Haute Cime des Dents du Midi (3257m), par Salanfe Sortie du 15 octobre 2017

Pour la carte et l’itinéraire détaillé, veuillez consulter le topo

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

Une magnifique bavante par une variante au topo, pour remplacer un but magistral par manque de préparation.

Conditions météo

Très beau, très (trop) chaud.

Récit de la sortie

Avec un ami qui débute en alpinisme je souhaitais faire un petit truc rapide et facile dans les Dents du Midi. Après avoir potassé quelques topos je me décide pour faire la traversée de la Dent Jaune.

On opte pour un départ samedi matin, vers 7h30, pour arriver à Van d’en Haut vers 14h. On comptait bivouaquer à proximité du refuge de Plan-Névé en y arrivant vers 18h30/19h...

On arrive sur place en retard, après avoir pourtant roulé bien gaillardement... Le temps de préparer les sacs, répartir les charges, etc, on est d’attaque à 15h30. Toujours confiants.

On commence à enfiler les sacs... et on explose de rire. Ils faisaient environ 25kgs et on avait 1500m de dénivelée à faire avant la nuit. Après les râlements d’usage on se met en route, essayant de plaisanter à la moindre occasion pour oublier le sac, et surveillant l’heure...

Passé Salanfe, j’ai la certitude qu’on n’arrivera jamais à temps à Plan-Névé. Je remarque de loin dans les dernières zones herbeuses de possibles emplacements de bivouac ; finalement ce n’est pas plus mal, je préfère un matelas d’herbes que de cailloux.

On dormira vers 2300m, assez bien. Le lendemain on profite d’un lever de soleil parfait, sans un nuage et assez doux. Le temps de repréparer les sacs, cacher les affaires inutiles puis déjeuner, on repart vers 8h30.

Arrivés enfin devant le glacier, on observe notre sommet. Et là c’est une grosse déception : il pleuvait littéralement des pierres partout sur les parois. Toutes les 30 secondes on voyait des rochers partir. Principalement sur l’accès au col de la Dent Jaune d’ailleurs... J’aurais dû appeler le refuge pour me renseigner sur les conditions ; je savais la journée foutue, j’étais en rage contre moi (intérieurement pour garder la face quand même).

J’essaie de faire comprendre la situation à mon compagnon de cordée qui par manque d’expérience ne se démonte pas pour si peu : "regarde sur la droite il y en a moins, on peut essayer." "si ça se trouve il ne reste plus grand chose à tomber." Je le refroidi direct en annonçant qu’aujourd’hui, ce sommet c’est mort, je ne suis pas adepte de la roulette russe.

Et j’essaie de trouver un plan de secours : la Forteresse ?, la Cathédrale ? Je n’ai plus les topos en tête, de mémoire du IV ou V dans du rocher délité (en fait c’est plus III/IV), protégés par des coinceurs... un peu délicat pour des débutants. La Cime de l’Est c’est réputé assez "pluvieux" aussi, surtout dans le couloir d’accès à l’arête et je ne veux pas engager quelqu’un là-dedans qui ne comprenne puis n’accepte les risques.

Je vois bien la Haute-Cime, accessible par une traversée ascendante dans un pierrier et des gradins jusqu’au col des Paresseux. Mais sur le moment l’idée me barbe.

Le Luisin en traversée m’intéresse depuis quelque temps. Le problème c’est surtout la logistique : il faut redescendre de 2880m à 1920m, monter sur la montagne, retraverser le vallon de Salanfe et remonter à 2300m chercher les affaires laissées, pour redescendre avant 18h30 afin de respecter un rendez-vous de covoiturage... Certainement jouable, je l’aurais tenté seul, mais sur le moment à force d’hésitations, le moral un peu en berne... j’abandonne l’idée.

Ce sera la Haute-Cime, tant pis. On aura promené le matériel d’escalade pour rien. Et puis ça entraînera mon coéquipier au terrain scabreux.

La traversée du pierrier déversant commence bien, c’est étonnamment stable, puis on passe une ravine bien compacte où il est difficile de ne pas s’y vautrer, et ouf ! je suis rassuré, ça devient pourri comme je m’y attendais. Je prends plaisir à voir que je ne suis pas le seul à galérer.

Tout le long je lorgne sur les falaises et les gravats qui nous dominent, et ça paie car ça me permet d’éviter une volée de pierres sifflant à 5m de nous. En voyant les bolides passer, mon coéquipier à enfin accepté en son for intérieur de renoncer au mourroir qu’était la Dent Jaune ce jour là. Et le rythme s’accélère.

Bon an mal an on avale le pierrier pour aborder enfin les gradins faciles à l’aplomb du col des Paresseux. Enfin du stable, c’est plus raide mais la progression est plus assurée. Petite pause au col pour observer la suite, peu engageante (encore du croulant !). Mais la motivation est vite trouvée quand on emprunte le sentier confortable. Et puis on ne voulait pas être venus pour rien en faisant demi-tour maintenant.

Le sommet est facilement rejoint. Un regard sur le paysage éblouissant, un autre regard insistant sur la Dent Jaune... On s’étonne du contraste entre la face sud-est que l’on vient de traverser, sèche, et la face nord-ouest encore enneigée, ombragée et austère. On ne s’attarde pas, il y a du monde.

Pause rapide au col des Paresseux pour manger puis on décide de redescendre par le sentier classique et de bifurquer dans les gravats versant Salanfe en visant notre emplacement de bivouac. Re-dévers, re-glissades, re-suées. On avale du pierrier et des ravines bétonnées jusqu’à la lie des fois qu’il reste une cuisse, un genou, un mollet à achever.

Une fois atteint le point où le pire qui puisse nous arriver c’est de nous tordre une cheville, la pression retombe et on commence à rire pour rien (la fatigue, le dépit des sacs lourds inutiles, l’itinéraire choisi complètement débile, le plaisir d’avoir surmonté des difficultés...).

On arrive enfin à notre cache de matériel, rechargement/redistribution des sacs, bizarrement ça rentre moins bien malgré les 6L d’eau en moins... et ils restent toujours aussi lourds. Les genoux mais surtout les épaules commencent à piquer. La douleur restera encore quelques jours. Ça fera des souvenirs !

La descente continue... à la résignation. Chacun à son rythme, lent, en profitant autant qu’on le peut des mélèzes dorés flamboyants, du paysage magnifique (le Grand Revers de la Tour Sallière est d’un sauvage !) et des senteurs de résine des genévriers. À Salanfe on profite des derniers rayons de soleil sur les Dents du Midi, pour laisser reposer calmement les souvenirs en nous.

Dernière modification : 19 octobre 2017