Introduction à la flore de montagne

A bien des égards, la montagne représente un milieu a priori peu favorable au développement de la végétation, en raison notamment des rudes conditions climatiques qui y règnent. De multiples adaptations lui ont cependant permis, au cours du temps, d’en coloniser les moindres recoins. La flore de montagne, à l’instar de la faune, demeure néanmoins fragile et des dispositions diverses ont été prises pour en assurer la protection. De toute évidence, il s’agit d’un sujet trop vaste pour en proposer une description approfondie. Aussi, les quelques aspects abordés sont à considérer comme une première approche n’ayant d’autre objectif que d’en dessiner les contours.

1. Étages de végétation et adaptations au climat

Outre des adaptations spécifiques, la flore de montagne présente d’importants contrastes à mesure que l’on gagne les altitudes supérieures. La végétation se répartit en effet en une succession d’étages dont les limites varient, notamment selon l’exposition. Ainsi, on parlera habituellement d’Ubac et d’Adret pour désigner, respectivement, les versants à l’ombre ou exposés au soleil. Au sein cet étagement, on distingue les transitions suivantes :

Forêts, landes et rochers aux étages montagnard, subalpin et alpin

  • A l’étage collinéen qui, jusqu’à 800 m environ, correspond à la zone où se développent les forêts d’arbres à feuilles caduques et la plupart des agroécosystèmes, succède l’étage montagnard situé en deçà de 1500 m environ, il est occupé par les forêts de hêtres et de résineux ainsi que par les prairies issues des activités humaines.
  • Viennent ensuite, l’étage subalpin jusqu’à 2200 m et l’étage alpin jusqu’à 3000 m environ. Le premier atteint la limite supérieure des forêts constituées de résineux et est également occupé par les landes où se développent des arbustes de taille réduite. Le second représente le domaine des pelouses alpines et des rochers colonisés par une végétation spécialisée.
  • Enfin, l’étage nival correspond aux altitudes les plus élevées. Même si on y rencontre quelques rares plantes à fleurs, la végétation est dominée par les mousses et les lichens, qui sont des champignons vivant en association avec des microorganismes photosynthétiques.

Xanthorie élégante, Cétraire des neiges & Rhizocarpe géographique

Par ailleurs, de multiples caractères adaptatifs permettent aux plantes de résister aux variations parfois importantes des facteurs climatiques, en particulier la température, l’ensoleillement, le vent et l’humidité. On peut ainsi observer :

  • Un mode de reproduction végétative, par exemple à l’aide de stolons, qui permet de contrebalancer une saison raccourcie.
  • la présence de pigments vifs qui favorisent la pollinisation et permettent de lutter contre les rayonnements ultraviolets.
  • Un port particulier ou une réduction de la taille et de la surface des feuilles pour limiter l’exposition au vent.
  • Le développement de la pilosité et la présence de cire visant à réduire les pertes d’eau par évapotranspiration.

Epervière velue, Silène acaule & Gentiane de Koch

2. Classification, identification et propriétés médicinales

Les vertus médicinales des plantes ont, de tout temps, été mises à profit par l’Homme et nombre d’entre elles sont encore exploitées de nos jours en phytothérapie ou en aromathérapie. La classification des espèces végétales est cependant relativement récente puisqu’elle repose sur la nomenclature binominale établie par Linné au XVIIIe siècle. Comme son nom l’indique, elle comprend deux noms, tous deux exprimés en latin : à celui du genre est adjoint un qualificatif indiquant par exemple une origine géographique ou un caractère morphologique. Ainsi, la dénomation linéenne de la Carline (Carlina acaulis) souligne l’absence de tige fréquemment observée chez cette espèce. Même si une telle nomenclature peut paraître désuète, elle présente l’avantage d’éviter la confusion résultant de l’emploi de noms communs, voire restreints à une région donnée.

Carline acaule, Saxifrage à feuilles opposées & Sabot de Vénus

L’identification des plantes emblématiques ne pose ordinairement pas de problème, en raison principalement de leur couleur et de leur forme caractéristiques, Ainsi en est-il par exemple de l’Edelweiss (Leontopodium nivale) ou du Sabot de Vénus (Cypripedium calceolus). En revanche, la tâche peut devenir beaucoup plus ardue lorsqu’on est confronté à des espèces présentant une forte ressemblance et auxquelles on aura facilement tendance à attribuer le nom d’une seule d’entre elles. C’est le cas notamment de la Gentiane de Koch (Gentiana acaulis) qui peut être confondue avec la Gentiane alpestre (Gentiana alpina) ou la Gentiane à feuilles étroites (Gentiana angustifolia). Aussi, une identification rigoureuse nécessitera d’examiner avec attention, outre les fleurs, d’autres caractères comme la tige (hauteur approximative, présence de ramifications et de poils, …) et la feuille (degré de découpure, implantation sur la tige ou à sa base, …).

Marguerite des Alpes, Joubarbe toile-d’araignée & Piloselle

Enfin, en ce qui concerne les principes actifs contenus dans les plantes ou concentrés dans quelques-unes de leurs parties, ils sont de natures très diverses (phénols, alcaloïdes, …) et souvent puissants. Bénéfiques dans certains cas, ils peuvent néanmoins présenter une toxicité même à faible dose. Parmi les nombreux exemples de plantes médicinales, on peut citer :

  • La Gentiane jaune (Gentiana lutea) : outre le fait d’entrer dans la composition de diverses liqueurs, la plante exerce une effet bénéfique sur le système digestif et une action fébrifuge en cas d’infection.
  • L’Arnica des montagnes (Arnica montana) : présente dans les pelouses acides et pauvres, ses fleurs servent à la préparation de pommades utilisées dans le traîtement de divers traumatismes.
  • La Digitale pourpre (Digitalis purpurea) : en dépit d’une forte toxicité, les feuilles de cette plante qui affectionne les clairières contiennent des substances utilisées pour réguler la fonction cardiaque.

Gentiane jaune, Digitale pourpre & Arnica des montagnes

3. Origine, évolution et mesures de protection

La flore que l’on peut observer actuellement en montagne résulte des nombreuses fluctuations climatiques qui se sont succédées au cours des temps géologiques. On y retrouve donc à la fois des reliques des époques glaciaires, comme la Linnée boréale (Linnaea borealis) et des plantes originaires du pourtour méditerranéen ou même du continent asiatique, comme la Soldanelle des Alpes (Soldanella alpina).

Gentiane des neiges, Soldanelle des Alpes & Renouée vivipare

En effet, après le climat subtropical qui prévalut voici moins de 100 millions d’années puis le soulèvement des massifs montagneux, les périodes glaciaires qui se sont succédées ont détruit en partie la flore de montagne ou l’on repoussée vers de plus basses altitudes. Par la suite, c’est un processus inverse qui s’est opéré. Ces mouvements ont parfois confiné les plantes dans certaines régions, à l’origine de l’apparition d’une végétation dite endémique. C’est le cas, par exemple, de l’Iris des Pyrénées (Iris latifolia) ou de la Campanule du Mont Cenis (Campanula cenisia), endémique des Alpes. Le réchauffement climatique actuel risque de réduire davantage encore les aires de répartition de certaines fleurs adaptées aux altitudes les plus élevées, conduisant ainsi à leur possible disparition.

Centaurée à une fleur, Campanule du Mont Cenis & Epilobe de Fleischer

De nos jours, la flore de montagne bénéficie de diverses mesures de protection grâce aux structures mises en place au niveau national, régional ou local. On recense en effet sur le territoire 10 Parcs Nationaux, une cinquantaine de Parcs Naturels Régionaux et de nombreuses Réserves Naturelles Nationales. A cela s’ajoutent les sites Natura 2000 qui, à l’échelon européen, concernent une multitude de sites écologiques très variés. En outre, certaines espèces de la flore bénéficient de mesures de protection particulières. Ainsi, la cueillette de près de 500 plantes est strictement interdite sur l’ensemble du territoire et, pour d’autres, des mesures de protection ont été mises en place au niveau régional. C’est le cas, par exemple du Lis martagon (Lilium martagon) qui est protégé en Corse et du Nénuphar jaune (Nuphar lutea) dans la région Midi­Pyrénées. En revanche, la Gagée jaune (Gagea lutea) est protégée au niveau national. Il en est de même du Panicaut des Alpes ou Chardon bleu (Eryngium alpinum) qui, en raison de sa régression dans tout l’Arc alpin, jouit même d’une protection au niveau européen.

Lis martagon, Panicaut des Alpes & Nénuphar jaune

4. Le document qui récapitule tout !

Pour celles et ceux qui souhaitent se familiariser avec la flore des Alpes, un fichier regroupe 75 fleurs parmi les plus courantes, auxquelles se joignent quelques espèces emblématiques. Elles sont regroupées par couleurs pour en faciliter l’identification. Une planche supplémentaire présente un ensemble d’orchidées.

Téléchargez le Pdf récapitulatif que vous pourrez imprimer ou emmener en montagne sur votre smartphone

PDF - 1.5 Mo

5. En savoir plus

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