Chamechaude (2082m) par le Pas de l’Arche et la Rampe de l’Ecureuil Sortie du 27 mai 2009

Pour la carte et l’itinéraire détaillé, veuillez consulter le topo

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

Une histoire vraie, une histoire que j'ai réellement vécue. Cette histoire mérite d'être racontée. Après quelques années, je me décide à l'écrire et la partager. Même si certains d'entre vous ont entendu parler de cette histoire, je la raconte aujourd'hui sous forme de sortie. Elle m'a permis de rencontrer mon fidèle et remarquable ami Ardéchois Jean-Claude et les adhérents du Club Sarras Randonnées.

Conditions météo

Brouillard le matin puis ciel relativement dégagé !

Récit de la sortie

L’HISTOIRE DE MALIKA COMMENCE AINSI.

Le 07 mai 2009, je regarde par la fenêtre le temps exécrable d’aujourd’hui. Il pleut, j’aperçois les restes de plaques de neige sur le massif de la Chartreuse en face de chez moi. Pas grand chose à faire, assis devant mon écran d’ordinateur, je lis les messages sur forums de différents sites de montagne auxquels je rends fréquemment visite, depuis quelques années.

Et là, je lis : « J’ai perdu ma chienne husky répondant au nom de Malika. Elle a suivi un chamois et je ne l’ai plus revue. Après des appels renouvelés, et plusieurs heures d’attente, ne la voyant pas revenir je rentre à la maison. Perdue dans le secteur de Chamechaude. »

Le 25 mai 2009, je tombe sur un autre message répondant au premier, il disait à peu près ces mots là : « Entendu chien hurlant à la mort dans ce secteur de Chartreuse. »

Alors là, c’en est trop pour moi. J’envoie un message au propriétaire du chien, en lui demandant s’il avait vu passer ce message. 18 jours après sans voir sa chienne, il me répond les mots suivants : « Pas pu avoir de RTT, je ne peux me rendre sur place ». Je lui propose d’aller voir moi-même le 27 du même mois.

Le 27 mai 2009, je monte me garer à l’angle des pistes, au sud du Montjalat peu après le hameau le Churut. Aucun véhicule n’est présent, les gens ont pour habitude, et c’est plus fréquent, de démarrer la rando depuis le Col de Porte. Je remarque avant le départ que Chamechaude n’est pas visible, le plafond est très bas ce matin. Je récupère au-dessus le GR du Tour de Chartreuse, et le remonte en forêt.

Que vais-je trouver ? C’est sans très bonne certitude que j’erre dans ce brouillard. J’arrive devant le habert de Chamechaude, puis me dirige tout en appelant « Malika, Malika ». Aucun bruit dans le lointain, le brouillard est de plus en plus épais et il fait du surplace, cela n’arrange pas mes affaires. Je butte contre la falaise et le mur permettant l’accès au Jardin de Chamechaude. Non, le chien ne peut pas monter par là, je repère cette sente longeant toute la falaise du versant est, j’arrive ainsi sous la Brèche Arnaud.

Je continue en effectuant le tour, en appelant, je me trouve sous le Pas de l’Arche. Rien, mais le brouillard commence à se dissiper, je rejoins la Cabane du Bachasson. Je rentre par le sentier balisé contournant Chamechaude par le sud. Toujours rien. Rien, le brouillard laisse la place à un beau ciel bleu. Déçu, impossible, je ne rentrerai pas sans cette chienne. 20 jours, je me suis juré de ne pas la laisser un jour de plus.

Me voilà en vue du habert, je remarque un petit attroupement au-dessus dans la prairie. Une fois à leur hauteur, je leur demande s’ils n’ont pas entendu hurler un chien à la mort. Ce groupe, constitué de 3 personnes, tous plus surpris les uns que les autres, me demande à son tour : « Mais vous, qui êtes vous ? ». Je suis à la recherche d’une chienne égarée autour de Chamechaude, je suis le messager du site. « Ah, c’est vous », me répond Jean-Claude. Jean-Claude, accompagné d’Hélène sa sœur, et de Marianne sa fille, me signalent avec leurs yeux encore larmoyants, qu’ils ont réussi à localiser Malika. Elle se trouve sous le sentier, sur une vire où il est impossible d’accéder, ils l’ont entendue gémir, son dernier souffle n’est plus très loin. Ne pouvant accéder par leurs propres moyens, ils ont averti le PGHM, il devrait arriver d’un moment à l’autre, me disent-ils.

Effectivement, ½ heure après, c’est dans un fracas mécanique que le pilote de l’hélicoptère dépose 2 gendarmes dans la prairie. Jean-Claude m’explique le lieu où il a entendu Malika. Je dirige les gendarmes de haute montagne vers ce lieu. Arrivé à bon port, je me rends compte que je suis passé ici ce matin dans le brouillard, en appelant plusieurs fois : « Malika, Malika ». Elle était certainement assoupie à ce moment là, n’ayant plus la force d’entendre. Pourtant seul, sans un bruit autre que celui du vent, je n’ai rien, mais rien entendu. Le sentier est en balcon, à flanc de versant, il traverse une combe raide formant un goulot, la chienne Malika se trouve en dessous sur une vire. Les gendarmes me remercient, et me demandent d’attendre avec Jean-Claude, Hélène et Marianne. Nous revenons ensemble un instant sur nos pas, pour patienter sur le sentier.

Bien équipés, les gendarmes reviennent au bout d’¼ d’heure avec Malika. 20 jours, elle est d’une maigreur impressionnante, elle a survécu 20 jours sur une vire de laquelle elle ne pouvait ni descendre ni monter. Se nourrissant de l’herbe trouvée sur place, léchant le névé pour boire, ce qui lui a permis de poursuivre sa survie. Brave chienne Malika, elle dévore un pot de pâté restant du casse-croûte. Après quelques anecdotes avec les sauveteurs, on se sépare. Marianne appelle avec son portable le maître de Malika pour lui annoncer la bonne nouvelle. Je surprends par sa réaction, et imagine son interlocuteur en pleurs, puis je surprends les larmes coulant sur le visage de Marianne. Jean-Claude et Hélène, plus âgés, ont eux aussi les yeux qui brillent.

Nous voilà descendant vers nos véhicules, nous sommes garés au même endroit, nous prenons donc le même chemin de retour. Nous nous séparons après un pot d’amitié sur la terrasse d’un café au Sappey-en-Chartreuse. Le début d’une amitié réelle est née, des gens simples et attachants, des gens authentiques. Je rentre chez moi, fier d’être à l’origine des recherches. 20 jours, seule, sans nourriture et sans eau dans le froid, à son âge, elle avait 12 ans au moment des faits. Malika n’est plus, depuis le début de l’année 2013, ses yeux se sont fermés pour toujours.

Dernière modification : 15 janvier 2018

Photos « Chamechaude (2082m) par le Pas de l’Arche et la Rampe de l’Ecureuil »

Habert de Chamechaude. Contre la falaise permettant l’accés au Jardin de Chamechaude. " Non, un chien ne peut monter par là". L’accés à la Brèche Arnaud dans le brouillard. Brèche Arnaud, au-dessus le ciel est dégagé ! Sente longeant la falaise dans un premier temps. Belle brèche ! La rencontre avec Jean Claude et les siens ! Malika elle revient de loin ! Malika dégustant un pot de paté restant du casse croûte ! Malika se désaltérant ! Malika se désaltérant 2 ! Malika, allez encore un peu de pâté, tu l’as mérité ! Malika état de maigreur ! Malika repos bien mérité ! Malika ! Malika repos devant le habert ! Heureux dénouement ! Photo de Malika novembre 2007 ! Photo de Malika en juillet 2009, 2 mois après les retrouvailles !