Tête des Chétives (2644m) par la Combe Guyon et le Lac Labarre Sortie du 21 juin 2015

Sortie réalisée le 21 juin 2015.

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Chaque randonnée dans les Écrins est une symphonie, le plus souvent en lac majeur. Les paysages en sont le compositeur, vous en êtes l'interprète.

Conditions météo

Ciel bleu puis peu nuageux.
Vent frais du nord à découvert à partir de 2200 m.

Récit de la sortie

Adagio. À l’aise. Sans se presser, le soleil se lève au bout de la nuit la plus courte de l’année. Les instruments à corde s’installent doucement, tranquillement, et m’accompagnent jusqu’à Valsenestre. La lenteur est une vertu, elle me met dans l’ambiance alors que je traverse le village encore endormi, encaissé à 1300 m d’altitude.

Vivace. Le tempo se fait plus rapide, plus irrégulier aussi. Les tambours, les percussions entrent en scène. En longeant la rive gauche de la gorge de la Fayolle, la montée dans un sentier à flanc de falaise, parsemé de blocs (sans doute glissants par temps humide, mieux vaut ne pas s’y risquer), voit la respiration s’accélérer alors que le soleil inonde peu à peu les hauts sommets alentour. Au fond de la gorge, la bise est sensible, la température encore fraîche, même si les mollets s’échauffent.

Coup de cymbales. Au milieu du chemin, un ossement d’une patte d’ongulé (un chamois ?), qui ne verra pas ce nouvel été. Un loup, un lynx, un aigle, un accident ?

Allegro. Le soleil m’atteint enfin, dans cette combe Guyon qu’il faut remonter jusqu’au verrou du lac Labarre. Le sentier, qui se perd dans les herbes hautes, monte tranquillement en lacets jusqu’à la cabane du même nom.

Presto soudain. Une marmotte ! Des marmottes ! Premier visiteur de la journée, elles usent de leur cri strident pour réprouver ma présence et signaler à leurs congénères la déambulation de l’intrus. Je quitte le sentier, je vise, je tire, clac ! Un beau sourire dans la boîte, avant que les autochtones ne regagnent leur terrier.

Prestissimo. Vite, passer au dessus de cette barre rocheuse qui cache la source de chaleur, traverser les marches rocailleuses pour retrouver les pentes herbeuses. Souffle haletant, un simple arrêt marqué pour contempler ce troupeau de chamois qui, plus haut, prend son petit déjeuner au soleil et gambade sans noter ma présence.

Adagio, de nouveau. Après près de 3h à faire marcher les jambes et alterner les tempi, la contemplation béate. Le lac Labarre s’étend derrière son verrou. Tranquille, à peine animé par quelques bourrasques d’un vent du nord mordant, ainsi que par les marmottes qui s’affairent frénétiquement.

Nouveau mouvement. La symphonie en Lac majeur ne s’arrête pas là. Après 1100 m de dénivelé, un sommetronome entre en jeu, et rythme mon pas sur les 250 m d’ascension restants. Une montée tranquille, jusqu’au col de la Roméïou tout d’abord. Au col, les instruments, après une lente progression, se mêlent dans une explosion de sensations : la vue, quelle vue ! La roche de la Muzelle, le signal du Lauvitel, la pointe de Malhaubert, les noms des innombrables sommets alentour n’ont que peu d’importance.

Moderato. Les yeux rivés sur l’objectif final, la montée en bordure de crête, hors sentier, se fait éprouvante. Et au sommet, un cairn imposant signale l’arrivée. Une vue panoramique, jusqu’aux contreforts du Vercors à l’ouest, deux aigles qui transpercent le ciel, la musique se fait presque grandiloquente. 2644 m de bonheur.

Descente. Pause. Soupir. Silence. Personne en ce premier dimanche estival, alors que je pensais ce lac une destination courue du massif. Corps à corps avec le lac et les marmottes.

Retour lancinant, lento alors que je l’aurais souhaité presto. Si la vue d’une vipère, lovée au milieu du sentier, me fait accélérer le pas sur quelques mètres, je me traîne, comme pour mieux profiter du lieu, et retarder le moment d’attaquer ce bord de falaise caillouteux qui, après quelques kilomètres engageants et peu appréciables, permet de rejoindre le hameau de Valsenestre, cette fois bien réveillé en milieu d’après-midi.

La symphonie est achevée. Reste à lui donner un nom. Mais peut-on seulement y prétendre ? Des mots peuvent-ils résumer la puissance du cadre ? Car si la Montagne n’est pas l’infini, elle est ce qui nous permet de nous en rapprocher le plus.

Dernière modification : 27 juin 2015