Le Taillon (3144m) en boucle par la Vire d’Escuzana et la Brèche de Roland

  • Difficulté Difficile
  • Dénivelé 1800m
  • Durée 2 jours
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Avertissements et Droits d'auteur

Grandiose boucle sur deux jours pour atteindre le Taillon en passant par les passages exceptionnels que sont la vire d'Escuzana, la Grotte de Casteret, le Pas des Isards et la Brèche de Roland. Possibilité d'augmenter encore les sensations fortes en empruntant l'impressionnante Vire des Fleurs, et en grimpant sur un 2e "3000" dans la même journée avec le Casque.

Accès

Se garer au Col des Tentes, au-dessus de Gavarnie (accès : Lourdes - Luz-Saint-Sauveur)

Itinéraire

  • Carte 1 : espagnole Alpina "Ordesa - Vignemale - Mt Perdido" 1:25000
  • Carte 2 : IGN TOP25 1748 OT Gavarnie
  • Lien IGN : Le Taillon - Brèche de Roland
  • Distance : environ 25km
  • Dénivelé : environ 1800m
  • Difficulté : plusieurs passages sont difficiles (cf. topo) et peuvent s’avérer insurmontables dans certaines conditions (météo, manque d’équipement, manque d’expérience montagnarde, de condition physique, vertige) ; certains tronçons décrits sont hors sentier ou sur des sentes très discrètes, nécessitant de savoir utiliser carte/boussole.
  • Equipement : selon les conditions et la saison, la quincaillerie non utilisée lors de notre sortie pourra s’avérer bien utile voire indispensable : piolet, crampons, casque, corde.
  • Bivouac : il y a de nombreuses grottes sur le parcours, abris extrêmement utiles en cas de temps orageux.

Jour 1 - Col des Tentes => Aguas Tuertas par la vire Escuzana

Départ du Col des Tentes (2208m). Prendre la piste goudronnée qui poursuit la route et arriver rapidement et facilement au Port de Boucharo (2270m). Laisser le sentier qui part vers l’est en traversée vers le refuge des Sarradets, ce sera le chemin du retour. Laisser aussi le GRT30 qui descend sur l’autre versant, mais prendre sud-ouest une petite sente, pas bien marquée au départ du col, qui demande quelques petits pas d’escalade facile avant de devenir bien débonnaire en traversée sous les Pics de Gabieto. On atteint alors un vallon que l’on remonte pour gagner "Forqueta de Gabieto" (2515m), marqué par une petite brèche spectaculaire. Vue sur la vire d’Escuzana, impressionnante.

Ne pas tenter de descendre plein sud mais passer à gauche (cairns) de la brèche et traverser dans la pente rocheuse. Le passage demande de l’attention, et de poser les mains de temps à autres, mais reste facile. On remonte alors un vallon exceptionnel pour le partage des couleurs en grès orangé et calcaire gris. Du fond du vallon, l’itinéraire pour gagner la vire d’Escuzana est évident et bien visible. L’emprunter. La vire est impressionnante, mais toujours assez large, son parcours est facile et magnifique. La vire se termine par une petite escalade, facile également.

De la sortie de la vire, repérer le col (Collado Mondarruego, 2729m) et le gagner à vue dans un pierrier bien stable. Quelques cairns mènent sur une sente. L’aller-retour au sommet du Mondarruego (2847m) vaut assurément le coup en cas de temps bien dégagé. Sinon, redescendre versant est. On suit d’abord une sente dans le pierrier qui se perd un peu en arrivant sur une zone de lapiaz. Parcourir avec prudence ce magnifique lapiaz et le contourner finalement par le sud pour gagner un superbe vallon où les isards semblent avoir établi leur camp.

Chercher le meilleur itinéraire pour descendre facilement de ce vallon perché, et gagner ensuite, vers le sud, le plan marécageux Aguas Tuertas (2325m), bordé de falaises formant quelques grottes bien utiles pour un bivouac orageux... Après avoir posé la tente, un aller-retour vers le sud en surplomb du canyon d’Ordesa s’impose. La butte perchée (Tozal del Mallo, 2255m) donne envie de lui rendre visite, à l’ouest. Et vers l’est, les falaises laissent entrevoir la "vire des fleurs", exceptionnelle, mais plus étroite que la vire d’Escuzana : ne s’y engager qu’en étant sûr de son pied, car la chute est ici fatale. Revenir au bivouac.

Jour 2 - Aguas Tuertas => Col des Tentes par la Brèche de Roland

Remonter les plateaux successifs qui nous amènent au nord au Collado de Salarons (2440m), marqué d’un immense cairn. La vue sur le Llanos de Salarons o de La Catuarta (un Espagnol dans le coin ?) sous les Gabieto et le Taillon est saisissante. Prendre plein est, à travers les lapiaz puis remonter, en sortie du "Llanos" vers le Cuello de Catuarta (vers 2550m). Et redescendre ensuite légèrement vers la Plana de Narciso (vers 2405m) en n’hésitant pas à traîner sur la droite, pour profiter pleinement de la vue sur le canyon d’Ordesa. Après avoir traversé la Plana de Narciso, remonter dans les schistes au Cuello de los Carabineros (2500m).

Prendre alors au nord, dré-dans-l’pentu puis sur une sente en lacets qui contourne par l’ouest un pic sans nom, qui abrite la Grotte de Casteret, que l’on atteint par quelques pas d’escalade très facile, mais que l’on quitte plus difficilement au nord, le long de la paroi, par une désescalade plus ardue sur de la roche glissante et mouillée. Remonter ensuite, plein nord, en cherchant son itinéraire parmi les blocs rocheux et les névés que l’on traverse avec prudence : zone calcaire où les trous voire les gouffres sont nombreux.

La Brèche de Roland (2807m) est bien visible depuis un moment, mais protégée par de raides éboulis. On les contourne en se dirigeant contre la paroi, jusqu’au Pas des Isards, le bien nommé ! Un chaîne en facilite, ou tout simplement en rend possible le passage pour les bipèdes. Ne surtout pas la lâcher ! Puis, passer entre la paroi et un imposant névé, avant de sortir sur une sente plus large et rassurante jusqu’à la Brèche, où le vent souffle !

Poser les sacs, et parcourir les 350m de dénivelé pour atteindre par un superbe parcours de crête le Taillon (3144m). Redescendre à la Brèche. La vue sur le Casque (3006m) est saisissante. Le Casque que l’on peut ajouter au parcours, une fois arrivé au Pas des Isards, on longe la falaise vers la droite plutôt que de remonter vers la Brèche de Roland (itinéraire non testé), et s’offrir deux "3000" sur la même journée.

Descendre de la Brèche vers le Refuge des Sarradets (vers 2650m). Beaucoup de monde. Le risque d’envoyer ou de recevoir de la caillasse est important, faire attention. Le reste du Glacier de la Brèche se franchit facilement, très emprunté. La prudence est toutefois de mise sur les 50 premiers mètres, où une glissade sur cette raide pente amènerait sur des rochers qui font mal rien que d’y penser.

Du Refuge, prendre à l’ouest le sentier qui ramène au Port de Boucharo. il traverse quelques névés exposés, puis une cascade, équipée d’une chaîne par forcément utile selon le débit, qui demande de l’attention pour la franchir. Ensuite, il n’y a plus qu’à terminer la boucle par une longue traversée presque plate jusqu’au Port de Boucharo, puis à reprendre la piste menant au Col des Tentes.

La sortie - le 2 et 3 août 2014

Robespierre avait confié la célébration de l’Etre Suprême (quelle idée) à David qui, raconte-t-on, confondait la grandeur et le grandiose, rendant cette Fête quelque peu ridicule. Les Pyrénées, elles, ne les confondent pas, elle les rend synonymes. Grand et grandiose.

Arrivée le vendredi soir à Gavarnie, sous l’orage de grêle qui a débuté à Lourdes. Hum ! Office du Tourisme... avis météo pour le week-end... averses orageuses... sommets pris... coups de tonnerre et rafales... ça s’annonce mal ! Le samedi matin, difficile d’être optimiste. Pourtant, après un petit-déjeuner chez l’épicier sympathique et néanmoins spécialiste international de l’utilisation de la chaux dans l’histoire (ça ne s’invente pas), un petit coin de ciel bleu apparaît. On tente ? Direction le Col des Tentes !

Arrivés là-haut, le temps laisse entrevoir une journée meilleure que celle annoncée, en effet. Allez ! En route ! Et c’est le cas de le dire, puisqu’on débute sur du goudron... Bon. Quelques minutes plus tard, nous voici au Port de Boucharo, où on s’amuse un peu à chercher la sente, quelques pierres dévalent ici et là. Sous les Gabieto, on entend : "Isards !"... Les premiers... La montée est tranquille jusqu’à la brèche de "Forqueta de Gabieto" où la vue sur la suite du parcours - la vire d’Escuzana - nous impressionne. Ça parait impossible, de passer là-dedans dans ces falaises... En avant...

Le parcours de cette vire restera dans les mémoires, et la brume qui vient accentue le côté irréel... Pique-nique au col au-dessus, dans la brume, on n’y voit rien ! La descente dans le pierrier se fait bien, jusqu’à une zone de lapiaz, calcaire taillé sculpté par l’eau, ludique à parcourir et à descendre côté sud, où nous trouvons un vallon fort sympathique. "Isards !" Ils s’enfuient... Nous descendons le vallon, nous rendant progressivement compte que les isards sont très nombreux, et manifestement chez eux. Très peu craintifs, ils s’éloignent, un peu, mais vaquent à leurs occupations. Nous marchons parmi eux ! Grand moment.

L’endroit semble parfait pour le bivouac, mais nous voulons aller voir le canyon d’Ordesa... Nous restons donc sur notre idée de bivouaquer à Aguas Tuertas. Riche idée ! A peine y arrivons-nous, que la pluie s’invite. Nous cherchons une grotte hospitalière et montons les tentes en quatrième vitesse, avant l’orage, premier du nom, que nous contemplons depuis notre abri. Le Taillon blanchit, recouvert de grêle. A la fin de l’orage, nous tentons une percée vers le canyon. Et hop ! Orage II. Nous battons en retraite, comme Roland jadis, mais sans les Sarrasins pour nous assaillir. La pluie suffit. Bon. Plus tard, nous tenterons une seconde percée, plus réussie, en repérage pour le lendemain de la "vire des Fleurs", qui rebute certains d’entre nous dans ces conditions climatiques. Elle fait rêver, mais il faut savoir renoncer.

Longue nuit, bien arrosée (Orage III, IV, etc.), et réveil un peu lent le dimanche. Nous reprenons la route à 9h seulement (ça nous coûtera le Casque). Remonter les plateaux successifs est un émerveillement, tout comme le parcours des plans et plaines en surplomb éloigné du Canyon d’Ordesa et sous l’arête du Taillon, où nous observons le petit train des randonneurs. Ce sont les premiers homo sapiens sapiens (au moins ça, voire sapiens sapiens sapiens) que nous voyons de notre parcours ! D’un col l’autre, d’un plan l’autre, le temps passe, et nous sommes survolés par 6 vautours.

Nous irons pique-niquer à la grotte de Casteret, abri un peu frais au final, et lieu de résidence manifeste des chocards, qui viennent nous voler notre pain. La grotte est défendue par un raide névé infranchissable. Si l’accès sud est facile, la sortie nord promet des moments plus épiques. La roche est glissante, mouillée, les pas sont hauts : la désescalade est ardue, en tout cas pour moi qui n’aime pas ça !

Parcours ensuite chaotique et lunaire jusqu’au Pas des Isards qui donne quelques sueurs froides. La chaîne tient bien ! et heureusement... Mais je ne fais pas le malin et perds tout mon influx nerveux... À la Brèche, je souffle, presque aussi fort que le Vent de l’histoire. Il avait une sacrée épée, le Roland, pour tailler un tel bout de caillasse !

Nous avions d’ores-et-déjà renoncé au Casque, vu l’heure. Pas question de laisser passer le Taillon. Sacs posés, et les jambes à son cou, sur l’arête, pour monter en 20 minutes au sommet. La vue se bouche, et se dégage, d’un instant l’autre. Le vent est violent, et un abri de quelques pierres superposées l’annihile totalement ! Après quelques minutes, nous redescendons à la Brèche, puis, terminons la boucle en passant la cascade du Taillon.

Mémorable.

Dernière modification : 4 août 2014

Topo publié le 4 août 2014