Vire du Rocher des Heures Sortie du 15 mai 2016

Pour la carte et l’itinéraire détaillé, veuillez consulter le topo

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

Conditions météo

Beau, avec un vent frais.

Récit de la sortie

J’avais la possibilité de partir faire un bivouac ce long week-end, mais la météo exécrable de cette semaine, qui s’est prolongée le samedi, m’a conduit à me contenter finalement d’une sortie sur le dimanche et le lundi.

Même pour ces deux jours les prévisions n’étaient pas extraordinaires (surtout le dimanche) mais dans ma situation (avec un retour à Paris sous peu), les occasions ratées sont plus que jamais perdues, et donc je me suis dit que je regretterais certainement de ne pas avoir tenté ma chance. Avant de partir j’ai tout de même jeté un œil aux webcams de la station de Villard et ça n’était pas encourageant : brume épaisse, aussi bien à 1100m à Bois Barbu qu’à 1700m sous les rochers des Jaux. Rien qu’à voir ces images j’imaginais bien le vent glacial qui devait les accompagner, et je me suis dit que la balade risquait d’être très austère : il fallait prendre les affaires pour le froid...

J’avais deux idées en tête pour cette balade : avant tout profiter à nouveau du chant des tétras comme c’est encore la période de leurs parades, et si possible refaire un tour à la belle vire du rocher des Heures où j’étais passé il y a quelques années mais en attendant presque toute l’après-midi d’avoir droit au soleil. J’avais d’ailleurs à cette occasion retraversé le plateau de nuit pour rentrer bivouaquer au pas de l’Aiguille, donc il n’y avait pas de raisons que je ne puisse pas regagner les abords de l’arène des tétras.

Le sac m’a semblé particulièrement lourd, entre les affaires de bivouac pour le froid, les affaires pour l’affut (là encore j’avais pris une toile chaude et bien coupe vent, mais lourde) et les affaires pour les photos : heureusement que la montée par le pas de l’Aiguille n’était pas trop longue !

En descendant le Trièves, j’ai vu que si le nord Vercors semblait en effet bouché sans rémission à attendre, le sud laissait plus de trouées et j’ai même eu la surprise de voir que la Tête Chevalière et le Mont Aiguille étaient parfaitement dégagés : il semblait que le Veymont formait un barrage ultime au déferlement de la brume intense, sans empêcher toutefois des bandes de nuages de déferler ensuite vers le sud.

Au parking il faisait bien frais comme annoncé, mais finalement c’était peut-être plus agréable que les grosses chaleurs pour faire la montée. Une fois au Pas, le vent froid s’engouffrait avec violence et les randonneurs croisés avaient tous leur veste coupe vent avec la capuche... Je suis passé à la source prendre de l’eau (le torrent qui dévale du pas m’a semblé particulièrement bien fourni alors que la source n’avait toujours que son tout petit filet d’eau) puis j’ai entamé sans tarder la traversée vers Jasneuf, où je me suis mis dans un petit creux à l’abri du vent pour mon premier repas, il devait être 14h. Je n’ai pas tardé à remarquer les allées et venues d’une mésange noire qui arrivait avec le bec rempli de mousses et brindilles pour aller les mettre dans un petit creux dans les roches : sans doute un nid en préparation !

Je suis ensuite parti en direction de la vire sur le versant opposé, en profitant toujours globalement d’un beau soleil alors que les environs semblaient encore cernés de nuages : c’était bien appréciable !

Je suis arrivé à la vire du rocher des Heures en milieu d’après-midi : j’avais croisé de nombreux groupes sur les sentiers en ce long week-end et j’ai trouvé bien agréable de retrouver le calme et la solitude de cette vire perdue. Le bout de la vire était bien colonisé par les marmottes et j’ai commencé par gagner le petit promontoire perdu face à la face abrupte du roc de Peyrole, dans un cadre particulièrement grandiose. L’endroit était idyllique pour faire une sieste, que je n’ai pas tardé à faire...

À mon réveil le soleil avait commencé à décliner un peu, et je suis revenu vers les endroits les plus spectaculaires de la vire comme la lumière devenait plus intéressante.

Au bout d’un moment le soleil a fini par rejoindre une bande de nuages épars qui filait depuis le plateau, mais comme elle restait assez morcelée cela donnait des jeux de lumière plutôt amusants sur les parois. Enfin le soleil a atteint les couches nuageuses les plus basses : j’ai alors laissé la place à un petit groupe de jeunes bouquetins qui attendaient manifestement depuis un moment que je m’en aille pour préparer leur nuit.

Un petit avis sur cette vire du rocher des Heures pour ceux que cela tenterait : je la classerais dans les vires sans difficultés techniques, donc facile. Néanmoins la trace n’est pas toujours très nette (on n’est pas sur le sangle de Fouda Blanc) et parfois dans une pente un peu marquée, avec le vide absolument tout près : il ne faut vraiment pas se rater ! A d’autres endroits en revanche, elle est parfaitement plate et large et inviterait vraiment à la pause farniente, si les nombreux rochers oranges qui jonchent le sol ne rappelaient pas que la falaise en surplomb est foncièrement malsaine (bien que superbe avec sa teinte chaude). C’est la deuxième fois que je venais sur cette vire et je n’avais toujours pas de casque : c’est sans doute le point que je trouve le plus stressant ici. Enfin il ne faut pas manquer ce promontoire avancé face à l’immense paroi du roc de Peyrole : c’est bien moins vertigineux que la vire proprement dite mais ça vaut le coup d’aller jusque là !

Donc en résumé : une belle vire pour les amateurs, mais j’éviterais tout de même d’y aller en famille...

Une fois sorti de la vire j’ai pris sans tarder la direction du lieu auquel je pensais pour mon bivouac : j’avais un joli premier quartier de Lune pour m’éclairer et je me suis dit que je devrais donc me passer d’elle une nouvelle fois pour gagner ma cache aux abords de l’arène des tétras dans quelques heures...

Je suis arrivé sans encombres et j’ai planté la tente sans tarder. J’ai veillé un peu car Pascal m’avait écrit qu’il allait arriver dans la soirée mais le vent a érodé ma volonté de veille : je me suis dit que je serais plus au confort dans mon sac de couchage (d’autant qu’après l’arrêt de la marche le froid se faisait nettement plus sentir) et j’avais juste laissé ouverts les volets de ma tente affut en vue de regarder de temps en temps si je le voyais. Mais j’ai réalisé que le connaissant, il monterait sans doute sans frontale, qu’il poserait sans doute à son habitude son bivouac plus haut (arrivant de l’autre versant) et qu’enfin il risquait d’arriver franchement tard, étant parti de Valence vers 19h : je me suis donc endormi.

La nuit fut mauvaise comme souvent : bruits sourds de vibrations de musique techno dans quelque vallée à proximité, heureusement contrariés par les échos de chants nocturnes de chouettes de Tengmalm dans les parages, ainsi que les aboiements ponctuels de renards et de chevreuils. Un moment du reste je me demande si je n’ai pas entendu hurler un loup (le hurlement commençait de façon grave et rauque avant de monter fortement dans les aigus), mais ce fut assez bref. La nuit fut fraîche et la tente était complètement givrée au petit matin : même avec mon sac de 600g de duvet j’ai dû fermer toutes les collerettes et la capuche pour rester relativement confortable.

Pour éviter les mésaventures de l’année dernière où je n’avais pas entendu mon réveil, j’avais mis un double réveil (le smartphone et la montre) à 4h15 et heureusement car cette fois encore je n’ai pas entendu la montre (ou elle n’a pas sonné).

Départ assez rapide, en essayant de ne pas trop faire bouger la toile pour ne pas me prendre sur la tête les cristaux de givre qui avaient condensé puis gelé dans la tente. J’avais déjà posé la veille sur l’affut prévu mon trépied et la toile de camouflage, donc je n’avais plus qu’à prendre l’appareil et le duvet entouré du tapis de sol en guise de siège pour limiter l’inconfort.
Le parcours nocturne fut donc fait à nouveau sans Lune, mais heureusement je commençais à bien connaître la zone et mon affut était bien plus simple à trouver que l’année dernière donc j’étais en place peu après 4h30.
A 5h10 j’ai entendu un vol lourd derrière moi et j’ai vu un tétras qui volait en direction du cœur de l’arène, puis quelques instants après tous les coqs se sont mis à parader et chanter en même temps. Malgré la nuit encore noire et le vent froid, l’ambiance était comme toujours extraordinaire, un vrai plaisir d’être là. Au-delà du chant et de l’agitation des tétras, j’entendais toujours les chouettes de Tengmalm qui se répondaient, ainsi qu’un coucou.
La clarté est venue peu à peu et j’ai pu mieux comprendre l’arène : sur un bombement à ma gauche il y avait essentiellement trois coqs qui paradaient (dont un assez discret juste sur le bord de l’affut de l’année dernière) et sur la droite ils étaient trois (parfois quatre) à se partager la bande herbeuse. Le dominant sans doute restait plutôt dans la zone centrale et venait régulièrement chercher des noises à tous les jeunots aux alentours.
Je n’avais pas de grandes attentes côté photo car il n’y a guère que deux postes d’observation possibles sur cette arène : celui de l’année dernière en plein cœur de l’arène avec les coqs les plus proches qui déambulent à une poignée de mètres mais avec l’inconvénient d’être très inconfortable et d’avoir un point de vue très limité sur la zone, et celui où je me suis mis ce matin qui offrait au contraire une vue de l’ensemble de l’arène (en étant à plus de cinquante mètres et en étant en contrebas) mais en contrepartie qui donnait forcément des photos sans grand intérêt (trop loin puis en contre jour total une fois le soleil levé). J’avais pu faire de belles photos l’année dernière donc j’avais surtout envie pour cette fois de voir et comprendre l’ensemble de l’arène, plus que de refaire les mêmes photos que l’année dernière : raison pour laquelle je me suis mis à cet endroit.

Entre huit et neuf heures les coqs (dont la parade se faisait plus discrète et moins engagée depuis le lever de soleil) se sont dispersés soudainement et je n’ai pas tardé à en comprendre la raison en entendant des voix humaines de randonneurs qui passaient dans les parages.

J’ai patienté encore un peu puis au bout d’un moment j’ai fini par lever mon affut et je suis retourné à ma tente pour grignoter un petit déjeuner. Je pensais que Pascal était toujours dans l’affut au cœur de l’arène et je regardais quand il allait sortir quand il est arrivé derrière moi : finalement il ne s’était pas réveillé assez tôt ce matin et il s’était contenté de regarder la scène du haut. Nous avons discuté un moment avant de faire une petite sieste pour se réchauffer au soleil. Je me suis bien endormi, et une fois réveillé j’ai rangé mes affaires pour aller le retrouver sur les hauteurs. Il bouquinait et nous avons discuté un moment des sujets en cours (balades, animaux, Vercors et bouquins : nous étions justement en pleine lecture de livres surprenants : Ulysse de James Joyce pour Pascal et le Roi des aulnes de Michel Tournier pour moi...) avant de déjeuner au soleil.

Enfin le temps passait et j’ai entamé mon retour vers le pas de l’Aiguille, en passant dans des zones perdues comme j’aime.

J’ai fait une dernière petite pause en arrivant au pas de l’Aiguille, où j’ai vu au débouché du Pas un troupeau de bouquetins, suivis par un troupeau de promeneurs : la scène aurait pu être coquasse ! Enfin j’ai entamé la descente, et en passant près des bouquetins j’ai vu qu’ils passaient à leur pelage estival ce qui expliquait leur longue séance de grattage : avec les cornes, dans les arbres ou contre le sol...

Enfin le retour à Lyon fut sans histoires...

Dernière modification : 23 mai 2016

Photos « Vire du Rocher des Heures »

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