Grand Ferrand (2758m) par les Charances de Ferrand Sortie du 8 octobre 2017

Pour la carte et l’itinéraire détaillé, veuillez consulter le topo

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

Les Charances sont ces raides pentes herbeuses ravinées de couloirs rocheux formés de marches naturelles typiques du Dévoluy, se situant sur les contreforts de la grande barrière surplombant le Trièves. Dans le jargon montagnard, ces marches sont même surnommées les escaliers dévoluards. Ils permettent des ascensions audacieuses par des versants abrupts par lesquels, de la plaine de Tréminis, elles paraissent impensables. Les Charances de Ferrand, ou les Grandes Charances, délivrent l'accès entre le Grand Ferrand, second sommet du massif, et la Tête de Vallon Pierra, son principal satellite, et rendent ainsi possibles leurs ascensions à partir du Trièves.

Conditions météo

Beau temps. Vent amenant quelques nuages s’accrochant sur les sommets au fil de l’après-midi.

Récit de la sortie

Milieu de matinée, je décide de faire une petite exploration du côté du petit sommet de Piégros. Alors que je sors du Trabuech, un des nombreux hameaux de Lus-la-Croix-Haute, j’aperçois les Charances de Ferrand encore à l’ombre. Tilt dans ma tête ! J’ai encore le temps pour profiter de faire la montée au soleil ! Demi-tour à la maison, je prends la carte pour trouver le point de départ, ne l’ayant plus exactement en mémoire, et je décolle pour Tréminis.

Il est 11h30 passé quand je me mets en marche, il est déjà tard. Je sais dorénavant que je terminerai cette grande boucle en toute fin de journée voire à la tombée de la nuit ! Ça promet une belle aventure ! J’emprunte la piste des barrages remontant jusqu’à la source du Cabanon puis celle du Loup. Avec ces nombreux lacets, l’approche s’effectue en douceur. Je pense d’ores et déjà aux rudes Charances qu’il va falloir remonter dré dans la pente. Autant garder des forces, j’ai déjà le dénivelé de la veille à l’Obiou dans les pattes !

De la source du Loup, j’emprunte le sentier en lacets des Tonneaux, début des grandes pentes herbeuses. Plus haut, le sentier disparaît comme je m’y attendais. La grimpée dré dans le paté commence ici ! C’est parti ! Avoir des bâtons dans ce genre terrain est toujours primordial ! Plus haut, la vue se dévoile sur les impressionnantes Petites Charances traversées par le sentier de la Baronne, le chemin le plus improbable que j’ai pu arpenter !

Plus loin, je m’étonne de voir deux personnes descendre dans ma direction. Ils arrivent à ma hauteur... Je les reconnais, c’est le couple qui nous, mes amis et moi-même, avait suivi dans le Pré du Chourum en direction de la Cheminée du Petit Obiou ! Pour l’anecdote, lorsque j’ai remarqué qu’il nous suivait, je leur ai demandé ce qu’ils envisageaient comme ascension. Ils m’avaient répondu qu’ils visaient les Chatières. Je les avais mis en garde qu’ils étaient sur l’itinéraire de la Cheminée du Petit Obiou, sauvage et engagé... Ils avaient l’air sûr d’eux, moins pour moi ! Et ils nous ont tout de même suivi de loin. Chacun est responsable de soi-même en montagne, qu’ils fassent ce qui leur plaisent ! Bref... Nous nous retrouvons dans ces raides pentes des Grandes Charances. Impressionnés par la raideur du ravin en amont de la partie herbeuse, ils ont fait demi-tour. Ils croyaient être sur la voie normale du Grand Ferrand ! La femme s’étonnait du terrain caillouteux difficile et atypique inhérent au Dévoluy ! Ils m’avouent également avoir rebroussé chemin à la Cheminée du Petit Obiou, et être tout de même montés au sommet en évitant les Chatières ! Ils sont partis les yeux fermés pour ces deux grands sommets dévoluards sans plus d’informations ! Pourtant, quand on s’attaque à genre de terrain pour la première fois, mieux vaut être un minimum briefé !

Je laisse le couple à sa descente, et continue, seul, mon ascension sauvage. Plus haut, je remonte par un premier couloir raviné par ces fameux escaliers dévoluards, puis regagne des pentes mi-herbeuses, mi-caillouteuses. J’effectue une traversée d’un raide dévers vers la crête que je croyais être celle reliant le Grand Ferrand à la Tête de Vallon Pierra. Une fois arrivé, surprise... c’est encore plus haut ! Le terrain ne m’offre qu’un infâme et raide pierrier croulant où je dois m’arracher pour le surmonter ! Le vent s’est levé et m’attaque de ses rafales ! Les nuages s’accrochent de temps à autre au sommet. Plus haut, quelques derniers gradins me ramène sur l’itinéraire cairné, la bonne crête est maintenant toute proche.

Et voilà ! Je suis en vue du Pic du Bure et du Rocher Rond. Je passe en versant sud du Grand Ferrand. Protégé du vent soufflant du nord, je peux encore entreprendre le final de la voie normale. Sa cheminée, ses gradins, je les connais bien, et c’est sans encombres que j’arrive pour ma sixième fois au sommet ! Je m’abrite de ce vent incessant dans les murs de pierres. Le panorama ne tarde pas à se faire happer par les nuages. Je prends tout de même ma pause au sommet, après 3h45 de montée sans halte, elle est bien méritée !

Le brouillard s’épaissit de plus belle, et j’effectue ma descente dans une purée de pois à ne pas voir à dix mètres ! Ambiance renversante dans cette raide face jalonnée de barres rocheuses ! Heureusement, je pourrais descendre les yeux fermés ! Je rejoins la gravière et la dévale en ramasse. Je ne distingue plus rien, juste à quelques mètres seulement ! Je ne perds pas la trace cairnée et sors de la brouillasse au Clos Rognon. Je rejoins le col de Charnier puis le lac du Lauzon. Une dernière remontée d’une cinquantaine de mètres pour arriver en haut de la combe, puis c’est la descente sur le col de la Croix. Pour la première fois, je ne bascule pas du côté Jarjatte mais du côté Trièves avec la piste forestière du col du Devès. À ce dernier, un sentier me ramène dans le lit du torrent du Sauvey. Je regagne le parking vers 19h30, la nuit commence à tomber. Fin d’un gros weekend sur les deux plus grands sommets dévoluards ! Vivement le prochain, et ça va promettre...!

Dernière modification : 22 octobre 2017