Pointe des Fours (3072m) par le Pont de la Neige Sortie du 12 juillet 2015

Pour la carte et l’itinéraire détaillé, veuillez consulter le topo

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Conditions météo

Grand beau temps très clair, et très très chaud, en cette période de canicule.

Récit de la sortie

Pointe des fours par le pont de la Lenta, leçon de géologie à livre ouvert.

Quand j’étais étudiant, à l’université des Sciences de Saint-Étienne, je voulais être géologue et poète !

Géologue pour vivre sur les montagnes, les étudier, et poète pour bien écrire sur mes montagne !

La jeunesse a plein de rêves et c’est bien comme cela.

La vie en a décidé autrement, mais pour autant, je "ravaude" toujours sur les montagnes, je m’intéresse à leur géologie, et parfois je m’essaie à quelques lignes sur un site où le lecteur est indulgent !

Il fait grand beau, pas un chat, pas une goutte de rosée. Les alpages nouvellement fauchés sentent bon l’herbe coupée, l’incendie irradie les glaciers de Haute-Maurienne, c’est magique comme à chaque fois.

Le sentier se faufile le long du torrent de la Lenta, les chaussures butent contre ces satanés cailloux cachés par les herbes hautes. Ça me rappelle les sentiers de Belledonne.

C’est la même roche, un gneiss, mais celui du Grand Paradis avec ses magnifique œillets de feldspaths. Nous voilà donc en plein dedans, minéralogie et la chimie qui est associée, pétrographie et puis pendant qu’on y est, un peu de tectonique...

Nos hautes montagnes de Bessans, semblent donc posées sur le socle cristallin du Grand Paradis voisin. Quelle trouvaille mais je ne l’ai trouvé tout seul !

Les belles falaises que subliment les cascades du torrent sont mises à nu et dévoilent la structure du terrain, la fraicheur ambiante est agréable, la lumière éclatante du jour coule dans le profond vallon, on est bien.

Ce socle du Grand Paradis, c’est du solide. Quand l’érosion aura fait son œuvre, s’il en reste un, ce sera bien ce grand dôme cristallin.

Passé les cascades et la cabane cantonnière du Pied Montet, la pente d’adoucit. Les orties disparaissent et je ne vais pas m’en plaindre, laissant place à l’herbe rase et les joubarbes, caractéristiques de ces sols très "acide" (comprendre riche en silice).

Et voilà qu’apparait cette roche jaunâtre, souvent au faciès alvéolaire, qui semblent légère à coté des blocs massifs de gneiss.

La couleur du sentier, la terre, deviennent brun clair, la végétation change.

(Si je m’intéresse en tant que piètre amateur à la géologie, merci à mes profs de fac !, je n’y connais rien en botanique, mais alors rien du tout...).

Posées ça et là apparaissent des plaques de schistes noirs, feuilletés (on dira lustrés), brillantes de milles points dorés, des micas et du quartz surement.

Nous voilà donc sur la zone de glissement de la nappe des schistes lustrés, sur le dôme de gneiss, tous deux issus d’un métamorphisme mais de conditions de pression et température différents.

Très profond et de haute température pour le premier, moins sévère pour le second.

Nous nous engageons alors dans la gorge de la Lenta qui sortira au pont de la neige.

Les schistes de cette nappe de charriage qui a glissé sur le socle cristallin provient de la transformation à l’état solide d’argile sédimentée au fond d’eau calme.

Loin là-bas, à l’Est, quand les Alpes étaient océan, l’érosion de la chaîne hercynienne a donné naissance, bien longtemps après à ces grandes parois de plusieurs centaines de mètres, magnifiquement foliées au pendage régulier.

Passé le pont de la Neige, une large sente remonte la moraine et l’ancien glacier de la Jave, glacier que j’ai connu étant gamin, au début de année 1980 avec ses petites crevasses et son lac toujours gelé.

Que de changement depuis lors, après la disparition de ce glacier ! (géomorphisme dynamique à l’échelle humaine auraient dit mes profs, enfin si je me souviens bien...).

Le paysage change alors et devient ouvert et très lunaire. C’est très beau, minéral, sauvage à souhait.

On retrouve alors cette roche particulière, la cargneule, détritique, orange, et sa poussière ocre ultra fine.

L’érosion glaciaire l’a mise a nue.

Depuis longtemps je me demande quel peut bien être son origine. Zone de chevauchement c’est sûr, mais qui sur quoi ?

Les trois nappes de schistes lustrés que l’on retrouve là haut ? Mean Martin, Charbonnel et Albaron, entre elles ? Sur le socle de gneiss ?

Ou alors, la couverture calcaire comme les flysh de la Tsanteleina qu’on retrouve au sommet du Pélaou blanc ? et autres calcaires dont on trouve des affleurements sur les pentes de Solaise, côté Tarin ?

Un vrai casse tête pour le flâneur que je suis. Mais peu importe, le coin est toujours aussi beau.

Les névés bien maigres nous permettent d’atteindre le lac du Grand Fond, où une autre surprise nous attend.

Le soleil cogne dur quand nous arrivons au lac, quand une horde de traileurs surgit du col des fours. À profusion, en veux-tu, en voilà, des rouges, des bleus, des petits, des grands... et pas forcément sympa !

C’est le trail de val d’Isère.

Et puis l’inévitable caméra et son caméraman qui suit comme il peut une célébrité de ce sport...

Bloqué pendant plus de deux heures nous regarderons courir comme des dératés une faune étrange, mais qui tous s’exclament devant la beauté du site.

Il est treize heure quand le chemin est à nouveau libre. Nous laissons notre petite escalade de l’arête SE pour monter à la pointe des Fours par la sente du versant Tarin.

Et la encore ma curiosité pour les cailloux est aiguisée. Une escalade sur cette montagne, en bon cailloux ? Ce ne peut pas être des schistes, trop délités !

Je trouverai là haut ces fameuses roches vertes, compactes et solides qui supporte toute l’arête SE.

Ce sont des ophiolites, serpentines, morceau du plancher océanique, charrié sur la croûte continentale lors du contact entre deux plaques tectoniques.

Encore une évidence du passé sous-marin de nos belles montagnes mauriennaise !

Je ne me lasse jamais d’observer ces montagnes complexes qui doivent passionner les géologues. Et au fur et à mesure des années en feuilletant des bouquins ou en surfant sur le net, je commence à les comprendre, de leurs origines à aujourd’hui.

Si par le plus pur des hasards un géologue arrivait à la fin de ces lignes, qu’il soit indulgent de mon ignardise, mais comprenne ma curiosité !

Dernière modification : 29 juillet 2015

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