Grande Tête de l’Obiou (2789m) par la voie des Chatières Sortie du 2 septembre 2014

Pour la carte et l’itinéraire détaillé, veuillez consulter le topo

Auteur : (Avertissements et Droits d'auteur)

Des chatières froides.

Conditions météo

Brouillard jusqu’à 1850 mètres et grand beau temps au-dessus. Vent du nord violent et glacial.

Récit de la sortie

De toutes les montagnes de moins de 3000 mètres d’altitude que j’ai pu gravir, l’Obiou est ma préférée.

Massive, puissante et pourtant élancée avec ses grands escarpements de calcaires colorés qui dominent d’immenses éboulis. Majestueuse et grandiose et pourtant élégante avec le Petit Obiou finement dentelé.

Pour ma quatrième ascension, je vais gravir la montagne par la Voie des Chatières que je ne connais pas.

Pas d’inquiétude, Patrice l’a gravie et il dit à qui veut l’entendre qu’il est un randonneur et non un alpiniste et surtout pas un spécialiste du rocher.

Je m’attends donc à une ascension tranquille avec quelques passages où il faut mettre les mains et des étroitures dans lesquelles mon petit gabarit devrait se glisser sans difficulté. Pas "les mains dans poches", mais presque.

Départ à 6h30 du parking des Beaumes pour essayer de capturer un magnifique lever de Soleil sur ce versant est.

La brume et le vent jouent avec l’Obiou et je pense que les effets colorés seront magnifiques.

Peu après le départ, l’Obiou est exclu du jeu et la brume joue avec le vent. Un vent violent venu du nord et particulièrement froid.

Je monte en espérant une éclaircie. Le Soleil se lève vers 7h10. Je consulte ma montre avec angoisse.

6h40...6h50...7h00...7h05, toujours dans le brouillard et de plus en plus inquiet. 7h09...pas de changements...7h10, "c’est cuit". Pas même une lueur. De plus, en bonus, le brouillard est humide et je suis couvert de gouttelettes.

La journée commence bien !

Et soudain, à 7h20, je sors du brouillard un peu avant le Pas du Vallon. Je suis trop près pour bénéficier de l’embrasement total de la montagne comme ce fut le cas lors de ma dernière ascension en 2010 et il est trop tard pour observer les couleurs les plus chaudes et les plus belles. Cela aurait été la seule occasion d’utiliser l’adjectif chaud en cette journée froide et ventée.

Je suis bien obligé de me contenter de ce que la nature m’offre en spectacle ce jour. Un lever de Soleil bien coloré à défaut d’être grandiose et une magnifique mer de nuages pour compenser. Je suis gourmand, j’aurais aimé les deux.

L’ascension continue, le Vallon, le Bénitier, sans transpirer, régulière sous un froid Soleil. Inutile de se presser pour aller se geler au sommet.

Le couloir est dans l’ombre et la température ressentie baisse encore. Les derniers mètres du couloir sont au Soleil et la polaire gris sombre n’accumule pas la chaleur. Je pensais pourtant que les corps noirs absorbaient toute l’énergie électromagnétique reçue. Ou alors, sous certaines conditions, le gris sombre se comporterait comme un miroir parfait avec un albedo de 1. Il y a peut-être matière à une avancée scientifique majeure.

Le col de l’Obiou ! Magnifique balcon où les randonneurs font une pause avant d’attaquer l’ascension finale. Je me mets côté sud mais la pause sera de courte durée, le vent franchit la crête et plonge aussitôt.

Je continue par la petite arête, le pierrier raide et le gros rocher. La première chatière est visible de loin, elle fend la barre rocheuse comme un trait de scie dans le prolongement de l’arête.

Une trace dans le pierrier se dirige droit sur la faille. C’est pénible à remonter. Au pied de la faille, je m’apercevrai qu’une sente raide mais plus progressive vient de la gauche.

Je pénètre dans la chatière qui se termine par un petit mur. On peut passer à gauche ou à droite, cela n’a pas l’air trop difficile. Cependant il faut quitter les gants et le rocher est froid.

Je longe la barre rocheuse, remonte des escaliers dévoluards, contourne l’œil. Tout cela est très tranquille.

Je vois un tunnel à gauche, trop proche de l’œil pour être la seconde chatière mais c’est peut-être un itinéraire possible.

Je regarde sur ma gauche et je ne vois pas la chatière. Une crête se trouve devant moi. Je ne pensais pas que la chatière puisse être derrière.
Les topos de Patrice sont toujours précis.
Je vais quand même voir en empruntant une vire et en me dirigeant vers une petite tour rocheuse.
Je la contourne par la droite... et...non, je ne contourne pas ! Stop ! En arrière toutes !
Un pas de plus et je fais du "base jump" à l’Obiou sans équipement. Je surplombe le gouffre de la face nord. Et les rafales de vent ne sont pas rassurantes quand à l’équilibre. Un rafale vient de face, on résiste et quand elle est passée, on est déséquilibré vers l’avant, vers cet horrible vide magnétique.
Impressionnant !

Je fais demi-tour et je vois un trait d’ombre dans la paroi.
Non ! Ce n’est pas la voie !
C’est trop vertical !

Pourtant, aucune autre faiblesse n’est visible dans cette paroi. Et ce bloc coincé, il est caractéristique. C’est raide. Je suis impressionné au point d’en oublier de prendre des photos.
Et c’est vraiment raide !

Avec le froid, j’ai toutes mes épaisseurs sur moi. En quelques secondes je suis réchauffé ! Enfin ! Un peu trop même. Le passage était bigrement athlétique.
Sacré Patrice ! Il me redira qu’il est pas bon en rocher !

Après un court passage facile, c’est le second rocher coincé. Pour passer dans la chatière de droite il faut être fluet et pour celle de gauche il faut être particulièrement mince.

Je ne vois pas de différence. Je passe à droite.

Je pousse le sac devant moi et je me glisse dans la chatière.

Je progresse, je progresse et...coincé ! M.... !
Avec tous mes vêtements sur moi je suis plus gros.

Et que je te pousse avec les pieds et que je te tire sur les rochers avec mes doigts presque gelés ! Centimètre par centimètre je progresse jusqu’à la libération totale. Je comprends l’exaltation de ceux qui luttent pour leur liberté.
J’aurais dû évaluer un peu les deux passages ! Il fallait sans doute passer à gauche.

C’était le dernier passage délicat. Une petite vire, une faille qui parait immensément large et je débouche à quelques mètres du sommet après une ascension beaucoup plus physique que je ne l’avais imaginé.

Un vautour me survole. Sans doute me guettait-il depuis un bon moment, me regardant comme un déjeuner potentiel. Mais il ne m’aura pas ! Je m’en suis sorti !

Déçu il s’en va et je lui crie que je ne signerai pas la pétition contre l’effarouchement des vautours en Ariège !

Grâce au vent, un peu plus calme au sommet, la journée est lumineuse. L’Obiou est comme une île au milieu de l’océan, c’est magique.

J’arrive même à m’abriter derrière un des petits murets de pierres.

Après 3/4 d’heure au sommet, le froid commence à m’envahir et je commence la descente.

La vire est absolument magnifique, un vrai balcon qui traverse la face sud de la montagne.

Après une autre petite pause au col de l’Obiou où je peux photographier un couple de randonneurs dans le couloir, je m’apprête à descendre.

Je laisse les randonneurs arriver. Il sont casqués ce qui est très bien.
Évidemment nous parlons du risque de chutes de pierres dans ce couloir et ils me disent que "le topo" conseillait de porter le casque.

  • "Le topo" ? Celui d’AltitudeRando ?
  • Oui, vous le connaissez ?
  • Je l’ai fait !
  • Non ?
  • Si !
  • C’est vrai ?
  • Oui !
    Et là, j’ai honte. Le topo conseille de mettre le casque alors que le mien est dans mon sac. Il n’a servi que pour les chatières.

Je poursuis la descente et vais bien évidemment voir la grotte du Petit Obiou, la frontale est dans le sac en prévision de cette visite.

Surprise, le lac est gelé. demi-surprise plutôt avec cet été 2014 qui n’en est pas vraiment un. La petite galerie à gauche du lac descend à l’étage inférieur, sous le lac, jusqu’au mur de glace qui semble n’avoir pas varié en quatre ans.

La descente se poursuit, le vent est tombé et il fait presque chaud. Je quitte le sentier de la voie normale et descend par l’éboulis dans la Combe du Petit Obiou plus ombragée.

La brume s’est dissipée mais en dessous du Pas du Vallon l’atmosphère est moins transparente.

C’était mon quatrième Obiou.

Dernière modification : 11 septembre 2014