Sortie du 28 juillet 2015 par Alexandre Pointe Girard (3259m) et Col Perdu (3290m) par le Glacier des Sources de l’Arc

Fin belle sortie aux confins de la Haute Maurienne. Des blocs de gneiss de la Pointe Girard à la corniche du Col Perdu, via le glacier des Sources de l'Arc bordant la somptueuse Levanna Orientale.

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Conditions météo

Très beau temps. Quelques cumulus insignifiants, plus nombreux en fin de journée. Température de 8°C au sommet de la pointe Girard à 11h45, avec un fort vent frais sur l’arête. Ailleurs, vent moyen à assez fort.

Récit de la sortie

Bien que parcouru à maintes reprises, j’apprécie toujours autant le chemin en faux-plat entre l’Écot et la Duis, bordé de vieux chalets et d’épilobes, avec l’écoulement de l’Arc pour fond sonore.

Peu après la Duis et en amont de l’ancienne moraine frontale, j’arrive à la bifurcation des sentiers pour les sources Inférieures et Supérieures de l’Arc. Une pancarte déconseille d’emprunter le sentier des sources Inférieures suite à des crues qui auraient endommagé le lit d’un ruisseau, rendant son franchissement difficile. De quoi perturber ma rando de bon matin...

Déconseillé n’est pas interdit, alors je vais voir ce qu’il en est et aviserai. Effectivement, les berges du ruisseau ont bien été ravinées. Finalement, je longe la berge et trouve environ 15 mètres en amont, le moyen de franchir sans problème ce ruisseau. Ça c’est fait.

S’ensuit une montée assez raide pour accéder à la base de la belle moraine médiane, située à la confluence des anciennes langues glaciaires et entourée de grandes dalles rocheuses. Cette ancienne moraine est bien stabilisée et en partie végétalisée. Le sentier parcourt sa crête régulière jusqu’à son sommet, permettant d’apprécier les paysages du vallon avec un peu de hauteur.

Puis c’est l’arrivée sur le replat 2750m, matérialisé par un gros cairn. Je poursuis est-sud-est et par une légère descente, j’atteins le lac des Sources Inférieures au niveau de son déversoir.

Tentative d’observation du cheminement au-delà du lac, mais en contre-jour et avec l’intense réverbération sur les dalles polies, ce n’est pas évident. Au fur et à mesure que je longe la rive nord du lac, celui-ci prend sa couleur turquoise caractéristique de nombreux lacs glaciaires.

Une fois arrivé à l’extrémité est du lac, il s’agit maintenant de trouver l’itinéraire d’accès au glacier. Si tout paraît simple sur cartes et photographies aériennes, il en est souvent tout autrement sur le terrain.

Hors de question de passer sur les quelques étroits névés lovés entre les dalles, ils ne doivent pas être épais et couvrent possiblement un ruisseau, voire un torrent. Finalement, je me positionne entre les 2 principaux torrents qui alimentent le lac et effectue la montée à vue, ce qui par chance, fonctionne plutôt bien.

Ensuite, passage en amont du lac situé sur le front du glacier des Sources de l’Arc (branche centrale). J’évite le front du glacier, peu engageant, et continue un peu sur ce qui ressemble fortement à une moraine latérale avant de m’engager pour de bon sur la glacier. Il est facile, non crevassé et en pente modérée.

Plus ou moins épargné par le vent jusqu’alors, je suis surpris au Col Girard par un fort vent frais avec refroidissement immédiat. La softshell enfilée, je m’intéresse à l’arête de la Pointe Clavarini, objectif initial de cette randonnée.

Il s’avère qu’il y a pas mal de ressauts et d’escalade délicate sur ce début d’arête, je ne repère pas d’itinéraire évident. En revanche, je constate qu’il doit être facile de se trouver en mauvaise posture et qu’il faut également penser à la descente.

Après réflexion, je remets l’ascension de ce sommet à une autre fois et me reporte sur le plan B : Pointe Girard et Col Perdu. Il me faudrait des infos supplémentaires concernant la navigation sur ce début d’arête de la Pointe Clavarini.

En avant pour la Pointe Girard. Après 2 petits cairns, je perds sans surprise la vague trace qui remonte l’arête. Pas grave, ça passe à peu près partout avec le sommet en ligne de mire, mais dans des blocs de gneiss oeillés parfois instables. Le sommet est une courte et étroite arête rocheuse plongeant vers l’Italie.

Vers l’est, on distingue la plaine du Pô, pas si lointaine. Belle vue sur le Roc du Mulinet et la peu commune face est de la Levanna Orientale. Et puis les habituels sommets des Alpes Grées, Vanoise...

J’observe encore un peu l’arête de la pointe Clavarini. La partie haute semble assez simple, c’est bien le départ qui pose problème. À étudier donc, pour y revenir une autre fois.

Le vent, toujours aussi fort le long de la crête frontière, m’incite à reprendre ma route. Avec un sommet complètement libre de neige, la descente s’avère plus compliquée qu’avec des pentes bien enneigées.

Dans une direction nord-ouest, je parcours l’arête jusqu’au Pas de l’Arc (3197m). Encore des blocs qui ne cherchent qu’à se dérober sous mes pieds. La progression est lente.

Du Pas de l’Arc, je quitte la crête frontière pour traverser un névé en contrebas, afin d’atteindre une arête qui me donnerait un peu de visibilité sur la suite du parcours. Rien de transcendant cependant, névés et bandes rocheuses à perte de vue.

Les blocs sur lesquels j’évolue ne voulant pas rester en place, je me dirige vers un grand névé pour une descente plus confortable. Mais c’est raide, avec une neige encore un peu dure. Une éventuelle glissade pourrait s’éterniser, je sors donc les crampons.

Ce grand névé est entrecoupé de passages rocheux, alors je décramponne et recramponne plusieurs fois, tout en cherchant le passage vers la branche nord du glacier des Sources de l’Arc.

Vers l’altitude 3100m, je l’ai. Benissimo !

Cap au nord, sur courbe de niveau. L’entrée sur le glacier est tranquille, ça ne change pas des névés. Sauf qu’à la vue de la rimaye côté Levanna Orientale, on comprend vite qu’il y a une masse non négligeable en dessous.

Après passage au pied de l’extrémité sud de la paroi de la Levanna Orientale, la montée reprend et je me dirige joyeusement vers une zone bombée et parsemée de rochers, où le sol semble refaire surface.

Que nenni ! Il s’agit d’une zone convexe sur laquelle le glacier est sous tension. Ça craque de partout, la zone est lacérée de crevasses, heureusement étroites et bien visibles. Et le grondement des eaux sous-glaciaires n’invite pas à s’engager davantage.

Il est possible que la configuration du terrain sous-jacent fasse remonter en surface ces blocs, rochers, cailloux et sables grossiers qui finiront plus bas dans une moraine, après un lent et long voyage.

Je prends acte, rebrousse un peu chemin et contourne avec distance cette zone (par l’est).

Je retrouve progressivement un glacier plus confortable jusqu’au Col Perdu. Col qui porte bien son nom, perdu au fin fond de la haute Maurienne, coincé entre les masses rocheuses de la Levannetta et de la Levanna Orientale. C’est aussi le point le plus oriental de toute la Savoie.

Encore un coin qui me plaît bien, davantage pour l’ambiance que pour la vue côté Italie, somme toute étriquée.

Je prends garde à la corniche du col. Pas de visibilité et derrière, c’est plutôt raide. J’adore l’Italie mais je préfère décider quand et comment m’y rendre !

Je suis bien au Col Perdu avec cette belle vue sur la haute Maurienne, du haut du glacier. Mais il y a encore pas mal de chemin à parcourir.

J’engage la descente sur le côté droit du glacier, le long de la paroi de la Levanna Centrale. Ici, la surface du glacier est très alvéolée, suite aux récents orages. C’est moins confortable pour les chevilles mais la descente se déroule bien. Je passe une zone où des fissures perpendiculaires à l’écoulement du glacier se succèdent, franchies avec de larges enjambées par précaution.

Puis je rejoins la zone chaotique du front du glacier. Alors qu’on pense atteindre la terre ferme, il n’en est rien. Cette zone n’est qu’un épais enchevêtrement de glace et de roches. Lorsqu’un glacier se retire en surface, il subsiste souvent un glacier rocheux en profondeur. L’écoulement est bien moindre, mais il continue de façonner la topographie du front du glacier.

J’en finis avec le glacier et progresse sur les moraines afin de rejoindre 2 petits lacs situés en contrebas (point coté 2969m). J’y rencontre aussi 2 chamois, l’un s’en va tandis que l’autre me fait l’honneur de rester un peu (à distance) et m’observe. Moi aussi.

Ça dure un moment et du coup, j’en perds mon cheminement. Je sais où je dois me rendre (sources de l’Arc) mais je n’ai pas de visibilité sur l’itinéraire. Je monte alors sur un long cordon morainique bordant les lacs, afin d’y voir plus clair.

En contrebas (côté sud), un couloir semble prendre le bon chemin. Va pour ce couloir. Mais avant, il faut dévaler la pente de cette moraine, sacrément raide et encore non stabilisée. Je prends le temps qu’il faut.

Dans le couloir, je retrouve une sente bien cairnée qui me mène aux sources de l’Arc, au pied de la moraine (petite mais costaud) de l’ancien glacier des Trois Becs.

Il ne reste plus qu’à franchir les sources et suivre le bon sentier, duquel on peut observer l’intégralité de la moraine médiane parcourue à la montée.

Au final, une sortie dans un cadre splendide et des images plein la tête. Avec près de 10h15 de marche effective, la journée fut bien remplie.

Dernière modification : 30 juillet 2015

A propos

Auteur de cette sortie :

Randonnée réalisée le 28 juillet 2015

Publiée le 30 juillet 2015

(Avertissements et Droits d'auteur)

Commentaires

  • par Le 1er août 2015 à 12h05

    Bonjour,
    C’est une belle bambée en effet ! Merci pour vos photos dont quelques unes sont vraiment exceptionnelle.
    C’est beau la haute maurienne !
    Bonnes courses.
    Patrick

  • par JMTLe 1er août 2015 à 12h50

    Sources de l’Arc avant la fonte....C’était avant !!!
    http://randonneessportives.over-blog.com/2014/07/glacier-des-sources-de-l-arc.html

  • par Le 1er août 2015 à 14h55

    Bonjour et merci pour vos passages ici.

    Un lien intéressant sur le retrait glaciaire aux sources de l’Arc : http://www.volopress.net/volo/spip.php?article429

    À noter que la moraine frontale visible en amont de la Duis marque l’avancée maximale du glacier (alt. 2200m) à la fin du petit âge glaciaire (environ 1850).

    Bonnes randos.

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