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rando13751

Auteurs : Dyn’s , Mick1018
Source : https://www.altituderando.com/rando13751

Voici l'ascension du Pic Pierroux par l'un des itinéraires les plus insolites du Dévoluy, voire même des Alpes : la traversée du pas de l'Arche, un passage improbable dans la face nord-est du Faraut, alternant ressauts escarpés et balcons herbeux, suivi d'un raide couloir rocheux étriqué ; enchaînée avec la grande vire du Pierroux, LA vire de tous les superlatifs... Deux kilomètres au bord du vide sur une étroite corniche s'insinuant au beau milieu d'une immense paroi... Incroyablement vertigineux...

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Itinéraire

Le récit de Mick1018

Nous retrouvons Arnaud vers 7h45 pour une journée qui s’annonce dure mentalement. Les impressions de chacun au départ, c’est un poil de stress. Chacun s’est fait le "film" de l’itinéraire que l’on s’apprête à faire. Mais par expérience, c’est toujours plus facile une fois dans les hostilités.

L’approche laisse le temps de s’échauffer, nous parvenons au pied de l’ascension du Pas de l’Arche sans difficultés. Puis l’itinéraire se fait principalement à vue bien que les croquis vus en préparation ont beaucoup aidé.

Nous passons le pas le plus compliqué rapidement. Nous sommes même étonnés de tomber sur le piton aussi vite. La deuxième vire gagnée, l’impressionnant couloir n’est qu’à quelques foulées.

Le couloir du Pas de l’Arche impressionne par sa longueur et son étroiture mais rien n’est difficile. Seul le raide final sur terre nécessite plus d’effort.

La vue du Pas de l’Arche est magnifique. La première partie de notre journée s’est très bien passée et nous sommes déjà moins stressés. Nous en profitons pour bien repérer le départ de la vire et se faire encore quelques films...

C’est parti pour la traversée. Quelle est longue... Mais spectaculaire ! Une ambiance très aérienne mais encore une fois nous sommes tous surpris, ça passe plutôt bien finalement.

Un passage terreux en dévers n’impressionne pas forcément de loin mais une fois dessus c’est autre chose. Peu de bonnes prises mains sur la paroi et les pieds ne tiennent que par miracle. Je conseille aux suivants de prendre le temps de tailler une trace avec la panne du piolet.

La difficulté majeure étant passée, l’ambiance est assez sereine mais la vire est longue et monte. Les jambes commencent à fatiguer mais l’adrénaline et l’excitation donnent des coups de fouets aux batteries.

Lorsque je sors de la vire avec mes compagnons, je sais que nous venons de faire quelque chose de grandiose. Mais je tiens à toucher le cairn du Pierroux avant de passer aux "félicitations".

Arnaud qui connait déjà l’itinéraire final passe en tête, et Marine et moi, nous nous laissons confortablement guider.

La crête finale est assez large mais il y a une ambiance très aérienne. Finir l’ascension sur une telle note contribue au plaisir de tout le circuit.

Voilà c’est fait ! Un petit rêve devenu réalité. Le "film" que je m’étais fait de cette ascension était sur-joué. J’ai pris bien plus de plaisir que de stress et c’est une bonne chose.

La descente plonge littéralement. J’ai l’impression de voler vers la vallée en contre-bas.

Marine et moi prenons l’itinéraire de descente plus difficile ("Entre les Pas") mais plus direct tandis qu’Arnaud prend le plus long et le moins pentu. Ce sera l’occasion de partager nos impressions des variantes une fois le parking retrouvé.

Une pinte bien méritée nous attend avant d’écrire le lendemain une nouvelle page d’une sortie insolite tous les trois.

Le récit de Dyn’s

La vire du Pierroux... Toute une histoire...

J’ai pris connaissance de cette fameuse vire en 2015 dans un ouvrage de Pascal Sombardier : Vertiges d’en Haut, que je venais tout juste de me procurer lors de mon débarquement à la Jarjatte. Peut-être l’un des derniers disponibles... Dorénavant plus réédité, il se révèle une perle rare ! La demande a largement dépassé l’offre, et il se trouve à des prix complètement dérisoires sur la toile...

Fin juin de la même année, j’ai entrepris l’ascension du Pic Pierroux par son versant nord et sa traversée jusqu’au replat marquant le départ de la vire. Je n’avais pas osé lancer plus loin l’exploration...

Septembre 2016, le topo tombait sur Altituderando, Michel revenait d’une dantesque traversée... L’attrait pour cet itinéraire hors-norme ne faisait que grandir dans mon esprit... Régulièrement envisagé, en 2017, puis en 2018, je n’oserais toujours pas m’y lancer seul... Trop dur mentalement...

Octobre 2018, j’ai fait connaissance de l’intrépide Rémi (bibox) après quelques commentaires échangés sur notre site préféré. Nous partageons les mêmes envies montagnardes dont, bien évidemment, cette vire du Pierroux. À deux, ce sera plus facile psychologiquement parlant. Nous la programmâmes pour l’été suivant. Entre-temps, il sortit les fulgurantes vires des Sultanes et du Grand Couloir dans le Vercors, qui n’ont rien à envier à celle du Dévoluy.

Été 2019, Mick et Marine collectionnent les sombarderies depuis quelques mois. Séduits également par le Ruban Long, l’autre surnom de la grande vire du Pierroux, ils l’envisagent sérieusement. Nous trouvons, tous les quatre, un créneau commun mi-juillet. Rémi doit annuler au dernier moment... Nous partirons finalement qu’à trois.

22 juillet, grand jour-J, nous nous rejoignons à Monestier-d’Ambel en début de matinée, l’estomac légèrement noué par l’idée de s’engager dans l’un des itinéraires les plus fous du massif... Nous verrons bien une fois le nez devant les premières difficultés. Nous remontons vigoureusement le chemin forestier jusqu’au col des Autruguets. L’ineffable cheminement dans le relief complexe du Faraut fait maintenant face...

L’itinéraire de Sombardier évoquant un grand contournement du pic de Chauvet, je propose le passage direct par la crête de l’Aup, comme sur le topo de Michel. Nous quittons le sentier et poursuivons hors trace. Les premiers mètres sont garnies d’une végétation haute et piquante... À cet instant, Marine, en short, doit me détester ! Puis, nous sortons sur les pelouses face aux premières barres rocheuses que nous longeons par un dévers herbeux pentu et moyennement confortable.

Nous arrivons au pied des premières pentes du pas de l’Arche. On s’équipe et c’est parti ! C’est bien raide mais ça passe plutôt bien. La première grande vire est rejointe sans encombres. Nous trouvons les ressauts de transition aussi facilement. Le topo, on le connaît par cœur ! Sur le terrain, il faut suivre les gradins terreux marqués par le cheminement ancestral des chamois. Le passage délicat équipé en question du topo de Sombardier passe étonnamment bien. La deuxième vire est vite atteinte. Le couloir dérobé se confirme.

Autant ludique qu’austère à souhait, sa remontée est dantesque. Des strates sont portées à la verticale. Merci à la collision des plaques tectoniques d’avoir engendré la surrection de ce magnifique terrain d’aventure ! Le final se déroule sur une rampe particulièrement effritée, les derniers mètres sont bien raidasses, un bon 50 ! La main courante est la bienvenue !

Nous débouchons au pas de l’Arche, sur un éperon entre ciel et terre, époustouflés par la sauvagerie des lieux. Devant nous, dans l’immense paroi, s’insinue la grande vire tant attendue, tant rêvée...

Une raide descente herbeuse nous glisse jusqu’à des pentes déversantes et larges. C’est de courte durée, mais c’est pour ça qu’on est là ! Ça devient très vite aérien... La trace aussi improbable que salvatrice est bien marquée. Je mène la marche jusqu’à un passage terreux en dévers particulièrement exposé, voire même dangereux. J’y vas-t’y, j’y vas-t’y pas ! Un pas en avant, je teste le terrain, sablonneux, excessivement glissant... Deux pas en arrière... Je ne le sens pas du premier coup... Mick se lance, et passe, suivi de Marine. Ce coup-ci, j’y vais. J’assure tant bien que mal mes pas dans la terre, accrochant par le bout des doigts les aspérités de la roche, même pas de prises franches. Je me jette à quatre pattes sur la fin... Sueurs froides, je viens de me faire une petite frayeur... Je respire un bon coup, une chose est sûre à cet instant, je viens de passer le plus dur !

La suite est incroyablement vertigineuse, la vire étroite tutoie le vide comme jamais... Mais, la trace est là, la trace soulage... Puis, on apprivoise ce vide omniprésent, On se permet même de regarder en bas les pentes que l’on domine de plusieurs centaines de mètres. On s’habitue à l’environnement. Serions-nous devenus des chamois...? Nous cheminons, tout à fait sereinement, sur ce fil entre l’abysse et l’implacable mur de la falaise. Ce sera notre monde pendant un court instant de notre vie où le temps semble s’être arrêté...

La dernière partie remonte quelques raidillons plus larges. Marine et Mick, devant moi, rejoignent le replat herbeux marquant la fin de la vire. Celui-ci où j’avais mis les pieds il y a plus de quatre ans... Je fais mes derniers pas sur la vire, l’émotion est à son comble, j’ai les paupières imbibées derrière les lunettes de soleil... Ça y est, c’est fait !

Nous enchaînons vers le sommet du Pierroux. Une tape dans les mains, c’est joué ! Quel moment intense que nous venons de vivre... La pause est bien méritée !

La descente s’exécute machinalement par la régulière crête du Pierroux puis par les alpages jusqu’au col de l’Aup. Mick et Marine tentent finalement le sentier d’Entre les Pas, décrit comme dangereux, ravagé, escarpé, effondré... J’ai eu ma dose, je rentre par le sentier classique et la piste forestière. Je retrouve mes compères se rafraîchissant à la fontaine dans le hameau. La trempette des pieds est revigorante. Allez, à la binouse !

Dédicace toute spéciale pour Rémi, tu la feras un jour, sois-en sûr !

Vidéo

Avertissement : En montagne, chacun est responsable de sa sécurité. Les randonnées se font par conséquent sous votre propre responsabilité. L'auteur de ce topo, le site duquel il est issu ainsi que leurs différents contributeurs ne peuvent pas garantir l’exactitude ni l'exhaustivité des indications qui y sont contenues. Ces renseignements ne peuvent en aucun cas engager leurs responsabilités de quelque manière que ce soit. [Voir : www.altituderando.com/Avertissements]