Dôme de Neige des Écrins (4015m) Sortie du 29 juin 2013

Sortie réalisée le 29 juin 2013.

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Samedi 29 juin, il est 6h50, l’altimètre marque 3930 mètres et la cordée s'arrête...

Conditions météo

Conditions hivernales.
Rafales de vent jusqu’à 50 km/h.
Températures très froides (l’eau d’une bouteille a commencé à geler dans mon sac).
Chutes de grésil.

Récit de la sortie

Samedi 29 juin, il est 6h50, l’altimètre marque 3930 mètres et la cordée s’arrête...

Au milieu des rafales de vent, tendant l’oreille tout en essayant de me protéger du grésil cinglant j’essaie d’écouter notre guide qui nous explique que nous sommes arrivés au niveau de la brèche Lory.

En levant un peu la tête, j’aperçois au milieu de la brume un bout de rocher noirâtre avec effectivement une faille au milieu.

Le guide nous demande, ou nous dit je ne sais plus trop, qu’on va faire demi-tour. Notre jeune amie belge Anne-Pascale renchérit en disant que si c’est pour rien y voir ce n’est pas la peine de continuer.

Catherine ne dit rien car elle, elle a déjà fait La Barre par le passé et bien évidemment le Dôme parce qu’en redescendant de la Barre tu passes... à la brèche Lory.
Et ceux qui ont été là-haut savent que de la brèche Lory au Dôme il n’y a qu’un pas ! (Enfin ! Façon de parler).

Moi je ne dis trop rien et quand bien même je dirais quelque chose, est-ce que cela influerait sur la décision de faire demi-tour ?
J’en ai marre de ces conditions hivernales, c’est certain, mais ayant un altimètre au poignet je sais qu’il reste 85m à monter (et peut-être même moins du fait de la marge d’erreur de la montre).
C’est quoi 85m quand on en a fait plus de 2000 pour arriver jusque-là ?

Alors, sans doute qu’on y verra rien (d’ailleurs on n’y voit déjà quasiment rien), qu’on va se faire cueillir par des bourrasques de vent encore plus fortes, qu’on ne sera pas les seuls à avoir fait demi-tour (on a vu un peu plus bas un guide et sa cliente en larmes affalée dans la neige), qu’on ne va pas y rester longtemps et qu’on ne pourra pas y faire de photos de la cordée tout sourires...

Mais 85m sous le sommet, ce n’est PAS le sommet et je suis quand même venu pour cela, même si sincèrement je me dis que cela va être mieux en descente et avec le vent dans le dos.
Et dire qu’il a fallu qu’on monte là-haut le jour où la météo était la pire de la semaine alors que notre tour de l ’Ailefroide par la Haute Route avait été presque parfait, juste un peu froid mais bien quand même !

La montée au refuge des Écrins avait été assez tranquille, l’après-midi consacrée à du repos car il faisait froid dehors, le repas excellent et la nuit conforme à ce que l’on vit dans ces refuges à cette altitude.

La nuit ! Vous savez, les alpinistes de l’Europe de l’Est avec leurs montres "bip-bip" à chaque heure et leur réveil son et lumière à 2h22 (pourquoi 2h22 je ne sais pas...) pour préparer leurs sacs (alors qu’ils auraient pu le faire la veille) dans un concert d’affaires froissées, de fermetures éclair tirées d’une main forte, de flashs stroboscopiques de frontales à pleines puissance. Alors oui ! On était réveillés bien avant que la personne du refuge chargée de le faire à 2h45 s’oublie...
Un présage ?

Tiens et puis ces 85m ça me rappelle une vieille histoire dans le massif du Mont-Blanc et plus précisément dans la face nord des Grandes Jorasses. Le gars, il y est retourné 2 ans après les faire ces 85m...
Certes notre histoire est bien moins dramatique et je ne suis pas le fantôme de René Desmaison (loin de là), mais il faudra bien y retourner pour les faire, ces 85m.

Samedi 29 juin, il est 6h50, l’altimètre marque 3930 mètres et la cordée fait demi-tour...

Dimanche 30 juin, 11h00 du matin, je suis vers Saillans dans la vallée de la Drôme et ma femme me dit que l’on aura pas assez de pain pour midi.

Je descends à pied pour acheter du pain au village. Par réflexe j’enclenche l’altimètre et il me dira que j’ai fait un peu plus de 85m de dénivelé...

Dernière modification : 8 juillet 2013