Mont Mounier (2817m) par Valberg Sortie du 24 juin 2013

Pour la carte et l’itinéraire détaillé, veuillez consulter le topo

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

Conditions météo

Départ matinal pour éviter les passages nuageux annoncés en début d’après-midi. Beau temps tout au long du parcours, avec les inévitables rafales de vent lors du passage de quelques crêtes, notamment au moment de passer sur le surplomb des barres nord-ouest du Mounier.

Récit de la sortie

Itinéraire

Il n’a rien d’extraordinaire par rapport à celui décrit dans le topo, puisqu’il suit la voie "classique" d’accès au sommet. D’autres itinéraires sont possibles, notamment depuis le hameau au fond du vallon de Roya, au Nord du Mounier, via le GR5 et le vallon de Sallevieille. Mais versant nord signifie présence encore très importante de névés, comme je l’ai constaté en arrivant sur la crête qui débute l’ascension vers le Petit Mounier.

  • Horaire : départ du parking vers 6h30, cime vers 9h00, parking vers 11h00

La minute historique

Je ne me rappelle pas de l’année exacte, mais je devais avoir environ 16 ans, et nous étions en été. Avec un ami de mon âge, nous préparons une sortie dans le secteur de la Tinée, avec si possible une nuit dans un refuge italien (Migliorero ou Talarico, dans le secteur des lacs de Vens et du Rabuons). C’est un secteur dans lequel nous avions fait plusieurs randonnées et que nous connaissions bien, mais cependant nous étions jusqu’à présent toujours accompagnés d’un guide sur ces itinéraires. Et c’est là que le bât blesse pour mes parents : ils refusent que je parte si loin sans guide, de surcroît en passant une nuit dans un refuge transalpin.

Nous nous rabattons donc sur le Mounier, avec un départ depuis le plateau de Chastellarès à Auron. Plateau, Col du Blainon, descente dans le vallon de Roya, remontée par le vallon de Sallevieille pour atteindre l’objectif : cela commence à faire un bon périple ! Pas de souci, m’assure mon père, il y a un refuge au sommet du Mounier.
Confiants, nous voilà partis assez tôt, et avec l’ardeur de notre jeunesse, nous avançons d’un bon pas. Bien nous en prend, car le temps se met à changer dans l’ascension vers le sommet, et pour ceux qui connaissent cette montagne pour le moins caillouteuse et dénudée, on ne peut pas dire que les abris soient nombreux ! Nous accélérons encore notre allure, sûrs de trouver le gîte tant espéré.

La pluie tombe quand nous débouchons sur le Col de Crousette, et le ciel est aussi noir que les pierres sous nos pieds (ce n’est pas pour rien que le Mounier s’est appelé un temps le Mont Nègre). Nous avançons vers le petit Mounier, et toujours pas de trace de refuge. Finalement, nous trouvons les ruines de l’observatoire qui avait été installé en 1893, et qui, détruit par un incendie à deux reprises, a été reconstruit et a servi de refuge pour le CAF de 1927 à 1940, avant d’être abandonné.

Nous voilà courant dans les pierriers du versant Nord du Mounier, poursuivis par l’orage, descendant au plus vite avec la grêle et les éclairs dans notre sillage. Après cette descente périlleuse dans ce versant casse-jambes, nous atteignons à bout de souffle le hameau de Roya. Nous trouvons refuge au Gîte communal "Ma vieille école", harassés, trempés, et à la tombée du jour. Une fois mes parents prévenus pour venir nous chercher le lendemain (grâce à la cabine téléphonique du hameau, eh oui, j’ai connu la vie sans portable^^), je consulte encore une fois la carte qui signale effectivement un abri à l’emplacement de l’observatoire ruiné. Je tombe enfin sur le petit détail qui fait toute la différence : imprimée en 1978...

Le parcours

La montée par la piste est dénuée d’intérêt, si ce n’est les jolies prairies enfin éclatantes et libérées de la neige. Renoncules, trolles, pâquerettes, trèfles et autres orchis donnent de sacrées couleurs à ces flancs exposés sud !

Première montée pour franchir les barres du Cloutet où se trouve la ligne de démarcation nous faisant entrer dans la zone cœur du parc du Mercantour. Il y a de belles échancrures dans les blocs de pierres.
Le verrou pierreux passé, on progresse dans une belle prairie alpine qui va rapidement se dénuder, et l’on comprend pourquoi avec le vent qui se lève à mesure que l’on monte et qui semble souffler ici sans discontinuer, perturbant grandement la croissance des végétaux sur ces flancs arides.

Je progresse sur le surplomb Est des barres Sud-Ouest du Mounier, il y a encore quelques névés mais rien qui empêche de trouver le sentier bien repéré avec ses balises rectangulaires jaunes. Je rejoins d’ailleurs bientôt un sentier encore plus marqué, le GR5, et son balisage blanc et rouge. Le passage sur ce versant Ouest du vallon du Démant révèle un paysage presque lunaire. Il n’y a ici plus de pelouses, juste la présence de quelques renoncules des glaciers, de gentianes acaules, d’androsaces et de plantes rampantes qui s’accrochent aux roches et à l’ébauche de sol, avare en matières nutritives...
Passage par la petite colonne en marbre (la stèle Vallette) en mémoire d’un chasseur alpin mort ici en 1936, puis je poursuis l’ascension.

Arrivée sur la crête menant au petit Mounier, et aux "fameuses" ruines de l’observatoire. Le vallon de Sallevieille est effectivement encore très encombré par la neige... Le sentier pour rejoindre le sommet suit la crête. Entre passage sur des blocs rocheux ou en les longeant par leur base, c’est à vous de voir l’itinéraire qui vous convient le mieux. En tous cas le final fait réellement ambiance haute montagne, aride et pentu, mais jamais vertigineux.
Je ne manque pas de laisser un petit message dans le carnet au sommet, protégé par sa caisse de métal au pied de la croix.

Le panorama est remarquable : le Mounier est en effet un bloc marno-calcaire massif et isolé, excentré par rapport aux sommets frontaliers. Il est par ailleurs plus haut que tous les autres sommets du département, dits du "moyen pays" : c’est pour cela qu’il est visible de presque partout dans le département, pour peu que l’on prenne un peu d’altitude !

Et à son sommet, quelle vue : Grand Coyer, Sommet de la Frema, Encombrette, Pelat, Fort Carra, Malinvern, Argentera, Gélas, Grand Capelet, dôme du Barrot... les cimes à contempler ne manquent pas !

Je redescends et croise quelques marcheurs sur le sentier du retour. L’un d’eux me demande si j’ai consulté la météo ce matin avant de partir. Je lui réponds qu’elle devrait être assez clémente jusqu’en début d’après-midi.

Mes derniers souvenirs de météo défavorable sur le Mounier me reviennent en mémoire, tandis que quelques cumulus, mine de rien, viennent gentiment tacheter de blanc le ciel jusque là d’un bleu éclatant... Je ne peux désormais envisager l’ascension de ce sommet qu’avec un départ matinal, un bon imperméable... et une carte à jour dans le sac à dos !

Dernière modification : 29 juin 2013