Tête de la Cavale (2697m) par le sentier de la Baronne et le Col du Portail, descente par l’Arête de Fluchaire Sortie du 14 octobre 2017

Pour la carte et l’itinéraire détaillé, veuillez consulter le topo

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

Franchir l'immense muraille dévoluarde par ses contreforts dominant le Trièves relève d'une belle prouesse tant elle parait insurmontable. Pourtant, c'est par un audacieux sentier s'insinuant parmi les escarpements rocheux que l'on peut parvenir au confidentiel col du Portail, une échancrure des plus insolites, permettant ainsi la traversée de la grande barrière. Par l'autre versant, on peut poursuivre l'aventure, pour les plus vaillants, en arpentant la grande face sud de la Tête de la Cavale et atteindre la splendide ligne de crête ralliant l'Obiou, la plus élevée du massif. Le retour s'effectuera alors par un autre passage dissimulé dans l'aspérité du relief rejoignant la régulière arête de Fluchaire.

Conditions météo

Belle journée automnale.

Récit de la sortie

Cette fameuse Tête de la Cavale par le Trièves, je l’attends depuis au moins deux ans ! Je la voulais en belles conditions automnales. Cette année, ce ne sont pas les journées ensoleillées qui manquent en ce mois d’octobre ! Elles s’enchaînent quasi tous les jours ! Ça perdure encore ce samedi 14 et dimanche 15. Ça promet encore un gros weekend d’ascensions !

Cette fois-ci, je prévois la Cavale pour de bon. Ayant réalisé le sentier de la Baronne l’année dernière à la même époque, je monterais directement au col du Portail par l’alpage de Courtet, et ferais la boucle par l’arête de Fluchaire.

Départ à l’aube du parking de Boutari, peu après Tréminis. La longue piste forestière permet de se mettre en jambes tranquillement. J’exalte rien qu’à l’idée de franchir l’immense muraille dévoluarde par le Trièves. Ces contreforts paraissent imprenable de la plaine... Et pourtant un sentier audacieux permet de s’y faufiler... Mais, cet exploit se mérite, les dénivelés sont importants car l’altitude de départ est relativement basse. Là, c’est presque 1500m pour atteindre le col du Portail ! Cette échancrure, je l’avais déjà visité lors de ma traversée des Petites Charances par le sentier de la Baronne. Ne manquait plus qu’à la traverser !

Plus loin, la piste s’interrompt au rivage de l’Ebron. Il faut traverser le lit du torrent, reprendre la piste qui s’élève en lacets. Un sentier permet d’en couper quelques uns. Un nouveau torrent est à franchir, celui de Pravert. Celui-ci livre le sentier de montée à l’alpage de Courtet. Il sinue dans un raide versant boisé. Une fois à crête, il faut encore remonter pour rejoindre les premières pelouses face à l’immense barrière. Plus haut, quelques lacets permettent d’atteindre le sentier du tour de l’Obiou.

Peu après, un cairn à ne pas louper indique les prémices du fameux sentier de la Baronne... Les choses sérieuses commencent ici ! Le versant se fait de plus en plus abrupt. La sente ténue est des plus aériennes ! Peur du vide rédhibitoire ! Je rejoins une crête montante, l’herbe s’amenuise laissant place à la rude pierraille. Les escarpements à franchir sont de toute beauté. Pinacles aiguisés, tours déchiquetés, parois austères... Une aiguille est même percée ! Encore un dernier ressaut à grimper par une série de raides gradins, et la vue sans pareille se dégage sur le grandiose versant des Petites Charances, ces grandes pentes herbeuses striées de couloirs ravinés surplombant les immenses falaises...

La section du sentier de la Baronne pour gagner le couloir accédant au col du Portail n’est pas la plus vertigineuse... Mais l’ambiance est spectaculaire ! La remontée du corridor étriqué jusqu’à l’échancrure est tout simplement magique dans ce décor si atypique inhérent au massif. Le cœur s’emballe, la respiration devient haletante. Un moment des plus intenses que de rejoindre le confidentiel Portail... La vue arrière est impressionnante sur le parcours effectué de la plaine de Tréminis, qui est dorénavant très éloignée... De l’autre versant, se dévoile la colossale face sud de la Cavale... L’aventure est loin d’être terminée !

J’emprunte des vires aux pieds de grandes parois. Extraordinaire point de vue sur la bien nommée combe de la Prison et la Tête de Lapras dans son prolongement. Désertique à souhait. Une courte descente et je rejoins le vaste champ d’éboulis. Une bonne trace me mène aux pieds des premiers escarpements. Une bonne grimpée débouche sur une petite croupe herbeuse. Une succession de raides gradins s’ensuit. L’écrasante caillasse ne laisse subsister que d’infimes touffes d’herbes. Je parviens finalement à l’arête sud-est. Panorama de toute beauté sur l’Obiou et la sévère combe de la Fuvelle. Encore quelques mètres pour atteindre le sommet de la Cavale... Ça y est, j’y suis ! L’émotion est à son comble... Depuis le temps que j’en rêvais ! Et cette somptueuse crête ralliant le Bonnet de l’Évêque... À couper le souffle...

La pause s’impose après ces 4h30 d’ascension ! Je tiens bien à profiter de ma deuxième Cavale, cette fois-ci sans neige !
Ce que tu vis au sommet te change profondément et te devient indispensable…
Après une heure de contemplation dans une forte solitude, alors que je m’apprête à parcourir cette fabuleuse crête jusqu’au Bonnet de l’Évêque, un montagnard solitaire arrive au sommet par la face sud. Il s’avance, je le reconnais, nous le précédions la semaine dernière dans la cheminée du Petit Obiou ! Nous nous saluons et faisons connaissance. C’est un dévoluard émérite, il a parcouru de nombreux itinéraires bien trempés caractéristiques du massif, le pas de l’Arche, la grande vire du Pierroux, la rampe des Ailes, le Malpasset, ... Nous poursuivons ensemble sur la crête. Je repère au passage ma descente sur l’arête de Fluchaire. Monté du hameau du Mas, le montagnard me laisse continuer seul au Bonnet de l’Évêque, fait une courte halte puis entame son retour vers le col de la Fuvelle pensant déjà à sa fastidieuse remontée de la combe de la Prison pour revenir au col de Lapras...

Le Bonnet de l’Évêque, encore un nouveau sommet de cette grande barrière gravi, se révèle comme un belvédère de premier choix sur la monumentale face nord-ouest de l’Obiou. Bien évidemment, je ne résiste pas à parcourir la crête vers le fameux Malpasset... Rien que pour un simple repérage de ce mur clé sur le fil du rasoir... Ça m’a l’air tout de même abordable... C’est envisagé, plus qu’à programmé ! Je reviens au Bonnet, puis au passage livrant mon retour par l’arête de Fluchaire.

Un raide couloir plongeant muni de bonnes prises se descend aisément. Une trace se faufile dans un raide pierrier parmi de stupéfiantes cornes rocheuses. Une ambiance saisissante aux pieds de ces à-pics démesurés... Un petit mur à désescalader et je prends pied sur l’arête de Fluchaire, d’abord pierreuse, puis, au fur et à mesure, herbeuse. Une bonne descente ramène au sentier du tour de l’Obiou, la boucle va bientôt être bouclée ! En effet, je retrouve rapidement mon itinéraire de montée. Ne reste plus que mon long retour par l’alpage de Courtet, le sentier rejoignant le torrent de l’Ebron et la longue piste forestière... De quoi me laisser le temps d’infuser pleinement la réalisation de ce vieux et grand rêve que je languissais depuis longtemps avec ces conditions si particulières... 1800m de dénivelé de pur bonheur, ça se mérite et c’est merveilleux !

Dernière modification : 29 octobre 2017