Mont Clapier (3045m) Sortie du 7 octobre 2012

Sortie réalisée le 7 octobre 2012.

ACCÈS et ITINÉRAIRE : Consulter le topo

Si vous aimez Paris-Roubaix, vous allez être servis : la montée des lacs du Clapier au sommet du même nom va vous réserver une belle collection de gadins à gravir. La seule différence concrète entre cette classique cycliste et la dernière montée pour atteindre (et descendre) ce 3000, c'est qu'il ne sera nul besoin d'enfourcher un vélo pour vous casser les jambes, et je n'ajoute pas d'autres parties anatomiques pour rester poli...

Conditions météo

Quand je parlais de Paris-Roubaix, pour cette journée, cela aura été vrai jusque dans la météo : un jour crépusculaire nous a accompagné depuis le lever du soleil jusqu’au terme de la randonnée, des nuages en longues écharpes blanches de haute altitude voilant constamment le soleil, un peu de vent mais heureusement pas de pluie : C’est le Nord !
Température presque agréable d’automne puisque nous étions sous la couverture nuageuse. Bien sûr à 3000 mètres, il faisait moins de 10 degrés, mais nous avions fort heureusement quelques réserves d’alcools propres à nous réchauffer un peu avant de retrouver un climat plus doux dans la descente.

Récit de la sortie

Voici, en découpage théâtral approximatif et en proverbes, notre périple conté :

Acte I, scène 1 : « Là où on s’aime, il ne fait jamais nuit. » (proverbe africain)

Voilà le genre de réflexion que l’on peut se faire lorsque l’on arrive tôt, c’est à dire quand il fait encore bien sombre, au parking du point de départ et qu’on a oublié ses frontales à la maison. Attente donc dans la voiture pour Nathalie et moi-même que le timide soleil vienne éclairer la sente, vers 6h45.

Acte I, scène 2 : « J’ai parfois l’impression de vagabonder autour du monde dans le seul but d’accumuler le matériau de futures nostalgies. » (Vikram Seth, poète indien)

C’est l’heure du départ ; pas de nouveautés par rapport au topo de John, déjà très complet ; et merci à lui pour l’indication concernant le sentier qui marque le début de la grimpette juste avant le pont du refuge pour monter aux Lacs du Clapier, bien utile pour trouver ce croisement dépourvu de balise. Sur la carte IGN, le chemin est indiqué par une mince ligne noire pointillée qui décrit de courts lacets.

Acte II, scène 1 : « L’histoire se répète, les historiens aussi. » (Guedalle, écrivain anglais)

Nous avions déjà fait le début de cette rando, c’est à dire en nous rendant uniquement jusqu’au Lac du barrage de la Fous avec les enfants. Cette partie est bien accessible, avec un dénivelé raisonnable, un sentier bien marqué et des pentes régulières. Une bonne idée de sortie avec des enfants pourvu qu’ils soient déjà de bons marcheurs et qui permet d’atteindre un lac où il fera bon pique-niquer.

Acte II, scène 2 : « Le plus grand outrage que l’on puisse faire à un gourmand, c’est de l’interrompre dans l’exercice de ses mâchoires » (Grimod de la Reynière, financier français)

La bonne surprise de cette heure de départ matinale sur les sentiers sera les nombreuses rencontres de chamois et bouquetins que nous ferons à partir du Lac de la Fous ; loin de nous fuir, ils continueront à paître nonchalamment, quelques têtes inquiètes émergeant quelquefois de derrière un rocher solitaire, signalant la présence d’un individu plus craintif que les autres, se servant du relief pour se la jouer " Ni vu ni connu je sors mon périscope orné de cornes pour scruter les environs".

Acte III, scène 1 : « Un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté... »

La pente se fait plus soutenue pour rejoindre les Lacs du Clapier (deux petits lacs ronds l’un à côté de l’autre), mais ils s’atteignent sans trop de mal. Le chemin est bien tracé et parsemé de cairns.
Ici, on trouve encore de la pelouse alpine où l’on peut se reposer un petit moment. On peut encore croire, à cet endroit, que cela ira encore bien, plus haut...
Nous croisons dans cette portion nos premiers randonneurs depuis le départ, sans doute des marcheurs partis comme nous du parking du Countet, ou ayant passé la nuit au refuge de Nice (tricheurs !). Cependant, quel que soit le lieu de départ des uns et des autres, bien peu iront ce jour au sommet... Certains s’arrêteront avant de l’atteindre, d’autres partiront derrière le refuge en direction du Lac Niré ou vers la Baisse du Basto pour basculer vers les Merveilles.

Acte III, scène 2 : « ...Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité » (Winston Churchill, homme politique anglais)

Le topo de John insistait bien sur le caractère pénible de la dernière partie, et je ne peux qu’abonder dans son sens. L’aspect de gros tas de cailloux en forme de dôme du Clapier depuis le Lac de la Fous ne laisse aucun doute quant à la nature du terrain qui nous attend à partir de cet endroit et jusqu’au sommet ; les éboulis ne nous feront aucun cadeau et il faut chercher la bonne trace dans la mer de blocs pour arriver au bout de l’interminable montée.

Parfois on a l’impression que les cairns ont fini par disparaître, parfois on trouve des amas de rochers sensés nous guider un peu partout, sur la droite comme sur la gauche, laissés par des randonneurs peut-être ivres ou égarés qui ont voulu jouer les âmes charitables et ont brouillé les pistes plus qu’autre chose !

Pour vous aider dans ce jeu de colin-maillard si vous décidez de vous y aventurer, voici deux indices :

  • A partir des lacs, le sentier effectue un large mouvement dans les pierres vers l’est-nord-est comme s’il cherchait à contourner le sommet. En fait, il nous emmène juste en dessous, avant de bifurquer dans les dernières longueurs presque vers le nord.
  • Les "bons" passages cairnés sont accompagnés de points faits sur les rochers à la bombe de peinture rouge. Il faut les chercher un peu, d’autant que le terrain instable ne garantit pas la pérennité de cette sente, qui doit se transformer d’une saison sur l’autre et se détériorer au gré des éboulis...

Acte IV : « Mais où est donc la Baraque à frites ? » (proverbe Chti, enfin j’extrapole, mais ça pourrait !)

On peut raisonnablement se poser cette question une fois arrivés là-haut par un jour sans soleil, après avoir gravi autant de pavés que Louison Bobet a pu en avaler dans la Trouée d’Arenberg tout au long de sa carrière cycliste. Surtout qu’un cornet de patates chaudes et grasses mangées directement dans un bon vieux papier journal n’aurait pas été de refus pour nous récompenser de nos efforts au sommet. Tant pis ! De petits murets de... pierres, évidemment, offrent un abri convenable lorsque le vent souffle du nord ou de l’est.

La vue est néanmoins magnifique, même avec un temps d’automne peu flatteur pour la réputation de territoire ensoleillé dont s’enorgueillit la Côte d’Azur.

Acte V : « Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux. » (proverbe africain)

Retour par le même itinéraire. Petite consolation : le "sentier" est plus facile à trouver dans le pierrier au retour. La satisfaction fut grande de reposer enfin le pied sur un coin de terre au niveau du replat des Lacs du Clapier. Le reste du retour ne pose aucune difficulté, même en passant par le sentier signalé par un panneau "Passage délicat" au niveau des cascades de l’Estrech.

Epilogue : « Heureux soient les fêlés, car ils laisseront passer la lumière. » (Michel Audiard, scénariste et réalisateur français)

Une randonnée qui à mon sens vaut le coup si vous vous retrouvez dans un ou plusieurs des critères énumérés ci-dessous :

  • Vous n’avez jamais fait ce sommet
  • Vous n’avez jamais fait de sommet de plus de 3000 mètres offrant un panorama sur la mer
  • Il est prévu du grand beau temps pour le jour où vous souhaitez y monter (voire un grand vent également, pour que la vue sur la mer soit vraiment dégagée)
  • Vous venez de vous faire greffer de nouvelles jambes bioniques et vous souhaitez en tester la résistance dans des conditions extrêmes
  • Les pierres, c’est votre passion

Voilà, à chacun de voir selon ses envies !

Dernière modification : 12 octobre 2012