Séjour au Glen Nevis (Ecosse)- Ben Nevis (1344m) Sortie du 28 avril 2013

Sortie réalisée le 28 avril 2013.

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À pied à travers les Highlands !

Conditions météo

Écossaise... (un peu de soleil, une touche de tempête et des seaux de pluie...)

Récit de la sortie

À travers les Highlands.

Depuis la traversée des Alpes en 2011, notre envie de partir n’a jamais été aussi forte. La lassitude du quotidien, l’arrivée des beaux jours et le besoin de faire une pause sont les ingrédients qui accompagnent notre départ vers les hautes terres d’Écosse. Toujours pas de « grandes » à l’horizon mais 8 jours suffiront bien pour renouer contact avec la marche et la nature.
Nous profitons des jours fériés du mois de Mai pour organiser notre voyage. Le départ est prévu le 28 avril 2013.

Pour en savoir plus sur le périple (carte, photo, film...) rendez-vous sur : http://www.viaterra.fr/?page_id=1361

Lundi 29 Avril 2013

Se rendre dans les Higlands n’est pas de tout repos. Après un train, le RER, 2 avions, (une nuit à l’hôtel) et à nouveau 2 trains… !!! Il est 12h30 (heure locale) le lundi 29/04/2013 et nous voici enfin arrivé à Achnasheen, minuscule gare au nord–ouest d’Inverness. L’objectif est simple depuis Achnasheen, c’est plein sud, direction Fort William.

Cette matinée de train entre Glasgow et Achnasheen nous a permis de découvrir progressivement les paysages qui vont rythmer notre semaine. En parlant de rythme, le climat n’est pas non plus sans talent… En effet c’est au rythme des 4 saisons que nous avons rejoint notre point de départ…
Nous profitons du dernier abri que nous offre le cabanon de la gare pour prendre notre repas de midi agrémenté de quelques pains subtilement « empruntés » à l’hôtel grâce au savoir-faire sans faille de Rudi…
Dès les premiers pas le soleil Écossais (ou la pluie…) se joint à nous. Nous découvrons rapidement que les chemins, même s’ils sont matérialisés sur la carte, sont en réalité très peu visibles sur le terrain. De toute façon, nous nous étions préparés à ça. Nous découvrons également que l’eau est la maîtresse des lieux. En effet à chaque pas nos pieds s’enfoncent jusqu’à la cheville et il faut jouer avec les touffes d’herbes émergées pour limiter la baignade. On comprend rapidement pourquoi les midges pullulent en plein été, on marche sur une éponge géante !!

Nous prenons donc la direction du Loch Beannacharain, premier point de passage significatif de notre journée. Malgré la pluie et le vent qui nous accompagnent depuis le départ, nous prenons plaisir à marcher au milieu de ces grands espaces. Rapidement les souvenirs des précédentes aventures refont surface et c’est sur quelques délires que nous arrivons sur les rives du lac. Nous avions envisagé de passer par un col pour couper quelque peu le chemin, mais en cette fin avril la neige est encore très présente à partir de 700 m. Et compte tenu du vent soutenu nous optons pour la solution la plus sage qui est de contourner la montagne.

Nous manquons de peu de devoir traverser à gué notre première rivière au niveau de Inverchoran, mais grâce à « l’amabilité exemplaire » du propriétaire de la ferme, l’autorisation de traverser sa propriété nous est donnée après 10 min à chercher un passage non dangereux pour passer le torrent.
Nous remontons ensuite le fond de vallée en quête d’un endroit où planter notre tente. Et contrairement à ce que nous pensions la tâche est beaucoup plus dure que prévue… L’eau est présente partout et le terrain est loin d’être plat. C’est une alternance de grosses touffes d’herbes et de cailloux qui nous est proposée. On mettra une bonne demi-heure avant de trouver un emplacement à peu près convenable au bord de la rivière. Nous avons juste le temps de monter la tente sous de grosses rafales avant que la pluie et la grêle ne fassent leur apparition. Au menu, ce sera donc pâtes crues et 2 barres de chocolat pour le moral !!! On s’endort bien fatigués de cette première journée qui se concluera par une nuit glaciale.

Mardi

Après le froid de la nuit une surprise nous attend au réveil… Il fait beau !!!!!!! Attention, pas chaud, mais beau !!! Ici bizarrement le soleil ne chauffe pas vraiment… Il est là et c’est déjà bien. Il ne faut pas être trop exigeant…
Le petit déjeuner est vite avalé et nous prenons rapidement la direction de notre premier col « sans nom ». Qui dit pas de nom dit pas de chemin pour y aller mais nous nous en sortons plutôt bien, d’autant plus que les Écossaises n’ont rien à envier à nos IGN.
Un superbe paysage nous attend à l’arrivée au col, des grands espaces à perte de vue et la neige qui vient sublimer les sommets alentour. On contemple le paysage bercé par le vent et illuminé par le loch na Caoidhe (il est beaucoup plus beau que le nom…).

Nous profitons du soleil sur les rives du lac pour faire quelques photos, ne sachant pas si celui-ci va rester en notre compagnie très longtemps… C’est grisant de marcher seul en dehors de tout sentier. On trace notre propre route, rien ne nous dirige, nous sommes libres de marcher où bon nous semble. La « légère » contrepartie, c’est qu’on évolue quand même beaucoup moins vite au milieu des marécages, de la boue et des micro dénivelés dessinés par le terrain… Mais ce n’est que du détail.
Nous rejoignons pour midi le Loch Monar, où l’on se met à l’abri du vent qui ne s’est pas arrêté depuis notre départ. Malheureusement le temps commence à se couvrir un peu et au loin nous apercevons déjà la pluie qui arrive. On repart pour une après-midi qui s’annonce intéressante… En effet nous avons prévu de passer un col qui se trouve encore sûrement recouvert de neige.
Nos suppositions se confirment : au loin la neige est encore bien présente sur le Sgurr na Lapaich ; malgré tout le soleil refait son apparition et nous redonne du courage. Toujours pas de sentiers à l’horizon, on attaque donc de front !! L’ascension est longue et le final se déroule dans 40 cm de neige. Bien que les altitudes ne soient pas très importantes au regard des Alpes, l’ambiance haute montagne est au rendez-vous.

La fatigue commence à se faire vraiment sentir et la descente ne fait que commencer. Après 2h on arrive à proximité d’une ruine où l’on tente tant bien que mal de se protéger du vent. Malgré tout nous arrivons à nous concocter un vrai repas chaud ! Ce soir c’est grand luxe !

Mercredi

La nuit fut « sportive » : le vent n’a pas faibli mais nous a fait l’offrande de changer régulièrement de côté, histoire que l’orientation « optimisée » de la veille, ne serve strictement à rien… Nous avons également découvert que nos tentes ont la capacité de rétrécir toutes seules en plein milieu de la nuit !! De tente 2 places nous sommes passés à une tente 0,5 places…
Un petit déjeuner express et nous repartons toujours sous un vent soutenu qui s’est lié d’amitié avec la pluie. L’objectif de la matinée est de franchir un nouveau col inconnu qui risque à nouveau de se retrouver sous la neige.
Durant quelques kilomètres nous prenons la route qui mène au Loch Sealbranach. Puis direction plein sud où nous remontons le long d’une gorge en longeant une des nombreuses clôtures qui parsèment les Highlands. L’ascension est éprouvante, la pluie ne s’arrête pas et l’absence de chemin nous oblige à patauger dans la boue jusqu’aux chevilles, la pente est très raide, nous avons l’impression de monter un escalier collant avec des marches toute plus inégales les unes que les autres.

Compte tenu des conditions aquatiques que nous avions difficilement évalués avant de partir, nous remercions en chantant nos chaussettes étanches. (Pour être franc les chaussettes étanches limitent juste l’effet « baignade » dans les chaussures mais ça n’est pas non plus la folie.)
Une fois sortis de la gorge c’est à la boussole que nous nous orientons sur un grand plateau que nous venons de rejoindre. Nous poursuivons notre route en dents de scie, effectuant des micro dénivelés à quasiment chaque pas, nos pieds s’enfonçant dans le terrain très gras, boueux… spongieux. Effort épuisant qui a eu pour effet bénéfique de muscler notre cœur et de réchauffer notre température intérieure : deux éléments non négligeables lorsque la pluie et le vent froid se sont liés d’amitié pour vous en faire baver, et lorsqu’il vous reste encore un long parcours.
Au loin la prochaine averse s’annonce déjà et c’est sous la grêle que nous redescendons en direction du Loch Beinn a’Mheadhoin où nous prenons une pause bien méritée. Nous longeons la route pendant un bon moment avant de rejoindre une aire de pique-nique où quelques touristes se sont arrêtés pour midi. Nous faisons de même et le soleil vient même assaisonner notre repas.

L’après-midi se déroule paisiblement sous un ciel de plus en plus bleu qui nous porte jusqu’à la rivière Allt Rjaphach où nous cherchons un endroit où passer la nuit. Nous discutons tranquillement de la fraîcheur certaine de la rivière quand soudain Rudi décide d’aller se baigner tout habillé et bien évidemment sac sur le dos… sûrement parce qu’il jugeait la chaleur trop importante… Résultat de l’activité baignade de Rudi : une soirée en caleçon par 5 degrés… C’est vrai qu’il faut être connaisseur… Mais Rudi fait partie de ces hommes qui aiment les expériences « marquantes », qui plus est si elles sont « vivifiantes… » ;-). Malgré le petit intermède aquatique de Rudi, cette soirée restera comme le plus beau bivouac du trek.

Jeudi

La nuit a été glaciale et une petite surprise nous attend. Les chaussures sont couvertes de glace !! Impossible de serrer les lacets !! En effet, depuis que nous sommes partis, nos chaussures ne passent pas 5 min sans être plongées dans l’eau. L’ambiance est beaucoup trop humide pour qu’elles arrivent à sécher… du coup la glace n’a pas eu de mal à se faire une petite place... L’expérience de mettre le pied dans la glace au petit matin est assez « spéciale ».
Ce jour de la semaine fera office d’introduction à la fameuse douche écossaise. Le beau temps de la veille nous a quittés et c’est sous un ciel gris que nous partons vers une journée qui risque d’être monotone. En effet, une grosse partie de l’étape du jour est prévue le long de la route A 87. C’est la solution la plus directe si l’on veut pouvoir arriver à Fort William samedi avant midi.
On débute par une montée physique sur des terres lourdement crevassées qui n’offrent pas la possibilité d’avancer normalement.

Nous ne nous sommes pas trompés, la journée est passionnante à mourir… Après quelques heures à marcher le long de la route sous la pluie nous nous arrêtons pour manger à l’abri d’un sapin qui ne nous abrite pas du tout de la pluie… Après 30 min le froid nous a déjà regagnés et la seule chaleur disponible, c’est la marche qui nous l’offre, nous prenons donc naturellement la direction de la route.

L’après-midi est encore plus compliquée. Après avoir un peu cherché notre chemin au milieu d’une forêt partiellement dévastée par les bûcherons, nous commençons à nous poser quelques questions sur le dernier col à passer. En effet la pluie n’a toujours pas cessé, nous venons de franchir le Loch Garry et le col qui s’annonce est encore loin et sous d’épais nuages. La journée est déjà bien avancée et nous décidons donc de nous arrêter à proximité de Greenfield où un pré pas trop détrempé nous attend. Notre amie la pluie ayant décidé de s’inviter au dîner, la cuisson du repas est assez simple et très écologique… 0g de CO2 rejeté… 100 g de pâtes chinoises crues agrémentées de raisins secs, d’une touche d’amande, d’un soupçon de noisette et comme dessert d’un velouté de tablette de chocolat !!! Paul BOCUSE n’a qu’à bien se tenir...

Et pendant ce temps la pluie tombe. Tombe encore. Tombera toute la nuit. Et continuera à tomber ainsi jusqu’au… vendredi soir…

Vendredi

S’il y a un bien un jour de notre voyage en Écosse qui restera en mémoire, ce sera celui-là. Non pas grâce aux paysages sublimes que nous aurions pu voir, ni pour la douceur d’un climat chaud et enveloppant qu’il nous aurait été possible de rencontrer. Mais bien pour le caractère particulièrement éprouvant de cette journée.
Nous partons sous la pluie, dès le matin, et nous nous apercevons que les nuages n’ont pas bougé du sommet. Tant pis, nous nous engageons dans la forêt, nous traversons bois, rivières et chemins, pour finalement arriver au pied de la montagne. Mais, vu le temps et l’épais morceau de brouillard qui recouvre le sommet, nous décidons de réviser notre parcours et d’en faire le tour plutôt que de le gravir (ce qui nous vaut de nous perdre une ou deux fois – ou de jouer avec la boussole, préfère dire Nicolas ;-).
C’est à cet instant que notre journée prend tout son sens. Un seul sens d’ailleurs. Unique. Sans détour. Ce sera tout droit. Une longue et interminable route. Tracée à la règle sur la carte. Merveilleusement rectiligne. Assez pour ne pas en voir la fin.

Agrémentée de relent de pots d’échappements et de klaxons de poids lourds. Le côté positif c’est qu’il n’y a pas besoin de jouer avec la boussole quand c’est tout droit. Et c’est bien la seule raison qui nous pousse à nous engager sur cette voie. Nous nous arrêtons un court instant, une pause d’un quart d’heure, avec pour seul abri un arbre défraîchi. Il est midi. A défaut de soleil, en Écosse, c’est la pluie qui est au Zénith.
Il pleut encore, il pleut toujours, et nous repartons, pour rejoindre finalement le Caledonian Canal. Nous le remontons et nous nous engageons alors dans une marche épuisante le long du Loch Lochi (et vous pouvez croire que, plus que le Loch Ness, c’est ce lac-là qui pour nous restera célèbre).
Le long du chemin nous rencontrons des anglais, l’un d’eux nous lance :
– Vous allez où comme ça ?
– À Fort William.
Il fait une tête qui marque son étonnement :
– Vous voulez y être ce soir ?
– Oui, disons-nous.
– … OK… bonne chance… c’est tout droit, croit-il bon d’ajouter.

Alors nous repartons, et nous marchons. Un long moment, sous la pluie, et le Loch Lochi n’en finit pas, il semble interminable. Nous avançons à un rythme effréné, et à chaque fois que nous passons un virage nous espérons en voir le bout. Mais nous sommes un bon moment déçus avant que ça ne se produise enfin. Nous avons fait une quarantaine de kilomètres dans la journée, nous sommes éreintés, et Fort William est encore loin. Nous décidons de nous diriger vers un camping, en espérant que ce dernier, bien que visible sur la carte, n’ait pas disparu dans la réalité.

On dit souvent qu’il y a un Dieu quelque part. Eh bien, il faut croire que ce jeudi il devait se trouver dans un bar d’Écosse à boire un ou deux whiskies, et qu’il devait être encore assez sobre pour prêter attention à nos prières, car non seulement il y avait bien un camping, mais en plus il était ouvert. Habits, tentes, sacs de couchage, l’ensemble du contenu de nos sacs est trempé, mais nous retrouvons le sourire après une bonne douche chaude et un bon repas.

Samedi 04 Mai 2013

Courte journée de marche ce samedi. Nous rejoignons paisiblement Fort William en marchant le long du Caledonian canal. Il fait beau, le cœur se réchauffe, malgré de nombreuses courbatures et autres douleurs dans les genoux et les pieds. Nous arrivons finalement au pied du Ben Nevis, enrobé de nuages à son tour. Nous avions envisagé, au départ, de faire l’ascension comme un symbole de la fin de notre traversée, mais la dure et longue journée de la veille et la neige abondante nous dissuade de fouler son échine.

Nous ne restons pas longtemps, la pluie a fait son retour, nous courons nous réfugier dans la gare et aussitôt le billet acheté nous repartons direction Glasgow où bien au chaud, cette fois-ci, nous contemplons depuis notre wagon les paysages torturés des Highlands.
Nous prenons quelques heures pour visiter Glasgow et boire symboliquement 1 verre de whisky dans un des nombreux pubs de la ville. Puis c’est la direction de l’hôtel que nous prenons où nous nous reposons de cette semaine sur les Hautes Terres.
Le lendemain nous repartons pour la France, le cœur encore trempé de pluie d’Écosse, et l’esprit encore marqué par cette belle et dure leçon qu’elle nous a donné.

Dernière modification : 17 juillet 2013

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