Tête de Garnesier (2367m) par les vires de la face nord-ouest Sortie du 19 juillet 2016

Sortie réalisée le 19 juillet 2016.

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Qui peut penser qu'un itinéraire aussi audacieux se dissimule dans cette grande face au beau milieu d'immenses parois ? Le système de vires se faufilant entre ces dernières révèle un cheminement hors norme pour atteindre le sommet de la Tête de Garnesier, la plus méridionale des aiguilles de la Jarjatte.

Conditions météo

Beau temps.

Récit de la sortie

Cela faisait un bout de temps que je surveillais l’évolution du névé sur la vire supérieure, il a fallu attendre début juillet pour qu’il fonde. Mi-juillet, je ne suis pas gâté lors de mes premiers congés de ma reprise du boulot pour l’été. Il me faut reporter la sortie.

Une semaine plus tard, je finis une journée de travail vers 13h30, je décide de me lancer pour les vires. Les conditions sont idéales, il fait grand soleil depuis quelques jours, quelques cumulus en cours d’après-midi qui se dissipent avant la soirée, tout comme aujourd’hui.

Je prépare mes affaires et décolle pour les pistes de la Jarjatte. Je me gare en bas du départ du téléski et enquille la montée par la piste qui me mènera directement en haut du domaine.

Je monte rapidement et rejoins peu après la piste forestière, je passe sous les énormes falaises du Roc de Garnesier, toujours aussi intimidant. Après le ravin franchi à la fin de la piste, je m’élève vers la crête bordant le vallon de Corps. Ce dernier se redécouvre avec une pelouse verdoyante.

Je continue vers le col en observant à tour de rôle le Roc et la Tête de Garnesier. Je prends bien en note la voie d’ascension par le versant ouest et l’arête nord du Roc, j’en rêve, encore et toujours ! Je visualise mon itinéraire sur les vires de la Tête, j’appréhende un peu le passage éboulé. D’ailleurs, cela est bien remarquable avec la différence de couleurs de la paroi et les gros rochers plantés dans le pierrier.

J’atteins finalement le col de Corps en 1h45, je prends une pause, de toutes façons, j’ai du temps devant moi, du moment que je sois au sommet de Chamousset avant le coucher du soleil...

Et puis, dans l’impatience de vivre cette aventure hors norme, j’écourte ma halte et me remets en route. Je remonte en direction de la paroi, je franchis le dévers marneux et me rapproche de plus en plus du départ de la première vire. Une trace se révèle sur celle-ci. L’à-pic que l’on colle est très impressionnant. La vire est étonnamment large mais je sais que c’est de courte durée...

J’arrive peu après en vue du passage équipé. Finalement, ce n’est pas si effrayant mais le cheminement est vivement exposé à cet endroit. Je descends les quelques mètres me séparant de la corde, je l’empoigne et franchis le passage aisément. La main courante se termine juste avant une corniche très étroite de deux, trois mètres. Moins rassurant sans la corde !

La vire s’élargit et la progression devient plus aisée. J’enchaîne la montée dans l’éboulis et débouche au premier belvédère. Le Roc, toujours présent, baigne dans une sauvagerie extrême, peu sont les prétendants à avoir foulé sa cime... Les strates calcaires de la Tête sont remarquablement fines. Les couches sont de la période sénonienne, une période qui a du être calme en vue de leur régularité.

J’arrive aux gradins menant à la vire médiane, je les grimpe au plus direct et change de versant. Je finis par surplomber le ressaut rocheux. La désescalade se révèle facile et je prends pieds dans le couloir de contournement. Je remarque le "rocher caractéristique" de Michel, je remonte avec ce dernier comme ligne de mire.

Le ressaut du couloir se présente, il me demande une bonne attention et une progression lente. En gardant toujours trois points d’appuis, j’escalade le petit mur et débouche dans de raides gradins herbeux. J’opère un contournement quand les pentes se font moins raides et trouve le départ de la vire supérieure.

Un pierrier dans un raide couloir descendant permet d’y prendre pied. En temps normal, je me serais élancé en courant en ramasse, mais là avec une énorme barre rocheuse à contrebas, ce n’est pas la même histoire ! Je descends donc tranquillement en longeant la paroi. J’arrive à l’emplacement de l’ancien névé, et effectivement le dévers est très fort à cet endroit...

Je franchis les pentes et parviens à un espace de pelouse totalement inattendu... Hélianthèmes, myosotis... Imaginer ce décor sur fond de la pointe aiguisée du sommet du Roc, complètement improbable !

La traversée jusqu’à l’éperon supérieur se déroule dans des marnes et des éboulis peu commodes. Puis, c’est encore une belle pelouse et une vue spectaculaire sur le Roc... Que de belles surprises !

Le final vers le sommet se dévoile... De très raides gradins qui paraissent insurmontable ! Puis, en s’approchant, ils se révèlent moins raides et tout de même accessibles. Je sors le piolet, mieux vaut bien s’assurer ! Les quelques mottes d’herbes permettent un bon ancrage. La vue arrière est vertigineuse... Plus haut, je ne vois même plus le début de la pente... Puis j’arrive au ressaut de la partie finale, un petit mur muni de fines marches. L’escalade reste facile mais avec les raides gradins en dessous, le passage est gazeux au possible...

Soulagement et joie se mélangent à l’arrivée au sommet, la concentration retombe et laisse place à un grand sentiment de plénitude et à un fort état contemplatif. Je réalise à peine d’avoir effectuer un de mes plus beaux itinéraires d’aventure... Un itinéraire magistral... Majestueux...

Je marque un bon arrêt au sommet de la Tête de Garnesier, c’est d’ailleurs la quatrième fois que je l’atteins. Le temps est au beau fixe, les cumulus se dissipent légèrement.

Vers 18h00, j’entame la descente par le versant sud, je louvoie parmi les barres rocheuses et les pentes fortes. Je tombe sur un gros cairn en surplomb de la barre clé à descendre pour rejoindre le pas de l’Âne. En avril dernier lorsqu’on nous avions franchi ce même versant, des névés nous avaient obligé à contourner plus bas et nous avions trouvé un autre passage de désescalade. Ce passage indiqué par le cairn est très raide et permet d’atteindre une étroite vire, que j’avais déjà exploré en aller-retour auparavant. Sur un ou deux mètres, il faut coller à plat ventre la paroi... Puis, la sortie est superbe avec ce petit muret qui sécurise la fin de la vire.

Voilà, je n’ai plus qu’à rejoindre le pas de l’Âne dorénavant tout proche. Il marque pour de bon la fin des difficultés. La crête de Chamousset, je la connais bien, je l’ai déjà parcouru deux fois.

Il est 19h00, il me reste deux heures avant le coucher du soleil, je suis large au niveau de l’horaire. Je parcours donc tranquillement cette belle crête donnant des vues époustouflantes sur les aiguilles de la Jarjatte et la grande barrière dévoluarde.

J’arrive vers 20h au sommet de Chamousset, je croise un groupe de randonneurs qui prépare un bivouac, nous discutons ensemble sur mon aventure, leur montée au départ de la Jarjatte par le versant nord à proximité de Petit Chamousset, du massif du Dévoluy, etc...

Puis, je les quitte, le soleil commence à flirter avec l’horizon, je me pose un peu à l’antécime avant de continuer à crête vers Grand Chamousset. Le ciel s’est dégagé de tout nuages et les sommets commencent peu à peu à s’embraser...

Lorsque le soleil disparaît au loin, derrière la montagne du Jocou, j’entame la descente sous Grand Chamousset par la magnifique pinède. Le sentier et le balisage sont discrets, tant mieux, ça rend l’endroit sauvage et un peu paumatoire. L’ambiance crépusculaire est d’autant plus resplendissante.

Je rejoins la cabane de Roc Rimat, et finis cette belle escapade par la piste menant au Trabuëch où j’arrive avec la nuit sous un splendide ciel étoilé... Il est 22h30, fin de l’histoire ! Vivement la prochaine aventure !

Dernière modification : 30 juillet 2016