve un sentier bien marqué. Après un passage en crête, on atteint de nouveau un plateau herbeux où la sente disparaît.

On la retrouve ensuite pour atteindre une selle un peu au Nord du refuge.

  • Variante : à la bifurcation avant l’Alpe Tour, on peut prendre à droite l’itinéraire qui passe par l’Alpe Carolei. La piste perd 126m de dénivellation, pour descendre à 2000m au franchissement d’un ravin. Elle semble un peu plus longue, mais le sentier qui remonte au refuge est beaucoup mieux tracé. Au choix donc.
  • Possibilité de passer la nuit au refuge Stellina, atteint en 3h00. Refuge bien équipé, eau courante, surveillé mais non gardé.

De la selle précitée, prendre la crête qui se dirige au Nord-Est. On quitte la crête pour prendre pied dans le vaste cirque d’éboulis du versant Sud-Ouest du Rochemelon.

On va d’abord effectuer une traversée ascendante, puis une ascension plus directe qui se termine par un raide couloir câblé qui aboutit au Col de Novalèse. Cependant à la descente, je m’apercevrai qu’une trace en lacet (à droite en montant), permet d’arriver presque en haut du couloir. Le câble est certainement là pour les skieurs au printemps car l’hiver le secteur est très avalancheux.

Sommet

Du col, une trace part au Sud-Ouest dans les éboulis et les blocs. La trace se perd sous la Pointe de Novalèse et on traverse une zone de névés et de blocs instables. Je pense que l’absence de trace est due à l’absence des névés habituels, en raison d’un hiver peu neigeux.

Lorsque l’on a dépassé la Pointe de Novalèse, à hauteur de l’amont du Glacier de Rochemelon, il faut monter sur la droite, dans un couloir, au Sud d’un éperon rocheux caractéristique pour gagner un petit plateau qui précède l’arête Nord-Ouest du Rochemelon.

Le sentier suit une crête, parfois sur le flanc Est, parfois sur le flanc Ouest, jusqu’au pied de l’arête finale.

Celle-ci se redresse pour effectuer les 200 derniers mètres d’ascension.

Au sommet, on trouve une Madone monumentale, une table d’orientation, un buste de Victor-Emmanuel II, une chapelle, un petit refuge...

  • Du sommet, il apparaît que du Col de Novalèse, on peut gagner le débonnaire glacier de Rochemelon et le remonter jusqu’à son point haut, puis partir plein Ouest, pour gagner le couloir qui mène au petit plateau. On évite ainsi la zone de blocs instables

Retour

Par le même itinéraire.

L’ascension

Faire un pas, et puis celui-ci accompli, faire un autre pas, et encore un...

28 août 2011, il est 12h00 et je suis sur l’arête (Nord-Ouest) terminale du Rochemelon.

Je ne sais pas si je suis seulement au début, ou bien à la moitié, ou presque à la fin.

Mon esprit est vide. Ou plutôt, il est occupé par une seule idée, une seule obsession : faire un pas, et puis celui-ci accompli, faire un autre pas, et encore un....

Je suis parti des Carrières du Paradis à 5h40, à la frontale, dans l’obscurité de la nuit. C’est un peu tard, mais il fait -4°C et le vent du Nord renforce encore l’impression de froid.

A 7h10, j’en ai fini avec les presque 6 km de la piste qui mène à l’Alpe Tour. Ne connaissant pas les conditions au sommet, par sécurité, j’ai emmené piolet et crampons et aussi des vêtement chauds. Mon sac est donc lourd.

A 8h40, je suis au niveau du refuge Stellina à 2610m et je commence la montée de 620m dans des éboulis terreux, jusqu’au Col de Novalèse.

Et là c’est vraiment un peu galère. Il avait neigé dans la nuit du vendredi au samedi. Exposée au Sud-Ouest, cette neige avait rapidement fondu au Soleil du samedi après-midi, imprégnant le terrain qui allait geler dans la nuit.

Je monte donc péniblement, les appuis étant parfois difficiles à trouver. Le dernier couloir est très raide. Dans ce dernier couloir, les éboulis ne sont pas gelés et ont tendance à descendre. Le câble est bien utile, mais vraiment "tire-bras". Enfin à 10h30, je débouche au Col de Novalèse en pleine lumière. Après la nuit et l’ombre, c’est un autre univers.

Le sommet à l’air proche, mais il reste 2 km. Une sente se dirige plein Sud pour passer sous la Pointe de Novalèse. Aujourd’hui, je me demande si je n’aurais pas dû passer par le glacier. En effet la sente se perd et laisse place à des blocs instables. Une pente sans doute récemment déglacée et pas encore stabilisée. D’ailleurs, il reste quelques névés à traverser et la neige tient les blocs. Je rencontre même un passage avec de la glace morte sous de fins éboulis. Cette traversée va me prendre beaucoup de temps. Je suis seul, une entorse serait ennuyeuse, une fracture pourrait être catastrophique.

Le Glacier de Rochemelon ! Le pauvre Glacier de Rochemelon devrai-je dire ! Tout en glace ! Plus de zone d’accumulation ! Il va encore s’amincir, et reculer.

Ces 2 km entre le Col de Novalèse et le sommet vont me prendre 2h00 !

Je suis donc à 12h00, quelque part sur l’arête. Affamé et déshydraté par ce Soleil implacable et aussi par l’air sec de l’altitude.

Faire un pas, et puis celui-ci accompli, faire un autre pas, et encore un...

Et puis, un léger vent vient me caresser. Un vent frais et sec. Un vent composé d’un air rare. Impossible de se tromper ! C’est le vent des cimes ! Je lève la tête et je vois la monumentale statue de la Vierge à 50m. Peut-être 100m, les impressions peuvent être trompeuses.

Désormais, je ne regarde plus mes pas, mais la pierre la plus proche et puis quand celle-ci est atteinte, je regarde la suivante, et puis celle d’après...

A 12h29, je pose mon sac et avance, en titubant un peu, vers le sommet. Ce jour est rare ! Pas de Nebbia. Turin est visible à 50 Km, comme Lyon du Pilat  : à quelques Km près, la distance est la même.

Le panorama est magnifique. Le Massif de l’Argentera, le Mont Viso dont on voit la Face Nord, le Massif des Ecrins, la Vanoise et la Haute Maurienne, les Grandes Rousses et les Aiguilles d’Arves, les Alpes valaisannes. Seule la Pointe de Charbonnel, masque un peu le Mont Blanc dont je ne vois que la calotte sommitale.

Le Charbonnel ! Le panorama du sommet doit être fantastique ! Je tente de plonger dans mes souvenirs.

C’était le 26 août 1981 ! Presque 30 ans jour pour jour ! Je me souviens d’un départ en pleine nuit, du lever de Soleil dans la pente de neige juste sous le sommet, de l’arrivée avec Noël, le compagnon de tant de courses, d’une journée lumineuse...

Le souvenir aussi de 2 belles "bambées" récentes, la Pointe de la Valette et l’Ouille d’Arbéron.

Le Rochemelon un dimanche, n’est pas vraiment propice pour une longue contemplation méditative. Nos amis transalpins, sont nombreux et bien entendu exubérants.

Le sommet est très encombré : un pylône, une Madone, une table d’orientation, un buste de Victor Emmanuel II, un refuge, une chapelle et beaucoup d’italiens montés par l’itinéraire de la Riposa.

Quelques "Summiters" arrivent du refuge Tazzetti, d’autres de la Vallée du Ribon, mais aussi par le Col de Novalèse.

La chapelle est ouverte, le Padre doit être là ! J’arrive donc trop tard pour la Messe. Je vois devant la chapelle un petit étalage de vente de souvenirs et cartes postales. C’est peut-être le Padre lui-même qui arrondit les fins de mois de sa paroisse. Unique je vous dis !

A 13h30, je commence la longue descente. Je vais me ménager quelques pauses. Le temps, magnifique, le permet.

14h40, je suis de retour au Col de Novalèse. A 16h15, au refuge Stellina. A 17h45 à l’Alpe Tour. Et à 19h40, je suis au parking après presque 2h de marche sur la piste. Quatorze heures après mon départ.

Le Soleil va disparaître derrière le Massif d’Ambin. Le lac du Mont Cenis est dans l’ombre. La pyramide du Rochemelon, que l’on peut encore apercevoir juste avant le parking, est toujours illuminée et se dresse fièrement au-dessus du paysage.

Projet de longue date, toujours repoussé, et enfin réalisé.

Dernière modification : 16 mai 2018

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